tout est nouveau ? le discours du nouveau désarme les résistances

, par  pamillet , popularité : 4%

Le texte du 34ème congrès est construit sur le postulat affirmé dès l’introduction « nous avons une conviction (..) le temps est venu de repenser le changement, d’en redéfinir le sens », et il faut donc engager « un important travail de refondation ». La tradition communiste fondait toujours son orientation sur « l’analyse concrète du mouvement réel », ce qui conduisait un texte de congrès à commencer par la situation sociale et l’étude du capitalisme. Mais le document est fait pour montrer que « nous avons changé de monde et d’époque ». Le marxisme et sa capacité d’explication et de transformation du monde est absent, tout est à « refonder ». Rien ne reste de ce qui a fait le parti communiste, son l’histoire, son enracinement social. Si les mots communisme ou internationalisme sont cités, ils se doivent d’être « nouveaux », et ne sont évoqués dans le passé que comme le boulet que nous trainons et qui conduit certains à proposer un changement de nom.

Une nouvelle époque, un autre monde ?

Le texte présente la mondialisation comme le caractère nouveau du monde, malheureusement « pilotée par un capitalisme financier et ultralibéral ». Or la mondialisation est déjà étudiée par Marx, Lénine et d’autres ! Elle n’est pas seulement « pilotée » par le capitalisme, elle est la forme dans laquelle il se reproduit en expansion pour satisfaire les exigences toujours plus démesurées de la classe sociale qui le domine ! La croissance des échanges, de leurs possibilités techniques ne fait qu’accélérer un mouvement très ancien qui a déjà porté des phases de mondialisation dans l’histoire, dont la dernière a produit la première guerre mondiale, le colonialisme, le nazisme !

Une révolution informationnelle ?

Comment peut-on parler d’une « tendance à la prédominance des activités informationnelles » ? Quelle méconnaissance d’un monde populaire qui est exploité bien physiquement dans toutes ses activités ! Activités industrielles qui restent le lieu principal de construction des gigantesques profits arrachés au travail, mais aussi activités de services qui ne sont informationnelles que pour ceux qui n’en mesurent pas les souffrances physiques, psychiques... D’abord, il y a toujours 6 millions d’ouvriers en France pour 600000 informaticiens... Mais l’essentiel est que l’opposition entre activités « matérielles » et « informationnelles » est un piège pour les travailleurs de l’industrie et des services qui sont ensemble les prolétaires qu’il faut unir ! Le texte y tombe sans hésiter en dénonçant l’aliénation du travail informationnel comme si elle était de nature différente de l’exploitation générale du travail dont le texte ne parle plus ! L’ouvrier qui pilote une machine moderne a-t-il une activité informationnelle ? Et l’assistante de vie qui aide un handicapé à se déplacer ? Comment laisser croire que le projet de « l’entreprise sans usine » du capital est autre chose qu’une organisation différente de l’exploitation ! L’idéologie de la société de l’information est une arme pour cacher le travail productif dans toute sa diversité. Le développement continu de la science transformant en permanence les conditions du travail productif, ne doit pas être confondu avec le développement de ce qui domine le travail, les activités de contrôle, commerciales, publicitaires, financières qui portent la croissance d’un secteur tertiaire qui externalise des fonctions essentielles de la production pour mieux en extraire les profits ! Cette « société de l’information des marchés » est un cancer capitaliste qu’il faut combattre.

Une nouvelle phase de la mondialisation ?

