A propos de “la base commune” et pourquoi je ne la voterai pas.

, par  Ivan Lavallée , popularité : 6%

A propos de “la base commune” et pourquoi je ne la voterai pas.
Au niveau de lʼanalyse elle est très faible et particulièrement, elle ne comporte aucun
regard sur les derniers congrès et les politiques quʼils ont induit, et donc aucun bilan
critique des directions alors que comme lʼa exprimé MGB dans une note au mois dʼaoût, la
base du Parti exprime sa défiance vis-à-vis de la direction, défiance qui sʼest exprimée
assez fortement en décembre 2007.

Ce texte est verbeux, le verbe remplace le fond, il tend à masquer la quasi-vacuité du
texte. Les mêmes choses pourraient être dites dans un texte nettement plus ramassé.
Lʼanalyse ne part pas de lʼétat du développement des moyens dʼaction des hommes sur le
monde qui les entoure, ce quʼen termes marxistes on appelle “forces productives”. Le
terme “refondation” du préambule est lourd de sous-entendus, et non explicite. Quʼentendt-
on par là ? Lʼabandon de lʼanalyse marxiste ? On y évoque une “mutation de civilisation”
rien que ça, les termes grandiloquents tendent à masquer le défaut dʼanalyse. Quʼest-ce
qui caractérise cette soi-disant mutation (décidément ce terme de mutation...) ? On ne le
saura pas.

Cʼest vrai quʼil y a pour le moins nécessité de mettre à jour nos analyses, pas de les
refonder si les mots ont un sens. Un énorme travail théorique est absolument nécessaire,
à partir précisément des fondements marxistes (la crise actuelle montre lʼactualité du
manifeste communiste quʼon ferait bien de relire). Cʼest ce travail qui nʼa pas été fait ces
25 dernières années, même si ici ou là quelques textes ont pu paraître, il nʼy a pas eu de
travail de fond organisé par un PCF qui a liquidé ses écoles et ses maisons dʼédition et
dont la principale responsable à la formation se vante en privé de nʼavoir jamais suivi une
école du Parti.

Le “concept” de gauche est un fil rose du texte, pourquoi ? Quʼest-ce qui caractérise “la
gauche” ? On ne le saura pas non plus, et ça tient lieu de stratégie politique...

Une nouvelle époque un autre monde

Une nouvelle époque certes, un autre monde, ça reste à prouver. pour parler “dʼépoque” il
faut pouvoir la circonscrire, elle commence quand, quʼest-ce qui fait quʼelle est nouvelle et
en quoi lʼest-elle ?

Parler de révolution informationnelle cʼest comme si, au lieu de parler de révolution
industrielle Marx avait parlé de “révolution énergétique” (car cʼest lʼapparition du moteur,
indépendant du lieu, contrairement au moulin à eau qui permet de construire des usines).
par ailleurs ça change complètement la perception des classes comme lʼa bien montré
Quynh Delaunay. Baser toute lʼanalyse sur ce concept de révolution informationnelle cʼest
se mettre à la remorque idéologique du rapport Nora-Minc qui a introduit le concept pour
la réorganisation du capital. Et où est lʼexploitation capitaliste dans tout ça, le travail
humain ?

Il ya bien une Cyber-Révolution en ce sens que les liens entre le global et le local se sont
nettement renforcés, que les circuits dʼinformation et de décision se sont raccourcis, que
les temps de lʼaction aussi, que le tissu économique et social devient interdépendant,
lʼinterdépendance sʼest nettement accrue. Lʼinterdépendance non seulement des humains
entre eux mais aussi avec la nature qui les entoure, et bien que la technologie et la
science soient très développés, cette dépendance devient majeure car auparavant cette
dépendance à la nature ne concernait que des individus ou des petits groupes, elle
concerne aujourdʼhui lʼhumanité entière.
Ce qui caractérise notre époque et objective du “en commun”, du communisme, cʼest le
niveau de développement des forces productives de lʼhumanité et il me semble que cʼest
de là que devrait partir toute notre analyse.
La puissance des hommes sur la nature et la société est devenue telle que des petits
groupes, voir des individus peuvent mettre en cause lʼintégrité dʼimmenses populations,
voir de lʼhumanité elle même.

