Témoignage du PADS dans le cadre du 90°anniversaire du PCF

, par  William Sportisse , popularité : 5%

Chers camarades,

Au nom de mon Parti, je tiens en premier lieu à remercier les camarades de
Vénissieux qui nous ont invité à participer à cette rencontre qui se
déroule dans le cadre du 90°anniversaire de la naissance du Parti
communiste Français.

Communistes Algériens et communistes Français ont une histoire commune.
Ils ont ensemble été les artisans de cette naissance du PCF. En effet,
en 1920, l’Algérie était sous le joug colonial français. Les
Algériens autochtones qui subissaient les lois d’exception coloniales
n’avaient ni le droit d’adhérer à un Parti et encore bien moins de
constituer un Parti communiste Algérien. Les délégués socialistes
d’Algérie qui assistèrent au Congrès de Tours étaient tous
d’origine européenne, la minorité européenne d’Algérie jouissant de
ce droit d’adhérer à un parti. L’enjeu à ce congrès de Tours était
de rompre avec l’idéologie et la politique des partis de la sociale
démocratie qui, en Europe, avaient failli avant et au cours de la
première guerre mondiale avec leur ralliement aux intérêts capitalistes
des pays qui étaient entrés en conflit pour un nouveau partage du monde.

Au Congrès de Tours cette rupture avec l’idéologie et la politique
sociale démocrate s’est notamment opérée sur l’attitude à adopter
vis à vis des pays et des peuples asservis par l’impérialisme subissant
le joug colonial. Les socialistes Français et ceux d’origine européenne
venus d’Algérie présents au Congrès de Tours qui adhéraient aux
conditions d’adhésion à la 3ème Internationale constituée après la
révolution socialiste d’Octobre avaient pour devoir de les appliquer.
L’une des conditions d’adhésion à la 3° Internationale portait sur
le soutien au droit à la séparation des pays colonisés avec le pays
oppresseur pour se constituer en des états indépendants et souverains. La
séparation entre sociaux démocrates et ceux qui constituèrent la section
communiste Française de l’internationale communiste (qui devint plus
tard le PCF) se fit sur cette base.

Mais cette séparation qui se réalisa sur la base de cette condition ou
sur les autres conditions de l’IC, ne signifiait nullement que
l’idéologie sociale démocrate avait été pour autant totalement
défaite et qu’elle ne relèverait pas la tête. La lutte contre
l’idéologie sociale démocrate en Algérie s’est poursuivie après la
constitution de l’organisation communiste, non seulement contre le Parti
socialiste SFIO, mais également à l’intérieur des rangs communistes
où l’influence des idées sociales démocrates persistaient encore. Je
n’en veux pour preuve, en ce qui concerne les communistes Algériens,
les différentes oppositions qui ont continué à se manifester dans leurs
rangs dans les années 1930 jusqu’à 1935 quand il s’agissait
d’appliquer fidèlement cette condition ou quand il s’est agi de
procéder à une analyse la plus correcte possible sur la nature des
évènements d’août 1934 à Constantine au cours desquels la grosse
colonisation terrienne avait réussi à dresser les populations autochtones
de confession musulmane et juive l’une contre l’autre afin de briser
l’essor du mouvement de libération . Et cette idéologie
sociale-démocrate a continué à se manifester encore dans nos rangs au
moment où pesait sur le monde la menace du fascisme hitlérien et
mussolinien.

A cette époque, en Algérie, avant l’avènement du Front Populaire en
France et aussi après, les représentants de la grosse colonisation
terrienne manifestèrent des velléités de créer un état
d’apartheid qui serait séparé de la France afin d’empêcher la plus
petite réforme favorable à une minorité d’Algériens autochtones. Ils
menaçaient également en constituant cet état séparatiste de se mettre
sous l’aile protectrice des états fascistes d’Allemagne et d’Italie
de l’époque.

Les communistes Algériens et Français devaient prendre en considération
cette menace qui pouvait si elle réussissait porter un mauvais coup aux
efforts des forces de progrès en Algérie et en France dans leur combat
contre le fascisme. Mais cette prise en considération de cette menace
devait-elle pour autant édulcorer l’expression de l’attachement et
dans le combat des communistes Algériens et Français à la 21è
condition de leur adhésion à l’Internationale communiste à savoir le
droit du peuple Algérien à l’indépendance ?

