Ce qui unit les communistes

, par  pamillet , popularité : 3%

La question du parti communiste, de sa mort annoncée à maintes reprises à la surprise répétée de son maintien dans le paysage politique, est d’abord la question des communistes, de leur capacité à tirer les leçons du passé. Si beaucoup de militants ont quitté le parti, certains croyant aux sirènes des nouveautés, d’autres se détournant de l’action politique, quelques uns tentant de reconstruire un (autre) parti communiste... de nombreux communistes qui restent au PCF ont montré à l’occasion des derniers congrès qu’ils tenaient à leur parti, à un parti communiste, et les critiques ne manquent pas sur les stratégies successives de la direction nationale, de la mutation aux collectifs anti-libéraux, puis au front de gauche.

Les derniers échos des négociations montrent que (malheureusement pour ceux qui y croyaient), le Front de gauche patauge dans les mêmes errements que les collectifs anti-libéraux, Mélanchon, l’oeil rivé sur les prochaines présidentielles terminant même l’année 2009 sur son blog en affirmant que les Verts sont le cœur de l’autre gauche qu’il rêve de fédérer...

Et pourtant, les efforts de convergence des communistes attachés à "faire vivre et renforcer le PCF" ne semble pas donner de résultat probant, malgré les 40% d’adhérents en opposition à l’orientation de la direction nationale.

Le dernier article de l’année 2009 sur le site de la section de Paris 15ème vient illustrer ce qui semble en première analyse un échec. Cet article qui s’appuie sur des désaccords connus sur l’action du député communiste André Gerin concernant la burka se présente sous le titre"Ou va André Gerin, notre désaccord total avec ses positions".

Nous avons déjà argumenté sur la question de la burqa dans un précédent article sur les leçons politiques des réactions à l’initiative de Gerin, et rien ne nous fait changer d’avis sur le fonds, surtout pas les péripéties politiciennes des députés UMP.

Mais l’article exprimant son désaccord, non seulement avec la question de la burka, mais plus globalement en jugeant "ou va André Gerin ?", il choisit d’exprimer une opposition d’orientation fondamentale.

Le message est sans équivoque pour tous les communistes opposés à l’orientation de la direction nationale. Non seulement, il faut se méfier de Gerin, non seulement, il ne faut pas le suivre, mais il faut le dénoncer, et refuser donc de se rassembler avec lui dans la construction d’une alternative à la direction actuelle du PCF.

Ce pourrait n’être qu’une question de personne, ou même peut-être qu’une question assez classique des éternelles chamailleries que les communistes critiquaient chez les gauchistes quand ils les considéraient comme groupusculaires.

Mais cet article pose une question de fonds. Quand il y a des différends entre communistes cherchant à "faire vivre et renforcer le PCF", comment évoquer ces différences en toute franchise, tout en continuant à construire pas à pas l’unité de ces communistes ?

Cette question de la burka, dont Paris XV considère qu’elle n’est pas pertinente dans nos batailles militantes pour justifier qu’un député communiste s’en empare, semble par contre suffisamment importante pour exprimer des désaccords, et à partir de cette question, de les élargir aux discours de Gerin sur l’immigration, le capitalisme industriel ou sa présence au meeting du POI contre les licenciements.

Si on veut dire (ce que certains font sans hésiter, notamment un chaud partisan de la disparition du PCF, Patrick Braouzec) que Gerin serait un "rouge brun" dangereux, politiquement proche de Sarkozy, alors il faut aller au bout, lancer un appel aux communistes pour se désolidariser de ce député dangereux pour les luttes de classes, et annoncer clairement qu’on ne fera pas d’union avec lui pour les prochains congrès du parti.

Ce n’est pas ce que dit l’article, mais c’est la conclusion naturelle que certains en tirent, comme le montre d’ailleurs les commentaires qui peuvent par exemple faire l’éloge de Tarik Ramadan, conservateur religieux affirmé, ou dire clairement que Gerin serait raciste. La conséquence est sans équivoque. Il faut couper les ponts avec les soutiens de André Gerin, donc avec les communistes de Vénissieux.

