Les débuts du marxisme en Chine et son développement au XXe siècle intervention de Zizi LI (Bureau central de compilation et de traduction du Parti Communiste chinois)

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L’influence de la Révolution d’Octobre sur les débuts de la diffusion du marxisme en Chine

Zizi LI, chercheure au département de marxisme du Central Compilation and Translation Bureau

Cette année nous fêtons le 100e anniversaire de la victoire de la Révolution d’Octobre. Cet événement est l’un des plus grands événements de l’histoire mondiale. En effet, la Révolution d’Octobre a profondément changé le cours de l’histoire de l’humanité ; elle a influencé et encouragé le prolétariat du monde entier à entrer dans une nouvelle ère. C’est la Révolution d’Octobre qui a permis d’introduire le marxisme-léninisme en Chine. La combinaison entre le marxisme-léninisme et le mouvement ouvrier chinois, et la fondation du Parti communiste chinois par des progressistes chinois, ont donné un nouveau visage à la Révolution chinoise.

À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, le marxisme avait déjà été introduit en Chine par différents canaux. Cependant, la diffusion large et l’impact substantiel du marxisme sur la réalité chinoise n’ont eu lieu qu’après la Révolution d’Octobre. Grâce à l’influence de la Révolution d’Octobre, la diffusion du marxisme en Chine est entré dans une nouvelle phase : d’une diffusion éparse le marxisme est passé à une large diffusion systémique ; d’une recherche purement théorique le marxisme est devenu une théorie guidant la pratique ; d’un courant social le marxisme s’est transformé en un programme politique. La fondation du Parti communiste chinois en 1921 a permis au marxisme et à sa diffusion en Chine de trouver un fort soutien, a ouvert au peuple chinois une voie vers sa quête du bonheur, et à permis au socialisme d’écrire un nouveau chapitre.

1. La large diffusion du marxisme-léninisme en Chine après la Révolution d’Octobre

Avant la Révolution d’Octobre, le marxisme avait déjà été introduit en Chine. Après la Guerre de l’opium, bon nombre de progressistes chinois ont fait tous les efforts possibles pour sauver la Chine et la nation chinoise, sans succès. Dans un contexte où divers mouvements ont échoué les uns après les autres et où toutes sortes de systèmes de pensée ou de théories ont été incapables de résoudre les problèmes de la Chine, la popularité des idées socialistes et du marxisme en Europe, aux États-Unis et Japon à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, a permis leur introduction en Chine. Les noms de Marx et Engels sont apparus dans la presse chinoise pour la première fois en 1899 dans un article intitulé « Da tongxue »《大同学》(La Grande concorde) écrit par le missionnaire protestant baptiste britannique Timothy Richard (1845-1919) et publié dans le journal Wan guo gong bao《万国公报》(Bulletin des Nations). Par la suite, de jeunes étudiants chinois qui avaient étudié au Japon, en Europe et aux États-Unis ont activement participé à la traduction en chinois d’oeuvres marxistes et de publications liées au marxime. Certains groupes et mouvements sociaux ont commencé à diffuser le marxisme et le socialisme en Chine. Toutefois, ces travaux se bornaient principalement à la traduction et la présentation du marxisme ; il n’y avait pas de point de vue systémique sur la théorie marxiste et son impact réel sur les mouvements révolutionaires chinois était très faible.

Après la Révolution d’Octobre, la diffusion du marxisme en Chine a connu un changement substantiel. Sous l’impulsion des intellectuels progressistes, le marxisme diffusé en Chine a subi de profonds changements. Le marxisme est alors devenu un courant de pensée puissant, puis est graduellement devenu le courant de pensée principal parmi les divers courants de pensée existants en Chine à cette époque. Influencé par la Révolution d’Octobre, de nombreuses publications marxistes ont vu le jour, de nombreuses colonnes spéciales sur le marxisme ont été ouvertes dans des publications diverses, et de nombreux numéros spéciaux dédiés à la diffusion du marxisme ont vu le jour. Mei zhou pinglun《每周评论》(Critique de la semaine), Xin qingnian《新青年》(La Jeunesse), Chen bao《晨报》(Journal du matin), parmi d’autres publications, sont devenues les principaux organes de diffusion du marxisme en Chine. Après la Révolution d’Octobre, la diffusion du marxisme s’est faite de manière relativement systématisée, plus globale et plus approfondie. Le contenu du marxisme diffusé en Chine incluait notamment la théorie politique et la théorie économique marxistes, ainsi que le matérialisme historique, entre autres. Cela a permis d’expliquer de manière assez globale et systématisée la théorie de la lutte des classes, la théorie de la valeur, le socialisme scientifique, et le matérialisme historique.