Si dans les documents publiés par le PCA à sa naissance en 1936 et plus
tard jusqu’en 1940 ce droit apparaît en filigrane lorsque est évoquée
l’aspiration à une Algérie libre, ou encore avec la poursuite de la
condamnation du système colonial et de ses méfaits et l’exigence de sa
disparition, il ne demeure pas moins que le mot d’ordre de
l’indépendance n’est plus proclamé. Ce même phénomène s’est
également manifesté pour le PCF.

Oui la lutte contre le fascisme hitlérien et mussolinien était sans
aucun doute le souci primordial pour tous les communistes du monde entier.
Mais cela ne signifiait nullement que les communistes devaient édulcorer
leurs mots d’ordre sur l’indépendance des peuples colonisés par
crainte du séparatisme de la grosse colonisation qui pouvait abuser la
minorité de la population européenne d’Algérie et la jeter dans les
bras du fascisme ou encore par crainte de briser les alliances conclues
avec la social démocratie dans le combat antifasciste. En édulcorant la
mise en application de cette condition à notre adhésion à la 3°
internationale, on se coupait de la grande masse des Algériens autochtones
alors que notre devoir était défendre leurs aspirations nationales
précisément pour leur montrer le lien qu’il y avait entre celles-ci et
le combat contre le fascisme. Et ainsi l’influence de l’idéologie
nationaliste qui ne prenait pas en compte la lutte contre le fascisme prit
de l’ampleur au détriment de celle des communistes qui ne conservèrent
leurs liens avec les masses opprimés du peuple Algérien par leur lutte
opiniâtre en faveur de leurs revendications immédiates.

Certes, plus tard, les communistes Algériens ont procédé à une analyse
autocritique de leurs erreurs, dont l’origine était la persistance dans
nos rangs de l’idéologie sociale démocrate.

J’ai cité ce fait de l’histoire de nos deux partis, pour rappeler
combien nous devons demeurer vigilants dans la mise en application de nos
principes idéologiques.

Certains, malheureusement qui ont été des nôtres et qui le sont peut
être encore, après la disparition de l’Union soviétique et des autres
pays socialistes d’Europe, ne regardant que ce qui pouvait ne pas être
parfait ou qui était erroné dans la réalisation de cette expérience et
oubliant que la contre révolution n’avait jamais abandonné son objectif
de l’abattre, ont aussitôt exprimé en France et aussi en Algérie
leurs prétentions de réaliser un congrès de Tours à l’envers, ce qui
signifie la disparition de votre parti et du nôtre.

En Algérie, la majorité des dirigeants du PAGS, tournant le dos au
marxisme-léninisme refusant de distinguer les enjeux des oppositions qui
se manifestaient au sein des fractions de la bourgeoisie algérienne
(fraction compradore hors du pouvoir qui se dressait contre le monopole du
commerce extérieur de l’état et fraction compradore bureaucratique au
pouvoir se servant de ce monopole) ont décidé de dissoudre le Parti afin
de créer un large mouvement soit disant pour mieux combattre l’islamisme
et son bras armé . Plus dix ans après cette expérience désastreuse où
en sont ces ex communistes ? Non seulement ils n’ont pas ce mouvement
large mais encore l’organisation qu’ils se sont donnés est
aujourd’hui divisée et inefficace. Du fait de cette trahison de ces ex
communistes, les travailleurs se sont trouvés désarmés. Ce qui explique
en partie les difficultés rencontrées par les militants communistes qui
se sont rassemblés dans le PADS dés la trahison de ces dirigeants du
PAGS dans la reconstruction du Parti communiste. Cette reconstruction
s’opère en gagnant dans les luttes quotidiennes les éléments les
plus conscients de la classe ouvrière afin d’entrainer l’ensemble des
travailleurs et des couches laborieuses dans la défense de leurs
revendications immédiates, dans la résistance à toutes les mesures
réactionnaires prises pour effacer les acquis progressistes de
l’indépendance ou restreindre les libertés démocratiques. C’est dans
les luttes auxquelles les communistes algériens apporteront leur
contribution éclairée que se forgera le Front populaire anti
impérialiste qui ouvrira la voie à la rupture chassant du pouvoir les
fractions compradores et la remise en marche du processus d’un état
démocratique souverain rejetant toute soumission à l’impérialisme qui
sera au service des intérêts des couches laborieuses du pays.

En vous remerciant, nous transmettons aux communistes Français nos
souhaits de succès et notre solidarité dans leurs luttes à
l’occasion du 90° anniversaire de la naissance du PCF .

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