Robert Linhart : Lénine, les paysans, Taylor

, par  Gilbert Remond , popularité : 8%

Le livre de Linhart "Lénine, les paysans, Taylor" est un livre utile aux communistes. Il évoque, entre autres, les tâches concrètes auxquelles étaient confrontées les révolutionnaires russes et leur impact dans les rapports entre classes sociales, notamment autour des rapports entre paysans pauvres et paysans propriétaires, dans leurs relations avec la classe ouvrière et les villes. Sans doute avons-nous des leçons à retenir pour sortir d’une conception idéologisée des rapports sociaux dans les luttes en France...

L’association lyonnaise "L’improbable" organise une rencontre avec l’auteur. Il nous a paru utile de le faire connaitre.

Histoire d’une trajectoire militante qui ne finira pas en reniements complaisants et
tapageurs, Lénine, les paysans, Taylor ressort trente quatre ans après sa première
publication, avec cette mention de l’auteur : « L’URSS s’est effondrée, il a coulé
beaucoup d’eau sous les ponts de la Néva, mais le Tiers monde est toujours exploité par
les pays impérialistes et, chez nous, la classe ouvrière se bat pied à pied pour défendre
ses emplois, menacés par la mondialisation capitaliste... Les analyses contenues dans ce
livre restent pertinentes à mes yeux. »

De quoi cet essai est-il le nom ? De celui d’une oeuvre inaugurée par Lénine,
« d’une première victoire, pas encore définitive » dont il ne sait pas dans quel délai les
prolétaires la feront aboutir quand importait pour lui que « la glace soit rompue », que
« la voie soit ouverte et la route tracée » car « pour la première fois après l’écrasement
de la Commune de Paris, une réponse concrète (était) apportée à la question posée
depuis Marx » sur ce que pouvait être « la forme concrète de la prise du pouvoir par le
prolétariat ». Dans des conditions exceptionnellement difficiles, une première percée
durable était réalisée, où Lénine apportait une réponse radicale : la transformation
physique du prolétariat révolutionnaire en appareil de pouvoir (armée, administration,
police, propagande, etc). Dans les suites de la Première Guerre mondiale et de la crise
profonde de l’impérialisme, une nouvelle façon de poser les questions fondamentales
de l’organisation sociale, comme celles de la simple survie, s’imposait. Ce furent trois
années d’une résistance acharnée, « contre quatorze États impérialistes alliés aux forces
réactionnaires russes pour dépecer un pays exsangue. De ce corps à corps émerge une
formation soviétique profondément marquée par les conditions mêmes de sa naissance,
par l’épreuve de la guerre et de la famine ». Ces conditions extraordinairement pénibles
constitueront, selon Robert Linhart, une limite a priori de l’histoire du socialisme
soviétique. En effet, l’économie soviétique naitra avec pour tâche le devoir de régler les
plus élémentaires questions de survie qu’un État se doit de résoudre pour son peuple :
se nourrir, se chauffer, produire les objets indispensables à l’existence humaine, dans
les conditions difficiles liées au cycle des travaux agraires, aux problèmes de transports,
aux offensives du froid, à la recherche de combustible, à la résistance aux épidémies,
etc. Toute la politique de Lénine tend à répondre à ces questions : comment se procurer
du blé, du pain, du charbon, des convois, etc. Autant de sujets qui vont fournir les mots
d’ordre de la Révolution : « Tout pour le ravitaillement ! », « Tout pour les récoltes ! »,
« Tout pour les transports ! ». Déterminé par ces exigences, le bolchévisme devient une
idéologie en contradiction avec de nombreux aspects de la réalité.

Tout au long de son ouvrage, Robert Linhart propose une tentative « d’acupuncture
théorique » (ce sont ses propres termes) où il s’agira d’exprimer les limites de la
Révolution soviétique et de la pensée de Lénine, non pour refermer la brèche ouverte,
comme se sont plu à le faire les nouveaux philosophes et les courants dominants
« du gauchisme en décomposition, dont les offensives reprenaient celle de la
bourgeoisie et des forces réactionnaires », mais pour l’élargir, s’engager plus avant
dans la voie tracée par « la première dictature prolétarienne durable » (...) au « début
d’une ère de soulèvements contre l’impérialisme et de guerres de libération nationale »
(...), un moment historique considéré « par les peuples qui cherchaient leur voie dans la
résistance à l’oppression coloniale (...) comme le premier coup décisif porté au système
mondial de domination du capital. Premières lueurs de l’aube. »

L’analyse porte sur deux aspects essentiels de ce qui a contribué à créer la structure
de l’Union soviétique : la politique agraire et la politique d’organisation du travail
industriel. D’où ce titre : « Lénine, les paysans, Taylor ». Une telle réflexion annonce
déjà les deux ouvrages qui vont suivre et grâce auxquels Robert Linhart va se faire
mieux connaître : L’établi et Le sucre et la faim. Là, il rendra compte de sa fréquentation
des univers ouvriers et paysans, dans un après-coup des grandes disputes soixantehuitardes
et post soixante-huitardes, après qu’il sera « descendu de cheval pour cueillir
les fleurs » que d’autres persistaient à vouloir voir dans les voltiges de l’abstraction et de
leurs théories, considérées comme les ouvre-boites de l’universel.

Gilbert Rémond

Rencontre avec Robert Linhart organisée par l’improbable

Lecture de textes par Laurent Vercelletto

Samedi 19 mars – 15 h

Maison des Passages

Voir en ligne : rencontre organisée par l’improbable

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