A propos de l’article d’Adler sur Chavez

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Cet article d’Alexandre Adler, qui avait déjà été publié par CSP,prouve que
les idéologues du Capital cherchent un angle d’attaque, mais aussi qu’ils
ont beaucoup de mal à construire leur propagande. Que dit cet article que
le chaos nous menace parce qu’un vol de papillon peut changer la face du
monde, en l’occurrence un "primate" apprenti dictateur, Chavez va nous
priver de "notre" pétrole, organiser une crise terrible en Occident en
rassemblant les hordes mençantes barbares du sud contre "Nous".

En le lisant, comme d’ailleurs en suivant le pilonnage en faveur du OUI, je
n’ai pu m’empêcher de penser à une pièce de Berthold Brecht, "Turandot et
le Congrès des Blanchisseurs". L’histoire se passe en Chine, un empire où
il vient d’y avoir la récolte de coton la plus abondante du siècle.
L’Empereur et sa mafia ont brulé la majeure partie de la dite récolte dans
leurs entrepots pour que les prix demeurent hauts. Dans le même temps un
paysan arrive à la ville, il a économisé pour devenir un TUI, un
intellectuel, pour comprendre le monde. La révolte gronde dans l’Empire sur
le thème : "Comment se fait-il qu’il n’y a plus de coton ?" L’Empereur
organise un concours dont le prix sera la main de sa fille Turandot, un
concours d’éloquence. Le TUI qui trouvera une explication convaincante sur
le fait qu’il n’y a plus de coton alors que la récolte a été fabuleuse,
épousera Turandot et sera le successeur de l’empereur. Le paysan assiste au
concours. Un panier contenant un morceau de pain, descend et remonte devant
le candidat suivant ce qu’il dit. Les candidats déploient les uns après les
autres des trésors d’éloquence, mais il y a toujours un moment où emportés
par leur propre discours, il disent une part de vérité, et le panier
remonte, tandis qu’ils sont condamnés. Jusqu’à ce qu’il y en est un, une
brute, un fasciste qui sorte son revolver et menace ceux qui oseront
contester de les tuer. C’est lui qui gagne le concours et l’amour de
Turandot. Le paysan commente l’affaire en disant qu’il y a beaucoup de bien
chez les TUI, parce que même dans leurs mensonges il y a une part de vérité
qu’il faut savoir déceler. En ce qui le concerne, cela l’a aidé à faire son
choix puisqu’il choisit d’aller rejoindre l’armée rebelle.

Il s’est passé une série d’événements en France et dans le monde face
auxquels chacun détient une part de vérité.
- L’invasion de l’Irak et la résistance du peuple irakien. La vérité qui
transparait de cet événement est que pour piller les ressources, l’Empire a
menti, mais aussi que sa suprematie militaire est insuffisante à juguler
les résistances des peuples.Mieux le gouffre abyssal des dépenses
militaires mettent en cause la suprematie du dollar.
- À partir de l’Amérique latine, l’arrière cour de l’Empire, une résistance
sud/sud est en train de s’organiser, celle-ci n’a rien à voir avec
l’affrontement du 20e siècle de deux superpuissances, elle unité dans la
diversité et elle opère une synergie inédite. C’est Liliput endiguant
Guliver.
- En France, en Europe, il y a la prise de conscience qu’à l’intérieur même
du coeur de l’Empire s’installent des rapports nord/sud entre les pillards
et le reste de la population. Le modèle néo-libéral d’un impérialisme
destructeur attaque non seulement les peuples sous développé, mais crée le
sous développement pour la majeure partie des salariés. La montée du NON a
ce sens là.

Dans ce nouveau contexte, il faut empêcher les solidarités. Et c’est là que
des TUI comme Alexandre Adler et d’autres sont appelés à un concours pour
expliquer que ce qui menace le Français salarié est d’abord le terrorisme
de peuples barbares, d’où le thème du "choc des civilisations", l’Arabe, le
latino, et le Chinois sont menaçants alors qu’ils subissent l’agression.
Deuxième thème la démocratie est en danger parce qu’il y a à la tête de ces
pays des "dictateurs" sanguinaires et fous. Troisième thème, le plus
dangereux, votre mode de vie, votre aisance est menacée parce que ces
peuples ne veulent plus se contenter de la situation actuelle où 20% de la
population mondiale s’attribue 80% des ressources.

Il s’agit alors à la fois de faire accepter aux salariés du nord de
nouvelles restrictions sous prétexte de la concurrence, la nécessité de
"délocaliser", d’une main d’oeuvre taillable et corvéable dans le sud ou
l’est de l’Europe. Et aussi de les convaincre de la nécessité d’une
agression militaire contre ces peuples concurrents.

Donc il n’est pas question de répondre au TUI Alexandre Adler, mais bien de
développer notre propre analyse de classe de la situation pour développer
les solidarités, pour dénoncer l’Empire(les États-Unis mais aussi l’Union
européenne et le japon) et son caractère destructeur pour l’humanité. Pour
la première fois depuis les années 70, nous sommes en mesure d’être à
l’offensive. Ici même alors que 90% des députés, l’ensemble de la presse,
toutes "les élites" autoproclamées n’arrivent pas à convaincre la majorité
des français de voter OUI, parce que leur vécu de la situation les pousse à
dire NON, notre travail est de montrer l’ampleur du champ de bataille, de
nous intégrer à la stratégie sud/sud. En fait une stratégie de classe...

C’est tout l’objet de notre livre (avec Viktor Dedaj, Maxime Vivas) qui
doit sortir le premier septembre chez Aden : "De Mal Empire, les résistances
du sud face au rêve américain". Ne nous faisons pas d’illusion le système
de propagande, les TUIS à la mode Alexandre Adler ne nous laisseront pas
plus d’espace médiatique qu’ils n’en laissent au NON, ou qu’ils en ont
laissé à "Cuba est une île", ou aujourd’hui au livre de maurice Lemoine sur
Chavez. Mais l’expérience que nous avons faite à travers "Cuba est une île"
est justement que la stratégie de Liliput contre Guliver paye... Nous avons
fait une trentaine de débats et nous poursuivons ce travail, nous
"labourons la mer". Pour cela il faut écarter tout ce qui divise, mesurer
les potentialités collectives que nous avons. D’autres livres vont sortir à
cette rentrée, je pense en particulier à celui de Bricmont sur "la
démocratie" chez Aden. L’ouvrage collectif autour des cinq qui sort au
temps des cerises. L’Humanité est en train, dans le cadre de la bataille du
NOn de changer de ligne y compris au niveau international, sur l’Amérique
latine, le mensuel le Manifeste, Initiative communiste et d’autres, il faut
chercher l’unité, surmonter les facteurs de division et les mesquineries,
"les misères de position", comme le disait Bourdieu où chacun s’imagine que
c’est l’allié potentiel qui est son concurrent, qui est à l’origine de
l’impossibilité de se faire entendre, de son isolement et l’entretient en
se donnant comme concurrent celui avec lequel il devrait se battre. Ces
rivalités délétères sont le fruit de l’impuissance, d’un rapport de forces
défavorables, de cette longue période sans espérance que nous venons de
traverser. Un élan formidable secoue les peuples et change la donne
"l’histoire est repartie"... Donc négligeons Alexandre Adler et
construisons notre propre terrain tous ensemble...

Danielle Bleitrach

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