Les canaux par lesquels le marxisme s’est diffusé en Chine se sont multipliés. Initialement, l’introduction du marxisme en Chine s’est faite principalement à partir du Japon et de l’Europe de l’Ouest. L’Union Soviétique (URSS) est ensuite venue s’ajouter et a joué un rôle de plus en plus important dans la diffusion du marxisme en Chine. En effet, un certain nombre d’intellectuels progressistes chinois sont allés en Union Soviétique pour mener des enquêtes de terrains et faires des études. Après avoir passé un certain temps en URSS ces derniers sont devenus de fervents marxistes et des promoteurs actifs de la diffusion du marxisme en Chine.

2. La transformation des intellectuels progressistes chinois en marxistes après la Révolution d’Octobre

La victoire de la Révolution d’Octobre a permis que le marxisme passe d’une théorie abstraite à une réalité concrète. Cette victoire a été l’élément déclencheur qui a poussé les intellectuels chinois à explorer des voies qui pourraient sauver la Chine et la nation chinoise. La victoire de la Révolution d’Octobre a donné une lueur d’espoir quant à l’avenir de la Chine à bon nombre d’intellectuels progressistes qui sont alors devenus marxistes. Ces intellectuels ont considéré la diffusion du marxisme comme une condition nécessaire au développement de la société chinoise. C’est pourquoi ils se sont activement consacrés à des activités contribuant à la diffusion du marxisme, et ce travail de promotion a fondamentalement contibué à changer la situation en Chine.

Au début du XXe siècle, les intellectuels progressistes chinois ont lancé une campagne d’opposition à la culture et aux us et coutumes féodales, tout en faisant une promotion énergique de la démocratie et des sciences. Cela à été les thèmes principaux du Mouvement pour la nouvelle culture (mouvement qui a existé à peu près entre 1915 et 1925) dont les partisans militaient pour l’entrée en Chine de nouvelles pensées et théories venues de l’Occident. Ces partisans appelaient à créer une nouvelle culture chinoise en remplaçant la culture traditionnelle chinoise par des pensées et théories occidentales. La Révolution d’Octobre est l’élément déclencheur fondamental qui a changé la situation internationale et le mouvement communiste international. Cette Révolution a été le symbole de la fin de la Deuxième internationale et a signé la victoire du marxisme. La Révolution d’Octobre a aussi apporté un nouveau souffle au Mouvement pour la nouvelle culture en Chine. Après la Révolution d’Octobre, Li Dazhao (李大钊), le dirigeant de gauche du Mouvement pour la nouvelle culture, a publié trois articles intitulés « Une étude comparée des révolutions française et russe » (《法俄革命之比较观》 ; Fa e geming zhi bijiao guan), « La Victoire du peuple » (《庶民的胜利》 ; Shumin de shengli), « La Victoire du Bolchévisme » (《布尔什维克的胜利》 ; Buersheweike de shengli). Ces articles ont été écrits dans le but de promouvoir l’importance historique mondiale de la victoire de la Révolution d’Octobre, de faire l’éloge de l’émancipation du peuple et des travailleurs russes, et de lutter contre ceux qui adoptaient une attitude sceptique face à la Révolution d’Octobre.

Le Mouvement du 4 mai qui a éclaté en Chine en 1919 à contribué encore plus à promouvoir le marxisme en Chine. Suivant le Mouvement du 4 mai, Li Dazhao (李大钊) a publié un article intitulé « Mon point de vue sur le marxisme » (《我的马克思主义观》 ; Wo de makesizhuyi guan) dans le numéro 5 du volume 6 de la revue Xin qingnian《新青年》(La Jeunesse). Dans cet article, il y présente de manière systématisée les trois parties constitutives du marxisme ; le matérialisme historique, l’économie politique et le socialisme scientifique. Dans le numéro 1 du volume 8, la revue Xin qingnian《新青年》(La Jeunesse) ouvre une colonne spéciale intitulée « études russes » (《俄罗斯研究》 ; Eluosi yanjiu). Celle-ci présente, entre autres, la politique, l’économie, les affaires militaires, et la culture de la Russie d’après la Révolution d’Octobre. De plus en plus d’articles sur le marxisme sont publiés par la presse dans tout le pays. Dans leurs luttes et débats avec toutes sortes de courants idéologiques, les intellectuels progressistes chinois ont gardé une perspective fermement marxiste, devenant ainsi les premiers marxistes et communistes chinois. Ils ont utilisé la perspective et les points de vue marxistes pour répondre à des questions telles que « la Chine doit-elle prendre la voie socialiste », « faut-il faire une révolution », « doit-on établir une organisation révolutionnaire de la classe ouvrière », et ont contribué à ce que le marxisme soit mieux diffusé en Chine.

