Communisme : Oui ! PCF : Oui ! Réponse à Lucien Sève

, par  pamillet , popularité : 3%

Intervention qui n’a pas été retenue pour la discussion...

Le PCF ne sera-t-il bientôt plus qu’un parti radical, une longue histoire et quelques notables ? Dans un article récent, Lucien Sève propose une réponse choc : « Communisme, oui ; PCF, non. ».

Je suis convaincu qu’au contraire, le délitement communiste est le résultat de la recherche désespérée d’une visée communiste en dehors de la question décisive des conditions d’un processus révolutionnaire, et d’une pratique de désorganisation de tout ce qui fait un parti utile à la résistance populaire. .

Depuis des années, nos textes de congrès cherchent partout ailleurs que dans notre histoire théorique de nouveaux mots, de nouvelles idées pour refonder un discours politique qui finit par assumer aujourd’hui pleinement sa rupture avec 1920. Le vide idéologique est de fait comblé par les idées de refondation devenues dominantes. Elles ont jouées un rôle essentiel dans la stratégie des collectifs antilibéraux qui en constitue une première mise en œuvre à grande échelle et aurait du aboutir a une candidature « nouvelle », symbolisant la rupture avec la « forme parti ». La proposition de Sève est donc en quelque sorte « déjà là » ! Prenons en les deux termes :

1/ Communisme, Oui !

Si Sève propose de « Conserver absolument le communisme », c’est après avoir déconstruit deux repères qui lui sont fondateurs ; la place de la classe ouvrière dans les luttes de classes ; la nécessité du socialisme comme première forme sociale nouvelle issue d’un processus révolutionnaire

- Première déconstruction. Pour lui, s’il y a bien une classe à un pôle de la société, il n’y aurait plus en face une classe ouvrière placée au cœur de la contradiction entre capital et travail, mais l’humanité toute entière mise en péril par la dérive inhumaine du capitalisme.

Le NON au référendum a pourtant révélé la profondeur de la fracture entre monde ouvrier des banlieues et couches moyennes supérieures des centres-villes ! On voit progresser une véritable ségrégation sociale dans les ghettos de la république pendant que s’élargit le monde arrogant des gagneurs. Cette fausse idée des « multitudes » à la Negri est au cœur de l’abandon par la direction du parti de son enracinement ouvrier historique. La théorisation de Sève vient accompagner ainsi le mouvement réel du PCF tel qu’il est déjà !

- Deuxième déconstruction. Pour lui, le socialisme serait une impasse conduisant à sortir de la visée communiste. Il nous dit : Ainsi le communisme implique le dépérissement de l’État de classe, le socialisme, lui, a toujours inclus un étatisme. Mais à force de chercher la visée, de « commencer par les fins » communistes, on finit par oublier que la bourgeoisie tient solidement un état hyper centralisé et violent !

La résistance au pétainisme Sarkozien nous montre au contraire la nécessité de penser la « révolution », le processus par lequel le peuple peut arracher l’état à la bourgeoisie. Opposer socialisme et communisme, c’est faire l’impasse sur la révolution ! Les communistes, au contraire des réformistes, savent que la révolution ne supprime pas la lutte des classes, mais en inaugure une nouvelle période. Si cette lutte des classes dans les pays socialistes a été gagnée par ceux qui allaient devenir les nouvelles bourgeoisies de l’Est, non seulement, cela ne doit pas nous conduire à rejeter le socialisme, mais au contraire à repenser ce que peut être un pays capitaliste développé dans lequel le monde du travail a conquis des pouvoirs déterminants. A l’évidence, ce ne peut être déjà du communisme ! Nous avons donc besoin de proposer un nouveau « socialisme à la française » pour ouvrir la perspective politique, pour dire ce que peut être une voie pacifique de transformation qui se donne les moyens de résister à la violence de la bourgeoisie !

2/ PCF, NON ?

Sève propose de dépasser radicalement la forme parti. Mais s’il s’agit du parti communiste français, c’est fait ! Qu’avons nous encore du parti des années 60 ? Avec la fin du centralisme démocratique et le fonctionnement en tendances, la désorganisation concrète du parti totalement désinvesti des questions pratiques de cartes, de timbres, d’organisation de terrain, des directions toutes entières accaparées dans les conflits de courants, les institutions, les négociations électorales, avec le dédoublement des structures de décisions qu’a créé la stratégie des collectifs antilibéraux, nous ne sommes déjà plus un parti organisé !

Sève nous dit que « Le monde regorge de cohérences non pas verticalement imposées mais horizontalement produites » Ce qui est sûr, c’est que la dictature du capitalisme n’a jamais été aussi centralement et verticalement imposée ! Et partons de l’expérience ! Quelle leçon tirer des conflits internes d’Attac, de l’impossibilité de construire une décision nationale des collectifs anti-libéraux, de l’impuissance des mouvements altermondialistes à transformer la force de la contestation en rapport de forces face aux impérialismes. Et comment ne pas voir au contraire dans l’histoire du parti, notamment de la résistance, l’utilité à la fois de la créativité militante, de l’autonomie et la nécessité forte d’une organisation, et donc d’une direction ! Qui peut penser que la résistance à ce gouvernement qui criminalise militants et banlieues peut se faire dans le spontanéisme ? Qui ne voit pas à quel point dans la bataille des retraites, des universités, nous avons besoin d’un parti capable d’organiser l’intellectuel collectif permettant aux militants de porter coup sur coup dans la bataille idéologique.

On dit souvent que la révolution informationnelle et le modèle en réseau que symbolise Internet est la preuve de la possibilité de l’émergence spontanée de cohérence. Mais comment ne pas voir au contraire à quel point Internet suppose comme tout média, un travail de hiérarchisation et de priorisation des informations, donc un travail de direction ! Le mouvement populaire n’a pas besoin de « chefs », et surtout pas d’un parti militarisé, mais s’il montre toujours sa créativité et sa capacité d’initiatives, comme pour le NON au référendum, il souffre d’un formidable déficit de représentations, de cohérence, de perspectives, d’efficacité pour construire son union. Il appelle à la reconstruction d’un parti qui soit l’intellectuel collectif permettant au peuple de se penser en dehors des idées dominantes. Il a besoin de dirigeants représentatifs du peuple, capables de porter et fédérer sur leurs noms les résistances et les espoirs populaires.

Sous couvert de modernité, le texte de Sève nous ressert la soupe indigeste qui plombe les congrès communistes depuis 15 ans... S’il n’a fallu qu’un congrès à la direction du PCI en Italie pour proposer une « cosa » et détruire en quelques mois le plus grand parti communiste d’Europe, la direction du PCF ne sait pas encore si le prochain congrès sera le bon pour passer enfin à cette « nouvelle force » que Sève nous annonce !

Je comprends les camarades qui hésitent, craignent l’affrontement des personnes. Sur le terrain, les désaccords entre militants ne sont souvent pas une raison de divorce. La vie, les luttes, la fraternité permettent de continuer à agir pour dépasser les contradictions par le haut. C’est évidemment plus difficile quand est en cause la direction d’un parti ! Mais le pire serait le mensonge, le pire serait de continuer à faire des congrès pour laisser les choses en l’état. Le pire serait de laisser ceux qui ne veulent plus de PCF le diriger !


Arrêtons de nous plaindre de notre faiblesse et de chercher des coupables dans notre passé. Plus nous tarderons à rompre avec l’orientation théorisée par Sève, poussée par Martelli et de plus en plus directement mise en œuvre par la direction, plus nous retarderons la reconstruction nécessaire du grand parti communiste français du XXIème siècle !

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