Visio-conférence sur la sécurité du 26 mars 2021

Débat Sécurité : Introduction de Michèle Picard

Sécurité, un point de vue communiste original refusant angélisme comme populisme
20 avril

La visio-conférence du 26 mars organisée par les communistes du Rhône avec les sections de Vénissieux et Vaulx-en-Velin est une nouvelle preuve de la vitalité communiste pour répondre aux questions concrètes posées aux milieux populaires. Après la conférence du 11 décembre sur la politique et les quartiers populaires, les débats du 26 mars ont réunis près de 100 participants de toute l’agglomération lyonnaise. Cela confirme l’importance de cette question pour les communistes, devant le piège que du Front National et de son instrumentalisation dans le débat politique depuis des décennies. Face à l’insécurité, il n’y aurait que deux attitudes, le déni ou le populisme. C’est faux, et la richesse de ce débat le montre avec force !

Voici la première intervention, de Michèle Picard, maire PCF de Vénissieux, qui a assuré la délégation à la sécurité dans le mandat 2014-2020.


La tranquillité et la sécurité sont des préoccupations majeures pour les habitants. C’est une exigence tout à fait légitime, qui s’exprime fortement auprès des Maires. Les mécontentements de la population concernent :

  • Les trafics de drogue aux pieds des immeubles,
  • Les rodéos,
  • Les tirs de mortiers.

Les tensions peuvent être vives dans certains quartiers. Au moindre incident, risque d’embrasement.

Depuis des années, les gouvernements successifs n’ont cessé de réduire les effectifs de la police nationale et de la gendarmerie. Depuis 2007, les effectifs ont fondu sous Sarkozy. Ils ont légèrement augmenté sous Hollande. Mais à ce jour, nous ne sommes toujours pas au niveau de ceux de 2007.

Quant à la douane, les effectifs ont considérablement chuté, entre 2011 et 2015. Alors que les besoins sont immenses pour démanteler les réseaux des trafics de drogue, nous sommes toujours en dessous des chiffres de 2011, alors que les rentrées de drogue explosent sur le territoire. Le trafic de drogue est le 1ermarché criminel de France, avec un chiffre d’affaires estimé à 3,5 milliards d’euros.

Il est important de rappeler que la sécurité est une mission régalienne de l’Etat. C’est un gage d’équité sur tout le territoire national. Avec le manque d’effectifs de la Police Nationale, le gouvernement souhaite que les maires développent les polices municipales. Et on voit bien, notamment au travers du projet de loi sur la sécurité globale, où il veut nous amener.

L’Etat se désengage de ses responsabilités, en se déchargeant sur les communes. Le débat autour de l’armement létal de la police municipale, que l’on tente de nous imposer, illustre cette dérive, alors que la Police Nationale et la Police Municipale ont des missions et des formations bien spécifiques.

Armer la Police municipale ne rend pas la ville plus sécure, mais entraîne de fait, une confusion entre les missions des uns et des autres. Un risque que la Police Municipale devienne une Police Nationale bis, avec un transfert des moyens de l’Etat sur les communes.

Plus on développe sur les villes, moins de présence de la nationale. Pour Vénissieux, nous avons la volonté de ne pas se substituer à la Police Nationale, mais prendre toute notre part dans nos missions complémentaires.

La Police Municipale et la Police Nationale n’interviennent pas sur le même champ. Par exemple, la Police Municipale fait un gros travail sur les chiens catégorisés. Pour les trafics de drogue, c’est la police nationale qui est seule dans l’investigation et le démantèlement, quand la Police Municipale agit sur opportunité et flagrant délit.

Les habitants demandent beaucoup aux villes, car ce sont leurs premiers interlocuteurs de proximité. Il faut expliquer le rôle et les missions de tous ceux qui interviennent sur le champ de la sécurité, car pour les habitants, les pouvoirs de police du Maire lui confèrent le droit d’intervenir dans tous les domaines.

Dans les assemblées générales des conseils de quartier, les habitants disent : vous êtes le maire, vous pouvez régler tous les problèmes avec vos pouvoirs de police ! La participation de la police nationale permet de bien faire la part des choses, entre les compétences de chacun. Et cela renforce les liens de la nationale avec la population.