Cʼest cela qui rend obsolète le capitalisme en tant que propriété privée des moyens de
production et dʼéchange, et pas tel ou tel aspect, crise financière ou autre qui nʼen est au
mieux que manifestation et pour le capital opportunité de réorganisation. Cʼest aussi cela
qui peut être un bon point de départ pour refonder le concept de démocratie qui alors ne
se réduit pas à lʼaspect formel du vote majoritaire.

Il faut aussi faire attention à ne pas mettre le mot “révolution” à toutes les sauces, parler
de révolution bioénergétique, nanotechnologique ... cʼest participer à la banalisation du
concept et à le vider de son contenu sémantique et idéologique. Le concept de
révolutionnarisation des forces productives avancé par Marx pour caractériser le
développement du capitalisme est là encore dʼactualité.

Je lis aussi “dépassement du système capitalisme et de toutes les aliénations du monde
actuel”. Que signifie cette phrase ? Dépassement du capitalisme, que met-on derrière les
mots ? Le capitalisme est un système de production et dʼéchanges, ce qui distingue une
société dʼune autre cʼest la façon dont les marchandises y sont produites et échangées, ça
nʼapparaît nulle part dans le texte, les mots semblent remplacer les concepts et masquer
le manque dʼanalyse précisément. Ce qui fonde le capitalisme cʼest lʼexploitation de la
force de travail humaine réduite à lʼétat de marchandise. Le texte fait une confusion
théorique majeure, il confond exploitation, aliénation et domination qui sont trois concepts
différents. Ecrire “dépasser toutes les aliénations” nʼa pas de sens, même si la phrase est
tempérée par une figure de style “ du monde actuel”. Il sʼagit de lutter contre les
aliénations induites par lʼexploitation capitaliste. Il convient de ne pas confondre Parti
Communiste et association, cʼest aux associations, mouvements de masse, auxquels les
statuts du PCF faisaient jadis obligation aux adhérents de faire partie, quʼil convient de
sʼorganiser et se battre contre tel aspect ou tel autre des aliénations diverses, et il nʼest
pas nécessairement utile de se battre contre TOUTES les aliénations.

Cʼest sans doute cette confusion théorique qui est à lʼorigine de la dérive sociétale dans
laquelle a sombré le PCF depuis le congrès de Martigues.

De plus cʼest une vision de caractère religieux de penser une société dans laquelle il nʼy
aurait plus ni dominations ni aliénation, ce serait une société de cadavres. Il nʼexiste pas
de société sans contradiction, heureusement, le moteur du progrès cʼest la lutte des
contraires. Dans une société communiste il y aura et aliénation(s) et domination(s), pas
nécessairement les mêmes que maintenant mais il y en aura.

Lʼoriginalité du communisme français...menacée Là on est face à une démarche que je
reçois bien, lier les luttes immédiates à un projet à plus long terme et de nature plus
globale, bien, mais il faut dégager la perspective historique en donnant les “lignes de
force” du dépassement du capitalisme compris comme système de production et
dʼéchange, à commencer par une réduction drastique du travail aliéné (les moyens
scientifiques et techniques -les conditions objectives, le niveau de développement des
forces productives, le permettent)

Parler de société “non productiviste” nʼa aucun sens sinon celui de céder idéologiquement
une fois de plus à lʼobscurantisme anarcho-syndicaliste qui caractérise certains groupes et
groupuscules dont lʼidéologie est curieusement relayée par les médias de la bourgeoisie
(“théorie” de la décroissance par exemple). Le capitalisme aujourdʼhui est la société qui
développe les forces productives matérielles (et seulement matérielles1) le plus
rapidement possible. La question de la production est dʼassumer les besoins sans cesse
croissants dʼune humanité qui atteindra peut-être les 9 milliards dʼindividus dʼici la fin du
siècle, les besoins étant liés au nombre certes mais aussi aux ruptures technologiques.
Sur la démocratie, je me permet de renvoyer au texte suivant que jʼai mis en annexe, le
projet actuel nʼayant dʼautre imagination en la matière que de se couler dans le concept de
1 Ce point mériterait de plus long développements
démocratie à la sauce bourgeoise ou sociétale (ce qui in fine revient au même). Cʼest à
partir de lʼévolution possible du système de production et dʼéchanges quʼil convient de
poser le problème et pas, encore une fois en termes moraux de bien et mal.