3. La combinaison entre le marxisme-léninisme et la réalité chinoise

La Révolution d’Octobre a apporté à la Chine le marxisme-léninisme, et a offert les conditions idéologiques indispensables à la fondation du Parti communiste chinois. Avec l’aide et sous la direction de l’internationale communiste (Comintern), le Parti communiste chinois a créé des organes de communication afin de publier des oeuvres marxistes, de diffuser le marxisme, et de faire en sorte d’élargir la diffusion du socialisme scientifique.

Au printemps de l’année 1920, le représentant de l’international communiste Grigori Voitinski est entré en contact avec des communistes chinois se trouvant à Shanghaï. En août 1920, des intellectuels progressistes ayant des idées marxistes ont fondé à Shanghaï la première organisation du parti communiste. Suivant la fondation de cette première organisation à Shanghaï, et au cours de la même année, des organisations communistes ont vu le jour à Pékin, Wuhan (Hebei), Jinan (Shandong), Changsha (Hunan), Guangzhou (Guandong). D’autres organisations communistes ont été établies, y compris à l’extérieur de la Chine, notamment à Paris et à Tokyo.

Ces premières organisations communistes (qui n’étaient pas encore unies) ont utilisé toutes sortes de méthodes pour traduire, présenter et diffuser le marxisme et le socialisme, et pour organiser le mouvement ouvrier. L’organisation communiste de Shanghaï transforme la revue Xin qingnian《新青年》(La Jeunesse) en l’organe officiel du Parti. Cette revue diffuse alors les fondamentaux de la théorie marxiste et des traductions des oeuvres de Lénine. Les oeuvres de Lénine sont, dès lors, de plus en plus diffusées en Chine. L’organisation communiste de Pékin organise la traduction et la publication d’une partie de « Socialisme utopique et socialisme scientifique » de Engels (1880). Cette organisation diffuse le marxisme auprès des travailleurs, tente de développer leur conscience de classe ouvrière et d’organiser un syndicat.

Le premier Congrès national du Parti communiste chinois a eu lieu le 23 juillet 1921 à Shanghai. C’est à cette date qu’à été officiellement déclaré la fondation du Parti communiste chinois. Immédiatement après la fondation du Parti communiste chinois, celui-ci a commencé à diriger et à planifier la traduction et la présentation des oeuvres classiques marxistes. La maison d’édition « Les éditions du Peuple » (人民出版社 ; Renmin chubanshe,) a été créée à Shanghai, et a publié un certain nombre de livres marxistes, contribuant fortement à la diffusion du marxisme en Chine. Grâce aux actions et à la direction du Parti communiste chinois, la conscience de la classe ouvrière a rapidement progressé, le mouvement ouvrier s’est développé de manière importante, ce qui a permis un développement plus large du marxisme en Chine.

Le deuxième Congrès national du Parti communiste chinois a eu lieu en Juillet 1922 à Shanghai. Lors de ce congrès, le Parti s’est basé sur Le Manifeste du Parti communiste chinois (écrit par l’organisation communiste de Shanghaï en 1920, avant la fondation officielle du PCC) pour proposer un programme minimum et programme maximum, pour tenter de clarifier la nature, le but, la force motrice, la stratégie, les tâches et les objectifs de la révolution chinoise à l’époque, indiquant ainsi la future voie que la Chine devrait emprunter. Depuis, le peuple chinois a donné un sens à sa lutte, ce qui lui a permis de réaliser son indépendance nationale, de s’émanciper, de réaliser la prospérité et la montée en puissance du pays et le bonheur du peuple. Le peuple est passé d’un état d’esprit passif à un état d’esprit actif.

Pour résumer et comme on a pu voir à travers cette présentation, après la Révolution d’Octobre, le marxisme est entré en Chine par petites touches, avant d’être largement accepté, puis activement diffusé par la population. La Révolution que le peuple a mené en Chine sous la direction du Parti communiste chinois fait partie de la révolution socialiste du prolétariat mondial qui a commencé avec la Révolution d’Octobre. Pour revenir à l’histoire, et pour résumer en quelques mots l’expérience et les enseignements à tirer des 100 ans de socialisme qui ont suivi la Révolution d’Octobre, l’on peut dire que cela est très important pour comprendres les défis passés, présents et à venir. La nouvelle ère appelle à de nouvelles théories. Travaillons ensemble afin d’avancer de nouvelles théories et de nouvelles pratiques !

Traduit par Peggy Cantave Fuyet, expert étranger au CCTB

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