Ils y tiennent vraiment

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Ils y tiennent vraiment

Hier soir, aux actualités françaises, sur toutes les chaînes, c’était le même pilonnage : une Europe en plein désarroi acceptait, pour que les Français votent oui au référendum sur la Constitution, "une remise à plat" de la circulaire Bockenstein, une remise en cause du plan de stabilité.
L’atmosphère rappelait celle des accords de Grenelle en 68, quand le patronat s’agitait, tentait de contacter la direction de la CGT, pour calmer le jeu.

Car il ne s’agissait pas de "l’Europe" mais d’un conseil d’administration
des grands intérêts qui avait pris depuis pas mal d’année le nom d’un
continent. Un appareil, un système destiné à fabriquer du consensus autour
des politiques néo-libérales de destruction du service public, de pression
sur l’emploi et sur les salaires. Des chefs d’État, des technocrates
devenus les formateurs de cette idéologie. Et suprême raffinement, un
fonctionnement interne où la gauche engloutie dans cette atmosphère
consensuelle feutrée, était chargée d’expliquer au peuple sur lequel elle
avait quelque influence que l’on ne pouvait pas faire autrement. Qu’il n’y
avait pas d’alternative, simplement une alternance, où les dirigeants
impopulaires pourraient être renvoyés dans un mouvement d’exaspération sans
avenir.

Donc ce conseil d’administration aux abois, à l’idée que les Français
cabochards et pas trés raisonnables, pourraient dire non au traité,
lâchaient du lest à la manière du patronat : on vous promet que la
circulaire Bockenstein "sera remise à plat". Qu’est ce que cela veut dire
en langage patronal ? Que quand vous aurez voté, une nouvelle mouture,
peut-être pire que la première sera adoptée et là vous ne pourrez plus rien
dire puisque le nouveau corset légal vous en empêchera.

Continuons à filer la métaphore : depuis des années, ce système à produire
du consensus autour des grands intérêts, n’entend rien, ignore les
protestations, les manifestations nationales contre "la mise à plat" des
retraites, de la protection sociale, et voici qu’il s’agite. Nous avons là,
avec le vote NON à leur foutu traité visiblement un excellent moyen de
pression pour enfin nous faire entendre, pourquoi le lâcher ? Comme le dit
le proverbe chinois, c’est quand le chien se noie qu’il faut lui flanquer
un coup de baton sur la tête.

Attention vous allez être marginalisés, la France va perdre son
influence... Après la catastrophe finale, c’est l’appel au sentiment
national... Toujours les accents de la patrie en danger pour défendre les
grands intérêts, les marchands de canon comme le disait Jaurès... Et chez
nous les marchands de canon sont puissants, de Lagardère à Dassault, ils
tiennent même l’édition, la presse, ils gouvernent l’opinion publique... Ou
croient gouverner l’opinion publique, ce qui est bon pour Dassault est bon
pour la France... La France marginalisée, l’a-t-elle été quand elle s’est
opposée à la guerre en irak, face à une Europe vassalisée dont une partie
des chefs d’État se faisait les porteurs des foucades atlantistes ?
Certains emboîtant le pas à la guerre préventive contre des armes de
destruction massive et au véritable pillage pétrolier, rejoignant la
"coalition" au grand dam de l’opinion de leur peuple. Aznar a fini par y
perdre son pouvoir et nul ne le regrettera.

La France n’est-elle pas en train d’inventer quelque chose d’équivalent à
l’intervention politique directe des peuples face à ces sytèmes consensuels
au service des grands intérets avec leur cortège d’experts et intégration
des partis politiques qu’ils soient de gauche ou de droite ?

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais en ce qui me concerne tout cela
me convainct plus que jamais qu’il faut voter NON, parce que nous sommes à
un moment de la bataille ou le patron veut nous faire lâcher la proie pour
l’ombre, celui où jadis il tentait de convaincre les épouses de faire
pression sur leur mari pour arrêter la grève. La situation est bien
meilleure parce qu’ils ne peuvent nous affamer, nous retenir les salaires
comme du temps de Germinal. Ils défendent les Grands Intérêts des
multinationales financiarisée, mais ils sont dans leur bulle et ne peuvent
nous obliger à ne pas dire NON. Vous avez commencé une bataille, il vous
faut aller jusqu’au bout pour vous, pour votre vie, celle de vos enfants
autrement ils accélereront encore leur politique parce qu’ils auront eu
peur et vous ne pourrez plus agir parce qu’ils disposeront d’une nouvelle
légalité.

La France sera-t-elle marginalisée dans ce Conseil d’administration qui a
usurpé le nom d’un continent ? Cela dépend du pouvoir que l’on donne au dit
conseil d’administration sur nos vies... En revanche croyez-moi, si la
France dit NON, beaucoup de peuples d’Europe sont prêts à en faire autant,
la France sera au coeur de leur résistance et c’est de cette centralité
dont ils ont peur...
Souvenez-vous de la chanson "cet air de liberté qui donnait aux peuples le
vertige"... Croyez-moi c’est cela que les peuples attendent de la France...
De cela qu’ils ont une peur panique...

Danielle Bleitrach

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