POUR UNE STRATÉGIE ANTI-IMPÉRIALISTE :

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1) Les États-Unis envisagent une intervention militaire en Iran

Vendredi 12 août, le Président des États-Unis, G.W.Bush a déclaré, lors d’un interview avec la télévision Israélienne qu’il n’écartait pas la possibilité d’utiliser la force en Iran."L’usage de la force est l’ultime option pour un quelconque président. Vous savez que nous avons usé de la force dans un passé récent pour protéger notre pays", a dit Bush, en faisant clairement référence à l’invasion de l’Irak en mars 2003. Le Président a averti que toutes les options étaient envisagées.

Ce n’est pas la première fois que le président étatsunien affirme être disposé à intervenir militairement en Iran, mais les tensions ont augmenté durant cette semaine quand Téhéran a décidé de réactiver son programme nucléaire avec les protestations des États-Unis et de l’Union européenne. L’Iran soutiend que son programme nucléaire a des fins pacifiques. Le Président Bush a assuré, depuis son ranch de Crawford, au Texas, qu’il travaillait avec ardeur pour trouver une situation diplomatique, mais qu’il se montrait sceptique quant aux possibilités de résoudre les tensions par le dialogue.

Au moment même, où les États-Unis connaissent de plus en plus de difficultés à maintenir leur occupation militaire en Irak, alors même que l’opinion publique nord-américaine conteste de plus en plus le bien fondé de cette intervention, le Président des États-Unis pratique la fuite en avant. Pourquoi continuer à porter le fer et le feu alors qu’il s’avère incapable de maîtriser la situation en Irak ?

2) L’ipérialisme est contraint à la fuite en avant...

G.W.Bush tente sur le strict plan politicien de mobiliser son opinion publique contre un danger qui menacerait les États-Unis pour rassembler une assise populaire autour d’un chef de plus en plus contesté. Le fait qu’il s’adresse à la télévision israélienne n’est pas non plus innocent : il s’agit de provoquer peut-être l’intervention israélienne, mais également de faire jouer dans son propre pays les réflexes pro-sionistes qui dépassent largement les organisations juives et impliquent les évangélistes qui ont assuré la réelection de Bush. Ces derniers étant plus sionistes que les juifs nord-américains, qui malgré la bruyante adhésion des organisations confessionnelles juives, s’avèrent continuer à voter pour les démocrates. Il s’agit donc de mobiliser la machine de propagande aux États-Unis et dans le monde, pour la faire appuyer l’intervention nord-américaine.

S’agit-il des errances buschiennes, et de la pire bande de dirigeants criminels rassemblés autour de lui ? Non le phénomène est structurel : l’empire sans rival, connaît une crise et tente de lutter contre une perte d’influence, contre la montée des résistances. Comme nous l’analysons dans notre livre De mal Empire, les États-Unis connaissent une crise économique profonde, ils tentent d’en faire payer la note à leurs "alliés", l’Europe et dans une moindre mesure le Japon. Il leur faut impérativement contrôler les ressources pétrolières, non seulement pour eux, mais pour affirmer leur rôle impérial sur le reste du monde. La résistance de l’Amérique latine, en particulier celle de leur principal fournisseur le Venezuela, et demain le Mexique, les place en situation de faiblesse. L’arrivée de la Chine, avec ses énormes besoins, de l’Inde demain,qui pour leur propre développement leur dispute les ressources énergétiques mondiales, l’imbrication de stratégies de développement sud/sud et d’endiguement de la puissance occidentale, mettent en cause leur domination économique, au moment même où le gouffre abyssal de leur politique guerrière, leur retire le soutien des marchés financiers.

Leur seule dynamique économique repose désormais sur l’entretien de leur puissance militaire qui dépasse celle de tous les autres pays réunis de la planète. Cette puissance militaire s’avère parfaitement inadaptée à maintenir une occupation militaire devant un peuple rebelle comme on le voit en Irak. Les deux piliers de l’hégémonie nord-américaine sur le monde, l’économie et le militaire sont plus que fragilisés. Les États-Unis tentent de faire partager aux autres pays occidentaux, à l’Europe en particulier leur politique de lutte contre leur perte d’influence réelle sur le monde en provoquant l’idée d’un ennemi commun qui menacerait "la démocratie".