C’est important d’apporter une réponse à l’habitant, d’avoir un message clair, simple et accessible à tous, dire ce qui dépend de nous, ce que l’on peut faire, et ce que l’on peut porter auprès de nos partenaires.

Le temps de l’habitant n’est pas le même que celui des acteurs de la sécurité. L’habitant voit son quotidien, il veut résoudre son problème immédiatement. Or, il y a des enquêtes et des actions, qui nécessitent de trouver des réponses collectives à plus long terme.

Ce qui est primordial, c’est que les habitants ne se sentent pas abandonnés ou délaissés. Ils doivent toujours être dirigés vers le bon interlocuteur.

Nous appelons aussi à la responsabilité individuelle de chacun. Notre ville agit avec tous ses partenaires sur tous les aspects, pour améliorer la tranquillité et la qualité de vie des habitants

Pour le Maire, la ville est un puzzle, tout est important pour rendre la ville plus sécure. Un cadre de vie serein et apaisé contribue à lutter contre le sentiment d’insécurité. Un endroit mal éclairé, des rues sales, des dépôts sauvages, des attroupements dans les halls d’immeubles, c’est le sentiment d’insécurité. En 2019, nous avons mis en place le « CLIC », un outil en ligne qui permet aux habitants de signaler tout dysfonctionnement sur la voie publique.

La ville agit de manière préventive, pour éviter les situations à risque

  • Surveillance du patrimoine communal, fermeture des squares.
  • Sur certains lieux sensibles, avec les partenaires : visites de terrain, pour faire émerger des solutions, trouver des aménagements spécifiques pour faciliter l’intervention des forces opérationnelles.
  • L’aspect sécurité est intégré sur tous nos nouveaux projets (La Police Nationale contribue à la conception des projets de la rénovation urbaine, notamment des résidentialisations, ce qu’on appelle la prévention situationnelle.
  • L’urbain bien pensé peut aider à mieux gérer les situations pour les forces opérationnelles (exemple des doubles entrées d’immeubles).

Nous nous adaptons sans cesse aux nouvelles problématiques

  • Camps illicites : dispositif vigilance sur le bâti et les terrains.
  • Nouvelle problématique de squats d’appartements vacants : travail avec les bailleurs.
  • Marché parallèle des Minguettes : travail de plusieurs années, avec tous les acteurs, pour l’éradiquer.

Nous avons un partenariat très serré avec la Police nationale et tous les acteurs de la sécurité

  • Complémentarité avec la Police Nationale : convention/rencontre commissaire pour faire le point de certaines situations.
  • réunion acteurs de terrain toutes les 7 semaines.
  • Un commandant référent Police/population au Commissariat pour la gestion des conflits.
  • Une intervenante sociale, payée par la ville, au commissariat et un psy pour accompagner les victimes, notamment les femmes victimes de violence.
  • Nous avons renforcé notre partenariat avec VIFILL, pour accompagner ces femmes victimes de violence (mise à l’abri, accompagnement social global).

Nous avons intégré tous les dispositifs qui nous permettent d’avoir des renforts en moyens humains au commissariat (ZSP/PSQ/QRR) : 26 agents supplémentaires, et création d’un groupe de voie publique, dont les résultats sont très positifs, en terme de lutte contre l’économie souterraine. Mais nous mesurons combien la tâche est immense.

Nous travaillons en transversalité, avec tous les partenaires (bailleurs sociaux, TCL, éducateurs, services publics, Education Nationale …) ce qui nous permet d’avoir une approche globale partagée, pour apporter des réponses ciblées et de proximité.

Nous agissons aussi en terme de salubrité et d’hygiène publiques. Une personne au commissariat est dédiée aux professions réglementées, et nous travaillons conjointement, chacun sur son champ de compétence. Ce qui nous permet d’être plus efficaces. Un certain nombre de commerces ont été fermés par le Maire ou par le Préfet, avec des réouvertures quand les conditions sont remplies.

Notre centre de supervision urbain fonctionne 7jours/7, 24H/24.