Le texte évoque les transformations du monde récentes en considérant que le FMI, l’OMC et la banque mondiale auraient été « transformées » en instrument de domination (on suppose donc qu’elles ne l’étaient pas avant), sans jamais considérer que le fait majeur qui a accéléré l’histoire, c’est la fin des pays socialistes de l’Est de l’Europe. L’analyse de la réalité de l’URSS, des causes de cet effondrement est essentielle. Elle demande un effort de connaissance en butte à une bataille idéologique criminalisant le communisme. Mais ce qui est sûr, c’est que c’est bien cet effondrement qui a révélé et libéré un rapport de forces en faveur du capitalisme ! Or, cet effondrement n’est pas complet. Cuba résiste encore, la Chine est un mélange de socialisme et de capitalisme dont personne ne peut prévoir qui sera dominant dans le futur. En tout cas, l’état chinois souverain continue à maitriser sa monnaie et ses institutions financières ! L’Amérique Latine réinvente un socialisme du XXIème siècle. On ne peut rien comprendre au monde d’aujourd’hui en passant sous silence les réalités passées et actuelles du socialisme !

L’avenir de la France est en jeu ?

Oui, la France est mis en cause, mais est-ce une question nouvelle, et Sarkozy représente-t-il une rupture ? De fait, c’est depuis la révolution française que la bourgeoisie est dérangée par la république, des Versaillais à la collaboration, le choix du capitalisme a toujours été anti-France. C’est d’ailleurs le comité des forges qui dès les années 30, dans l’alliance avec l’hitlérisme naissant, a préparé la création de la communauté du charbon et de l’acier, ancêtre de l’Union Européenne. C’est ce que certains ont appelés « le choix de la défaite » qui a conduit la bourgeoisie a préféré Hitler au Front populaire. Rien de nouveau aujourd’hui si ce n’est que le rapport des forces permet à Sarkozy de retrouver et de révéler la vraie nature de la droite française. Le texte ne permet pas de comprendre la nature révolutionnaire du combat national, que la bourgeoisie ne favorise parfois que pour utiliser le peuple dans une concurrence entre pays, mais qui au contraire est une condition d’un internationalisme populaire, construisant l’unité des prolétaires de tous les pays.

Un salariat en plein bouleversement ?

Le texte tente encore de montrer que tout a changé du coté du salariat. Mais il suffit de relire le manifeste pour se rappeler que le capitalisme a toujours et partout « bouleversé l’état des choses », mis en cause le sens du travail, « fait de la dignité personnelle une simple valeur d’échange ». On ne peut évoquer l’unité des prolétaires d’une manière idéologique en passant sous silence la première des réalités du salariat, la surexploitation, la précarisation de millions d’ouvriers, d’employés, de ce qu’on appelait « classe ouvrière ». Pour faire « nouveau », le texte met au silence le monde ouvriers, qui a joué un rôle historique pour le parti communiste.

Une crise des modes de développement ?

Quand le texte parle de mode de développement, il ne s’agit pas du capitalisme, mais du productivisme ! Comme pour le libéralisme, ce mot masque une réalité. Le capitalisme a toujours considéré l’environnement comme le reste, une marchandise. Eau, Air, Terre, Humains... tout s’achète et se vend quand cela permet la création de profit pour la reproduction du capital, et sinon peut se détruire, y compris la vie humaine ! Le nazisme a poussé jusqu’au bout cette logique mortifère du capitalisme que le colonialisme français et anglais avait déjà révélé, logique qui s’illustre dans l’agent orange déversé par les USA au Vietnam, ou le terrain pollué de Métaleurop délaissé par un grand groupe capitaliste. La notion de productivisme nous aide-t-elle a comprendre ce mode de développement dirigé par le profit ? Elle a été fortement utilisée dans la critique du « socialisme réel », justifie pour des écologistes politiques une position « ni gauche ni droite », est au cœur du discours de la « décroissance » que Paul Ariès présente comme une condition pour un « congrès de Tours à l’envers ». Or s’il faut produire pour répondre aux besoins sociaux et non pour le profit, faut-il refuser la notion de « productivité », moins de sciences, moins de technologies ? faut-il un système économique à l’ancienne, sur un modèle artisanal, privilégiant le circuit court ? Le texte désarme le monde du travail en ouvrant la porte à la nostalgie du village, à un conservatisme vert de petits propriétaires ou bourgeois bohèmes.
Refusons l’ambiguïté de ce mote de productivisme, comme celui de libéralisme, et ouvrons la perspective d’une nouvelle révolution scientifique et technique, faisant de l’environnement, du cadre de vie, de la santé humaine, les nouveaux défis industriels, affirmant la nécessité d’un développement maitrisé de la productivité pour libérer le maximum de temps de travail au service de la créativité humaine, individuelle et collective. Affirmons qu’un développement humain durable ne peut être que socialiste !

