9èmes rencontres internationalistes de Vénissieux
Présentation de l’exposition Max Schoendorf

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Présentation du peintre et de son œuvre par Odile Schoendorf

Il était né à Lyon le 29 décembre 1934, et nous a quittés le samedi 20 octobre 2012, à la suite d’un arrêt cardiaque, il y a tout juste sept ans.

Issu d’une famille lorraine et franc-comtoise, il était le fils d’un professeur agrégé d’allemand, bilingue, cultivé, résistant, qui lui transmit l’héritage et le goût de la culture germanique, lisibles dans son inspiration ; on en trouve trace par exemple dans les sources et dans les titres de certains de ses tableaux.

Après ses études au Lycée du Parc, qu’il conduisit jusqu’à la classe de khâgne, il se dirigea vers sa passion artistique, ou plutôt ses multiples passions, au lieu d’embrasser à son tour l’enseignement.

Peintre, facteur de décors, au théâtre pour Roger Planchon et Jacques Rosner, au cinéma pour Jean-Marie Straub, il nous charmait aussi par ses talents d’écrivain, notamment dans les fascicules de la collection « ça presse », ses amis l’attendaient d’ailleurs plutôt du côté de l’écriture, mais, comme le rappelle à bon escient , son ami et collectionneur Jean-Paul Jungo, Max était « peintre avant tout ». 

Autodidacte cependant, et se revendiquant tel , homme de nombreuses et précoces curiosités : cinéma, avec Bernard Chardère, littérature, théâtre, opéra, restaurants, amours, amitiés, free-jazz, avec sa bande de « défricheurs », artistes et intellectuels.

Lecteur exceptionnel, la philosophie grecque, les philosophes allemands comme Schopenhauer, Max Stirner et Nietzsche, les philosophes français oubliés, les socialistes marxistes ou utopiques , Sade, Georges Bataille, les Surréalistes...n’avaient pas de secrets pour lui.

Son impressionnante bibliothèque de plus de 30.000 livres en témoigne encore, au 38, rue Victor Hugo, dans son somptueux « atelier-capharnaüm » (dixit Francis Marmande) qu’habite encore sa veuve Marie-Claude, veillant aussi sur le trésor d’objets bizarres, allant du trivial au magique, que ce matériologue rassemblait au fur et à mesure des rencontres.

Sa peinture inclassable, nourrie à la fois par des sources lointaines, venues de Dürer ou du retable d’Issenheim ,comme du surréalisme de Max Ernst ou d’André Masson, allie le végétal à l’organique, avec des chatoiements d’étoffes, des feux de minéraux et de pierres précieuses. Huiles, aquarelles, lithographies, dessins, lavis… Dès 2008, Sylvie Ramond décide de lui consacrer au Musée des Beaux-Arts une salle permanente de quatorze toiles. L’immense toile intitulée « Hymne » est à voir au Musée absolument.

Max Schoendorff aurait pu s’enfermer dans sa caverne, devenir individualiste et imbu de lui-même, comme tant d’autres dans ce milieu, mais la peinture est constamment pour lui, au contraire, un lieu d’échange, de partage, d’engagement.

Mai 68 le trouve dans les usines, créant au côté des ouvriers en grève, exposant et expliquant ses œuvres à Delle-Alsthom par exemple à Villeurbanne.

Il est aussi à l’origine de la fondation à Lyon de la MAPRA, et de l’URDLA, (Utopie Raisonnée pour les Droits de la Liberté en Art)à Villeurbanne, où il sauve, avec d’autres artistes comme Madeleine Lambert, un atelier promis à la casse pour en faire un atelier de création lithographique unique en Europe.

Max était drôle, son humour , sa bienveillance sans compromission et sa vive imagination nous manquent.

Par souci de l’engagement comme par goût du paradoxe, il se fit élire conseiller d’arrondissement sur un programme de gauche dans son quartier ultra-bourgeois, lui qui se disait communiste par « anti-anti-communisme », et conjuguait de façon aristocratique sympathies marxistes et aspirations libertaires. Libre avant tout.

Odile Nguyen-Schoendorff

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