Leur patriotisme était celui de la classe ouvrière et de l’Internationale

, par  Gilbert Remond , popularité : 3%

Le jour de sa prise de fonction,
Nicolas Sarkozy rendait hommage
à Guy Moquet en donnant à lire sa
dernière lettre écrite pour sa mère avant de
tomber sous les balles fascistes. Ainsi, il
mettait en scène son émotion au nom du
patriotisme dédié à l’unité nationale
retrouvée. Une fois cette opération
terminée, il décidait que cette lettre serait
lue à chaque anniversaire de l’exécution
de Guy Moquet, dans toutes les écoles de
France, comme au bon vieux temps des
vérités d’Etat à vénérer. S’agirait-il “ de
saigner l’Histoire comme une bête
d’abattoir afin de l’en débarrasser de sa
substance ” comme l’écrivait Pierre Louis
Basse l’auteur d’“ une enfance fusillée ” ?
Réduire à l’amour de la patrie,
l’engagement de Guy Moquet, ne dit rien
de lui et ne peut pas respecter sa mémoire,
d’autant que le patriotisme ne peut être un
cadre de référence unique. Pétain et ses
compagnons de la révolution Nationale ne
représentaient-ils pas à l’époque ce qu’il y
avait de plus établi en matière d’“ amour de
la patrie ” ? Et puis qui se rappelle de cette
sentence de François Mauriac : “ Seule la
classe ouvrière dans ses grandes lignes
est restée fidèle à la patrie ”. Il semblerait
donc que chacun à une représentation de
la patrie qui varie selon sa classe
d’appartenance. La façon dont Sarkozy se
sert de Guy Moquet a quelque chose
d’abjecte. Mais comme le disait Mao-Tsé-
Toung : “ les réactionnaires soulèvent des
pierres pour se les faire retomber sur les
pieds ”. Et Guy Moquet pourrait être une de
ces pierres.

Guy a adhéré aux jeunesses communistes
en 1938 en pleine contre-offensive
réactionnaire. Après l’euphorie du front
populaire, une véritable chape de plomb
était tombée. Pendant que le père de Guy,
député communiste, menait une bataille
d’arrache pied pour que ne s’enlisent pas
les promesses de 36, George Bonnet,
ministre des affaires étrangères déclarait
qu’en cas de conflit “les élections seraient
interdites, les réunions suspendues et les
communistes mis à la raison ”. Cela arriva
bien vite à partir du 25 août 1939 : le PCF
fut dissout, quant le “socialiste” Barthélemy
réclamait pour eux la guillotine, car il fallait
“ balayer définitivement le communisme
qui s’ingénie à pervertir les consciences ”.
Le communisme ! Tel était l’ennemi. Ainsi
lorsque débuta la “ drôle de guerre ” Guy et
ses camarades se retrouvèrent poussés
dans la clandestinité bien avant l’arrivée de
Pétain et des troupes allemandes. La
répression était menée par un
gouvernement et un patronat qui ne
supportaient pas d’avoir été acculés à une
négociation sur la réduction du travail et
sur les salaires. D’ailleurs les premières
victimes de cette répression provenaient
des listes établies à cette époque. C’est ce
qui arriva au père de Guy et qui précipita
son engagement à temps plein. “ Papa a
été arrêté. Il n’a rien fait c’est à moi de
prendre le relais, je dois prendre sa place ”.
Il avait 15ans.

Avec ses copains des quartiers populaires
de Paris, il militera pour reconstruire un
parti communiste dont il percevait combien
sa structuration était nécessaire, pour
mener le combat de classe contre la vie
chère et la misère. Son adversaire était le
Capitalisme et non pas le peuple allemand.
D’ailleurs lorsqu’il sera arrêté on retrouvera
sur lui cette lettre que Nicolas Sarkozy se
garde bien d’invoquer : “ Parmi ceux qui
sont en prison se trouvent nos trois
camarades Berselli, Planquette et Simon
qui vont passer des jours maussades.
Mais patience, prenez courage. Vous
serez bientôt libérés par vos frères
d’esclavage. Les traîtres de notre pays, les
agents du Capitalisme. Nous les
chasserons hors d’ici pour instaurer le
Socialisme. Mains dans la main la
révolution pour que vainque le
Communisme. Pour vous sortir de prison.
Pour tuer le Capitalisme. Ils se sont
sacrifiés pour nous par leur action
libératrice ! ”.

Guy Moquet est-il utile de le rappeler a été
arrêté sur dénonciation de la police
française. Il sera fusillé le 22 octobre 1941
parce que le “ patriote ” Pucheux et un
préfet consciencieux ont personnellement
veillés à ce qu’il soit porté sur la liste
“d’éléments dangereux” qui tous étaient
communistes à l’exception d’un syndicaliste
CGT. Guy est mort à cause de la
haine qu’inspirait son idéal dans les milieux
de la grande bourgeoisie française. Il est
mort pour que vive le communisme. Il est
mort parce que comme certains lycéens,
que Sarkozy fera arrêter et condamner le
soir de son élection, il distribuait des tracts
pour dénoncer les injustices dont était
victime le monde du travail, alors que
d’autres qui pourront vivre tranquillement
préparaient la déportation de milliers de
sans-papiers de l’époque. Oui Guy Moquet
a donné figure à la phrase de Gabriel Péri,
cet autre fusillé, “ le communisme est la
jeunesse du monde ”
.

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