Comme nous l’analysons dans notre livre, le capitalisme sénile qui prétend maintenir son hégémonie sur la planète, porte la guerre comme seule stratégie. Les dépenses d’armement sont à la base de son accumulation et elles impliquent une pression continuelle sur le travail, sur les salariés, comme la destruction de pays entiers. La planète a atteint un niveau d’inégalité, de paupérisation qui dans certains pays se traduit y compris sur l’espérance de vie. Dans les pays occidentaux, l’accroissement des inégalités ne touche plus seulement les ouvriers, les employés, mais une partie des couches moyennes. Là encore on mesure bien que la guerre, la désignation d’un "ennemi" invisible et omni-présent, permet de remettre en cause les libertés publiques des citoyens. Les mesures prises contre "l’ennemi" seront susceptibles d’être utilisées contre les mouvements revendicatifs aux États-Unis comme en Europe.

Si les États-Unis sont en perte de vitesse dans le domaine économique et si leur formidable puissance militaire s’avère inadaptée à la maîtrise d’un petit pays comme l’Irak, dont la résistance leur a interdit jusqu’ici une intervention directe dans une Amérique latine en mouvement, si en Asie, les peuples sud coréen et japonais s’opposent à la coalition belliciste qu’ils tentent de former contre la Corée du Nord, voir la Chine, il leur reste leur totale domination sur la communication et le système de propagande.

C’est ce système docile que le Président des États-Unis tente d’activer à partir de la situation iranienne, pour recréer les conditions d’une coalition, d’une véritable croisade des peuples occidentaux. Cette docilité du sytème de propagande opprime y compris les journalistes contraints d’exercer leur profession dans des conditions de plus en plus insupportables. L’analyse de ce qu’est ce système de propagande, que nous tentons dans notre livre, est de salubrité publique et nombreux sont les journalistes honnêtes chez qui monte la révolte devant la désinformation.

3) En Europe....Et en France...

Le chancelier allemand avertit les États-Unis de ne pas utiliser la force militaire en Iran : Schroeder, durant un meeting, qui marquait le début de sa campagne pour sa réélection, a déclaré que personne ne souhaitait que les dirigeants iraniens soient en possession de l’arme nucléaire. Mais il a indiqué que l’Europe comme les États-Unis devaient chercher une solution négociée et refuser d’envisager l’option militaire. Qu’il y ait dans cette position une volonté de la part de Shroeder de reprendre la posture adoptée contre la guerre en Irak, et qui lui a vallu sa réelection antérieure parce que le peuple allemand la soutient, ne nous empêchera pas d’affirmer que les gouvernants français doivent eux-aussi intervenir en ce sens. Le fait principal est que le peuple français comme le peuple allemand est épris de paix, ils refusent la politique guerrière dans laquelle l’Empire et le système de propagande tente de les entraîner.

Face au danger que représente aujourd’hui la politique menée par les États-Unis, et qui, même si Bush lui donne un aspect caricatural, risque d’être structurelle parce qu’elle est celle d’une classe sociale, parce que les forces économiques qui l’impulsent survivront au personnel politique, il faut que les peuples conjuguent leurs résistances. S’opposer à une nouvelle aventure tragique en Iran, ne signifie pas un appui quelconque au gouvernement iranien. Mais se contenter d’affirmer que nous ne sommes ni pour les mollahs, ni pour G.W.bush, ne suffit pas. Il y a une priorité, peser de toute nos forces sur nos propres gouvernants pour la paix dans la justice et dans le respect des souverainetés.

Face à cette situation il est plus urgent que jamais que dans nos pays occidentaux, en France en particulier que monte un grand mouvement de la paix. Celui-ci doit avoir pour but de défendre la paix dans la justice et le respect de la souveraineté des peuples. Cette ligne mérite débat, nous sommes prêts à y contribuer.

Il faut démonter le système de propagande, reconstruire une information réelle sur les peuples et ne pas céder à la gestion paranoïaque du monde qui est en train de nous être imposée, l’idée d’un choc de civilisation, de la lutte contre "la barbarie", alors même que l’impérialisme destructeur s’avère le principal danger qui pèse sur nos vies, et sur nos libertés. Comment construire aujourd’hui une véritable stratégie impérialiste ? Nous ne sommes plus dans le temps de la lutte de deux superpuissances, de deux camps dans lesquels nous devions obligatoirement nous ranger. Nous sommes dans une lutte de milliards de liliput contre Gulliver, avec des imbrications tactiques et stratégiques. C’est l’hypothèse que nous proposons en débat.