Car évidemment, à Vénissieux, nous savons que Gerin n’est ni raciste, ni proche politiquement de Sarkozy, parce que nous connaissons son action quotidienne, ses batailles incessantes avec le monde du travail, les quartiers populaires, son travail pour construire une équipe d’élus à l’image de la diversité d’origines de la ville de Vénissieux, et nous étions nombreux et solidaires lors du dernier conseil municipal où le Front National avait rameuté des troupes pour exiger la destruction d’une mosquée, écouter Gerin dire pourquoi il a agit pour que l’Islam prenne sa place dans la république et la laicité.

Bref, nous sommes preneur d’un débat franc, mais pour être plus efficace, plus fort, donc à la fin plus unis, et nous ne pouvons considérer que comme dangereuses, les expressions qui ne se soucient pas de cet objectif essentiel pour les communistes.

Pour ne pas faire une fixation sur cet article, prenons une autre question qui divise les communistes cherchant à "faire vivre et renforcer le PCF", le Front de Gauche". Là, Vénissieux et Parix XV sont d’accord sans ambiguité, alors que d’autres, par exemple les camarades de l’Hérault, se sont au contraire engagé fortement dans le Front de Gauche, en considérant que ça aiderait le parti communiste à se dégager de la tutelle du PS représentée dans cette région par la soumission de Gayssaut à Frêche.

Pour nous, ces camarades qui pensent que le Front de Gauche peut être une voie de reconstruction d’un parti communiste se trompent totalement. Pourtant, nous n’écrirons pas d’article dénonçant leur position, même si nous en discutons à l’occasion en toute franchise avec eux. Nous exprimons bien évidemment nos positions sur le sujet, et nous allons devoir y revenir si les négociations avec le PG évoluent comme celles des collectifs anti-libéraux, ce que semble indiquer le dernier billet de Mélanchon sur son blog

Bref, comment faire si nous avons des différentes d’analyses telles qu’elles nous conduisent à des attitudes politiques qui peuvent être totalement opposées, certains préférant une liste avec le PS plutôt qu’avec des trotskystes, d’autres au contraire acceptant toute force "radicale"’, fut-elle anti-parti-communiste pour se dégager du PS pendant que d’autres encore mènent une campagne communiste en cherchant à renforcer l’organisation du PCF (comme le fait le Nord-Pas de Calais) ?

Si tout le monde comprend bien qu’une part importante de ces différentes positions est lié à la situation politique de chacun, on ne peut se contenter d’une analyse à géométrie variable comme le propose la direction du PCF par ailleurs. Au contraire, il y a une question centrale qui est le bien commun de tous les communistes, dans la grande diversité de leur situation, celle des intérêts que nous défendons, ceux du monde du travail, des quartiers populaires, des prolétaires. Ce qui nous guide dans l’action quotidienne, comme dans l’effort d’analyse, c’est la réalité des luttes de classes auxquelles nous sommes tous confrontés. Et de ce point de vue, notre unité est d’abord et avant tout celle de l’effort politique dans ces luttes de classe. Et nos désaccords ne doivent jamais prendre le pas sur cette réalité première. Nous sommes, indépendamment de notre propre volonté, du même coté de la barricade, et chaque fois que nous l’oublions et que nous discutons comme si nous étions dans un amphithéâtre ou un club de discussion, prenant une citation de l’un d’entre nous en la sortant de son contexte, sans chercher à comprendre pourquoi elle a été faite, nous nous affaiblissons collectivement. Aucune idée n’est juste ou fausse "en l’air", accrochée au tableau ou citée dans un article. Elle n’a de vérité que dans son rapport à l’action, dans son rôle avec les luttes sociales dans leur réalité concrète, portée par des êtres humains. Comme le fait dire Brecht à Lénine "idée, qui sers-tu ?"

C’est d’ailleurs ce que révèle les limites des campagnes médiatiques quels que soient les moyens énormes qu’elles peuvent mobiliser. La deuxième victoire de Bush illustre ce décalage entre les idées justes mises en scène par Michael Moore sous des formes pourtant fortes et modernes, et leur capacité à être portées par des hommes et des femmes dans la violence des luttes de classes qui les marquent. La distance entre des forces militantes anticapitalistes souvent radicales, notamment de jeunes, qui portent une grande attention aux symboles et aux mots, et la réalité vécue dans le monde du travail et les quartiers populaires, est à l’origine de bien des désillusions, et une des sources du gauchisme.