Sur lʼEurope et le monde

là cʼest lʼindigence totale. On ne peut pas à la fois défendre la revendication (juste !) dʼun
grand pôle financier et de crédit national, contrôlé par les citoyens et défendre lʼEurope.
Pour quʼexiste ce pôle il faut que la Banque de France reprenne son indépendance, cʼestà-
dire que lʼactuelle Europe soit mise à bas, quitte à en reconstruire une autre après, mais
elle nʼest pas amendable telle quʼelle.

Au passage, le texte est muet sur la nation...

Sur lʼanalyse de la situation internationale le texte est inexistant.

Rien sur ce qui bouge dans le monde, la perte dʼhégémonie des USA, lʼémergence de
nouvelles expériences socialistes, le rôle du “groupe de Shangaï”, lʻeffondrement de
lʼAfrique, la politique de lʼimpérialisme européen confronté à la perte dʼhégémonie des
USA (voir lʼattitude de Sarko sur la Géorgie et son ami-ami avec Medvedev à Evian) les
impérialistes ne se font pas de cadeau entre eux et les crises sont des moments
privilégiés de réorganisation de leurs relations, tels des crocodiles dans le marigot.

Sur le Parti

Il est inadmissible que le texte laisse encore ouverte la porte à une dissolution-dilution du
Parti, cette question a été tranchée à la Défense en décembre 2007, la fin de lʼentretien
accordé par Marie George Buffet à lʼHumanité du 9 Octobre 2008 doit clore ce non-débat,
tant pis pour ceux qui traînent des “valises de plomb” pour lʼinstant le capital traîne lui des
valises dʼor pur et lʼor pèse plus lourd que le plomb. De plus jʼassume lʼhistoire de mon
combat, avec ses ombres et ses lumières, jʼen suis fier, il sʼagit aussi de le contextualiser
pour le comprendre et le critiquer (au sens marxiste du terme).
Voici camarade, mes remarques rapides et cursives sur “la base commune”, pour ces
différentes raisons, et plus particulièrement son indigence théorique je crains quʼelle ne
soit amendable quʼà la marge, et voterai donc par défaut pour le texte alternatif, bien quʼil
me semble lui aussi présenter de nombreux défauts mais être amendable.

un texte, vous le reconnaitrez j’espère qui explique la présente crise

... Les moyens de production et d’échange. sur la base desquels s’est édifiée la
bourgeoise, furent créés à l’intérieur de la société féodale. A un certain degré du
développement de ces moyens de production et d’échange, les conditions dans lesquelles
la société féodale produisait et échangeait, l’organisation féodale de l’agriculture et de la
manufacture, en un mot le régime féodal de propriété, cessèrent de correspondre aux
forces productives en plein développement. Ils entravaient la production au lieu de la faire
progresser. Ils se transformèrent en autant de chaînes. Il fallait les briser. Et on les brisa.
A sa place s’éleva la libre concurrence, avec une constitution sociale et politique
appropriée, avec la suprématie économique et politique de la classe bourgeoise.
Nous assistons aujourd’hui à un processus analogue. Les conditions bourgeoises de
production et d’échange, le régime bourgeois de la propriété, la société bourgeoise
moderne, qui a fait surgir de si puissants moyens de production et d’échange, ressemblent
au magicien qui ne sait plus dominer les puissances infernales qu’il a évoquées. Depuis
des dizaines d’années, l’histoire de l’industrie et du commerce n’est autre chose que
l’histoire de la révolte des forces productives modernes contre les rapports modernes de
production, contre le régime de propriété qui conditionnent l’existence de la bourgeoisie et
sa domination. Il suffit de mentionner les crises commerciales qui, par leur retour
périodique, menacent de plus en plus l’existence de la société bourgeoise. Chaque crise
détruit régulièrement non seulement une masse de produits déjà créés, mais encore une
grande partie des forces productives déjà existantes elles-mêmes. Une épidémie qui, à
toute autre époque, eût semblé une absurdité, s’abat sur la société, - l’épidémie de la
surproduction. La société se trouve subitement ramenée à un état de barbarie
momentanée ; on dirait qu’une famine, une guerre d’extermination lui ont coupé tous ses
moyens de subsistance ; l’industrie et le commerce semblent anéantis. Et pourquoi ? Parce
que la société a trop de civilisation, trop de moyens de subsistance, trop d’industrie, trop
de commerce. Les forces productives dont elle dispose ne favorisent plus le régime de la
propriété bourgeoise ; au contraire, elles sont devenues trop puissantes pour ce régime
qui alors

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