En France même, où l’on peut espérer que la rentrée verra des luttes sociales de grande ampleur contre tous les mauvais coups mis en place contre le monde du travail, il faut que la défense de la paix dans la justice et de la souveraineté des peuples, devienne une dimension essentielle de notre combat. Au delà des luttes, mais en liaison avec celles-ci, il ne peut y avoir de véritable perspective politique sans la prise en compte des conditions abominables de la mondialisation que l’on tente de nous imposer.

Les forces de gauche, PCF, LCR, mais aussi PS, sont entrées dans un grand débat sur une perspective. Mais le grand danger serait de le limiter aux alliances, aux candidats à la présidentielle. Le vote de classe du 29 mai, comme d’ailleurs la désaffection du peuple français aux élections y compris présidentielles, montre la crise du politique. Nous avons besoin d’une recomposition autour de contenus, d’objectifs clairs et mobilisateur.

D’abord ceux qui permettront au peuple français, aux salariés de se défendre, mais aussi d’un grand mouvement de la paix. Il ne s’agit pas seulement de "solidarité" avec des peuples menacés, mais bien des nos propres conditions de vie et de lutte ici.Il faut à la fois comprendre comment à la mondialisation impérialiste on peut répondre par une mondialisation des opprimés, de l’unité dans l’acceptation des diversités, et dans le même temps coller au terrain national, et local, celui où s’expriment les revendications des peuples.

4/ Notre proposition

Il faut que partout se multiplient réunions et intitiatives autour de ces questions. En ce qui nous concerne, Viktor Dedaj, Maxime Vivas et moi-même, nous sommes, avec la faiblesse de nos moyens et à partir du livre que nous avons écrit, disponible pour lutter contre la désinformation, disponibles pour tout débat, toute réflexion collective autour d’une stratégie anti-impérialiste. Il faut vaincre censure et désinformation sur ce qui se joue réellement aujourd’hui, la prise de conscience s’accélère. Un certain nombre d’ouvrages sortent. Il faut les lire. Mais il est clair que ces débats autour d’auteurs, créent un terreau, permettent de connaître les "faits", luttent contre censure et désinformation, mais ils resteront insuffisants, parce que la véritable question qui est posée à tous est la construction de forces politiques.

C’est pourquoi nous vous donnons symboliquement rendez-vous à la fête de l’huma, non comme une fin, mais comme l’ouverture vers une autre conception de la politique. Depuis de nombreuses années cette fête rassemble des centaines de milliers de personnes, mais c’est peu dire qu’elle a été sous-utilisée sur le plan politique, qu’elle n’a pas été le lieu où des militants, de simples citoyens trouvaient un aliment pour leurs interrogations, leur volonté d’action. Avec la bataille référendaire, l’évolution positive du journal l’humanité lui-même, la prise de conscience des militants communistes, des syndicalistes, des forces associatives, un espace politique s’est ouvert. Il faut l’occuper, l’élargir pour ne pas le voir se refermer. Il faut que la volonté d’union sur des bases claires et offensives, l’emporte sur les divisions stériles... Refusons les tentatives de récupération par les forces telles qu’elles sont, restons sur les contenus... Il y a urgence...

Donc rendez-vous tous à la fête de l’humanité du 10 et 11 septembre, faisons de cette fête le point de départ de rencontres, de débats indispensables pour que les luttes soient à la hauteur des coups portés et pour construire une véritable perspective, pas une simple alternance entre les mêmes qui ne servent que les ambitions personnelles de tel ou tel leader politiquement corrompu. On ne peut qu’espérer que les organisateurs de la fête, le journal l’Humanité, la direction du PCF, auront eu à ceur de donner à cette fête l’ampleur politique qu’elle mérite, son rôle de rassemblement non seulement des communistes, mais de tous ceux qui remettent en question l’ordre du monde tel qu’il est, mais chacun d’entre nous à sa manière doit penser sa participation à cette fête comme relevant de sa propre responsabilité politique. peut-être est-ce à cette conditionque nous sortirons des ornières politiciennes, pour inventer une sorte de "démocratie parcipative" ?... Utopie ? Peut-être ! Mais sans ce rêve impossible nous risquons de perdre...

Un espace politique s’est ouvert le 29 mai, ne le laissons pas se refermer...

Danielle Bleitrach

(1) Danielle Bleitrach, Viktor Dedaj, Maxime Vivas, Les États-Unis, DE MAL EMPIRE, ces leçons de résitance qui nous viennent du Sud. Aden. Septembre 2005.

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