  • 120 caméras sont réparties sur la ville (voie publique et bâti public).26 autres seront implantées d’ici 18 mois.
  • La vidéoverbalisation nous permet de lutter contre les infractions au code de la route(stationnement/circulation). Prochainement nous allons faire la demande à la Préfecture, pour étendre cette vidéo verbalisation aux dépôts sauvages, ce que prévoit la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, et si les décrets d’application le permettent.
  • Nous avons également un accueil téléphonique qui fonctionne 7j/7, qui permet de contacter nos partenaires quand c’est nécessaire, ou de transmettre à la Police Municipale ou Police Nationale.

77 agents travaillent sur des missions de sécurité, dont 36 policiers municipaux.

  • Nous avons créé une brigade d’ASVP pour lutter contre les infractions dans l’espace public (stationnement, incivilités, squares, parcs).
  • Nous allons tripler le nombre d’agents de cette brigade en passant à 12 dès cette fin d’année, ce qui nous permettra de libérer les policiers municipaux sur d’autres tâches.

Nous apportons une attention particulière à la prévention.

  • Travail sur la citoyenneté, le civisme, les droits et les devoirs, la sensibilisation et la prévention des violences
  • Travail sur la santé des jeunes via l’atelier santé ville.
  • Actions fortes de prévention des addictions (drogue, alcool, jeux vidéo, réseaux sociaux, image de la femme sur Internet …). En 2016, 1erforum de prévention aux addictions organisé avec nos partenaires (institutions, associations, collèges, parents d’élèves). Actions spécifiques au sein des collèges, restitution lors du forum.
  • Travail en direction des collégiens décrocheurs.
  • Points accueil écoute jeunes, écoute familles : lieux d’accueil, d’écoute et d’accompagnement des 12/25 ans et des familles, sur leurs difficultés au quotidien. Des professionnels (psychologue, éducateur spécialisé et thérapeute familial), assurent des entretiens individuels, anonymes, gratuits et confidentiels

- Nous nous battons depuis des années avec la Métropole, pour obtenir plus d’éducateurs spécialisés sur le terrain.

Nous en avons 6 sur les Minguettes, nous en avons obtenu 2 supplémentaires pour le secteur Max Barel/Charréard. Il nous en faudrait beaucoup plus.

Le travail partenarial porte ses fruits, les résultats obtenus sur le terrain sont bons pour les professionnels

Cependant, malgré tous nos efforts, les habitants ne le perçoivent pas,car ils sont toujours confrontés aux difficultés.

Ex : dans la presse annonce que la Police Municipale a saisi 12scooters. L’habitant voit toujours des rodéos en bas de chez lui. Le travail dans ce domaine n’est pas forcément visible, car nous ne poursuivons pas les auteurs pour ne pas risquer d’accident. Nous travaillons différemment.

De nombreux trafics de drogue sont démantelés, les saisies de stupéfiants sont importantes, comme les interpellations et les mises sous écrou.

Des fouilles de parties communes sont régulières avec la Police Nationale et la Police Municipale et donnent des résultats.

Mais pour l’habitant, ce qu’il voit en bas de chez lui, ce sont les trafics qui renaissent, ou qui se déportent. Quand des dealers sont arrêtés, les trafics se reforment très rapidement. C’est comme le tonneau des danaïdes, on n’en finit jamais puisque la drogue continue de rentrer, et qu’il y a toujours autant de consommateurs.

Malgré tout ce que l’on peut développer

la situation reste fragile. Le moindre fait peut dégénérer en violences urbaines.

En France, on le voit bien, de nombreux quartiers sont tendus.

En conclusion

Sécurité et la tranquillité publiques : un combat de longue haleine développé avec tous nos partenaires. Cependant, l’Etat se doit aussi de répondre, à l’urgence nationale que représentent les trafics, car la France est gangrenée par les trafics.

Il y a urgence à agir nationalement sur tous les aspects En terme de sécurité, de santé publique pour les consommateurs. Notamment avec des campagnes nationales de prévention…

Nécessité de faire évoluer les lois, pour simplifier les procédures, renforcer les capacités d’investigation, rendre l’action de la police et de la justice plus efficace, et apporter des réponses pertinentes, à l’évolution de la délinquance.

Comme je le dis souvent, la sécurité ce n’est ni de l’angélisme, ni de la démagogie.

Beaucoup d’humilité.

Une tâche ingrate, car rien n’est définitivement gagné. Il faut sans cesse remettre le travail sur le métier.
Mais il ne faut rien lâcher.