Nouvelles conflictualités ?

Le texte renouvelle sans cesse les adjectifs pour dire que tout est nouveau, il y aurait une « transformation radicale » des relations internationales dans la logique états-uniennes de « guerre contre le terrorisme », une « véritable mutation de la conflictualité internationale ». Il rappelle l’importance de la mobilisation pour la paix, sans insister sans doute car on ne sait pas bien ce que cela aurait de nouveau par rapport aux grandes batailles de la paix des années 50 ou 80. Par contre, le texte conclut que l’Union Européenne deviendrait dans les « désordres de ce nouveau monde », « un enjeu essentiel ». Le seul problème serait qu’elle vit une crise « faut de refonder son projet ». Mais quel est ce projet, celui initié par la « communauté économique du charbon et de l’acier » ? On nous dit que malgré ces conditions de création au service du capitalisme, l’Union Européenne aurait été crée par souci de la paix en Europe après la deuxième guerre mondiale. Mas alors pourquoi ceux qui ont fait ces institutions n’étaient jamais présents dans les batailles pour la paix, et surtout pourquoi ne pas révéler les projets d’alliance franco-allemande portés avant guerre par le comité des forges, projets précurseurs de la CECA, et en même temps révélant la recherche d’alliances avec le nazisme ! Ce n’est pas l’orientation de l’Union Européenne qu’il faut refonder, ce sont les institutions elles-mêmes, et pour cela, d’une manière ou d’une autre, il faut s’en libérer ! Pour construire des coopérations internationales, les peuples doivent retrouver leur souveraineté. Certains évoquent la sortie de l’Union Européenne. En tout cas, il est essentiel d’affirmer que nous refusons les directives de la commission européenne, que nous considérons qu’un loi votée par l’assemblée nationale ne peut être défaite par une institution supranationale !

Des conditions de luttes sociales et politiques transformées ?

Dans ce « nouveau monde », les résistances se heurterait à « la crise des alternatives politiques qui affaiblit les forces de progrès ». Il faudrait donc « inventer de nouvelles réponses ». Mais quelle est cette crise quand depuis 2000, plusieurs pays d’Amérique Latine ont voté une constitution socialiste ? quand tant de partis communistes progressent en Inde, au Népal, au Vietnam, en Grèce, en Tchéquie ? Le non dit du texte est bien l’analyse critique de l’histoire du communisme. Comment tirer les leçons du stalinisme, tout en refusant la criminalisation du communisme ? Comment comprendre l’effondrement de l’URSS et son incroyable développement transformant un immense pays pauvre en puissance mondiale pendant un demi-siècle ? Que se passe-t-il en chine avec le développement d’un capitalisme arrogant dans un cadre issu du socialisme réel, dirigé par un parti communiste ? Et après 1990, que dire de la diversité des points de vue communiste ? Quelle différence entre la stratégie de la direction du PCI qui a choisi de transformer le parti en une « cosa » devenu un parti démocrate et la stratégie du KKE ou du PCP ? Quelle est la réalité actuelle des partis communistes en Europe ?

Sur tous ces sujets, le texte n’est précis que sur un point, il faut tout refonder, c’est à dire, rompre avec ce que nous avons été. Mais derrière le discours du nouveau, le texte masque la continuité du capitalisme, ce qui au contraire dans le monde moderne confirme les analyses de Marx et conforte le choix de continuer le PCF en assumant son histoire et son héritage. Il désarme le peuple en le privant de ses repères politiques, il prépare et justifie les stratégies politiques de renoncement au communisme, celles qui ont conduit à la disparition de tant de parti communistes.

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