Revenons sur les citations de Gerin dans cet article. Il est clair que l’article ne cherche pas à les situer dans le contexte politique auquel est confronté Gerin, ne dit rien du contexte des luttes de classes dans lesquelles un député communiste s’exprime, bref, n’aide pas à voir "qui elles servent", mais se contente de les présenter comme repoussoir pour stigmatiser leur auteur. Alors, regardons avec sérieux et franchise :

Pourquoi Gerin parle-til de la Burqa ?

Je peux dire pour être directement concerné dans mon allée des Minguettes qu’il en parle parce que la question est présente dans le quotidien de nos quartiers. Comment parler à ma voisine que je croise en Burka ? Que dire à un homme qui n’accepte pas de monter avec moi dans l’ascenseur... et sa femme en burqa ? Je ne peux pas croire que les Minguettes soient un cas particulier ! Ce que devrait discuter les communistes interloqués par l’action de Gerin, c’est d’abord de cela. En quoi, où, comment, la burqa interfère dans la capacité d’unité du peuple ? En quoi est-elle ou non la trace d’un travail d’intégristes, d’une extrême droite musulmane qui vise à la division du monde du travail ? Et là, pas facile de balayer la question d’un revers de main.. un peu comme le faisaient certains considérant en 1990 que le FN ne mordait pas sur le monde ouvrier ! Oui l’intégrisme existe dans le monde du travail et il est un danger politique aussi crucial que le FN dont il est un autre visage.

Pourquoi Gerin va-t-il au meeting du POI sur l’interdiction des licenciements ?

Je n’y suis pas allé, et je partage totalement les méfiances sur cette organisation, mais qui peut dire qu’il a une expérience réussie de rassemblement populaire puissant sur cette question des licenciements qui est à l’évidence au cœur des luttes de classes ? Qui peut dire qu’à ce meeting il n’y avait pas de forces sociales ? Qui a pris le temps de s’interroger, non sur un principe en soi de refuser tout contact avec des trotskystes, mais sur l’utilité ou non de sa présence à ce meeting dans la réalité des forces sociales ?

Pourquoi Gerin ne parle-t-il pas le langage communiste politiquement correct ? Pourquoi intervient-il si fréquemment sur les questions de l’immigration, de l’insécurité, de l’intégrisme ? Pourquoi reprendre cette citation de Chirac sur les odeurs ?

Là encore, qui peut prétendre que ces questions ne sont présentes dans les têtes que parce que la droite les y a mis ? Qui peut nier la réalité de la ségrégation d’origine qui structure tant de zones urbaines, qu’on dit ensuite "sensibles" ? Qui peut considérer que les communistes peuvent unir les quartiers populaires en se taisant sur les voitures brulées, le vandalisme, le communautarisme ? La question de la propreté est par exemple une vraie question politique, qui touche à la dignité humaine, à la capacité à vivre ensemble. Quand dans une tour, on ne sait plus empêcher l’urine dans l’ascenseur ou dans l’allée, pas la peine de chercher à rassembler les locataires en faisant "comme si" ! Dans toute l’expérience militante des communistes des Minguettes, il faut à la fois porter des batailles de classes (contre les expulsions, pour la Secu...) et mener un travail de fourmi pour valoriser les habitants qui relèvent la tête et refuse la loi de la jungle !

Dans toutes les déclarations de Gerin, tout n’est évidemment pas réussi, mais son rôle dans les luttes, son poids politique dans le monde du travail, devrait appeler tous les communistes à un débat réel sur son travail, et donc sur le rôle qu’il doit jouer comme député communiste, symbole des députés communistes engagés pour "faire vivre et renforcer le PCF"

Ce serait nettement plus utile que de lister ainsi des jugements qui n’aident en rien à comprendre l’action d’un député, dans un article tiraillé entre les accusations d’être trop proche de Sarkozy et trop proche des trostkystes du POI !

L’unité des communistes ne peut se construire en théorie, mais dans la pratique solidaire de ceux qui luttent. Elle suppose une grande responsabilité politique pour se parler en toute franchise et en toute fraternité.

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