SURTOUT NE FERMONS PAS LE BAN ! GILLES POUX

, par  communistes , popularité : 3%

CONTRIBUTION DE GILLES POUX

MAIRE DE LA COURNEUVE, Seine Saint-Denis

Les violences inexcusables que nous venons de vivre nous ont toutes et tous secoué. Il y avait un besoin urgent de retour au calme. Les communistes, leurs élus ont fait preuve dans cette situation d’un comportement exemplaire, présents sur le terrain, nouant le dialogue, mobilisant toutes les énergies en lien avec les acteurs des services publics, le mouvement associatif pour éviter l’engrenage.

Mais une question se pose. Comment et pourquoi une telle « solidarité » dans la dégradation des biens publics ou privés - dont les acteurs mêmes, et les familles de ces quartiers sont les premières victimes - a t’elle pu naître et se propager à tout le pays ?

Je crois que c’est révélateur, de l’ampleur du fossé qui se creuse dans notre société. Certes tout le monde connaît les chiffres du chômage, des pertes du pouvoir d’achat, mais mesurons les dégâts humains que cela provoque quand on a le sentiment de ne pas faire partie de la société dans laquelle on vit, où on grandit.

Comment une jeune femme de souche africaine née à La Courneuve, salariée, recherchant désespérément un toit pour l’accueillir, elle et son enfant à naître, peut-elle me dire début juillet suite aux incendies parisiens : « de toutes façons nous ne sommes bons qu’à être brûlé comme des petits pains » ?

Sans nul doute les mots de Sarkozy, le « karcher », les « racailles » quand ils parlent de ces quartiers sont autant de bouteilles incendiaires qui allongent la liste des frustrations.
Pour autant nous aurions tort de penser que nous vivons une exacerbation passagère. Depuis la fin des années 70 les signaux n’ont pas manqué.

La liste des incidents, des explosions au cœur des cités, des morts de ces jeunes issus de l’immigration, comme l’ont dit, est longue.

Qu’ont fait les gouvernements successifs, droite et gauche confondues, si ce n’est de poser des « emplâtres sur des jambes de bois ». Si 10 000 euros de plus ou de moins à une association cela compte, et il faut y être attentif, personne ne peut raisonnablement penser, même pas les militants associatifs pourtant si dévoués, que c’est ainsi que l’on résoudra la fracture.

Mais nous communistes qu’avons nous fait quand la colère de cette jeunesse s’exprimait en 1983, pacifiquement, dans les luttes originales comme la « marche des beurs » ? N’a t’on pas regarder ces exigences, cette demande de « respect » avec un peu de condescendance.

Nous voulions le « bonheur humain » et au nom de cela, de « nos certitudes légitimes », n’avons nous pas contribué à renvoyer, à notre corps défendant, l’image d’un bloc un peu trop imperméable. Soit on était dedans, soit on était dehors ne permettant pas de créer les nécessaires passerelles entre ces exigences citoyennes des classes les plus populaires, afin qu’elles prennent leur place dans la construction d’une alternative à un moment où les mouvements associatif, syndical, politique étaient - bien plus forts et structurés qu’aujourd’hui.

Alors maintenant ne reproduisons pas les mêmes erreurs !

Je crois que rien ne pourra véritablement bouger en profondeur sans un processus permanent d’intervention populaire capable de maîtriser le contenu et les conditions de l’alternative politique.

Nous avons donc la responsabilité de permettre aux aspirations qui s’expriment de faire irruption en politique.

Ayons l’ambition d’ouvrir et de nourrir une dynamique qui permette à chacune et à chacun de dire « son mot » de cheminer pour la traduire en propositions, et d’élaborer les conditions politiques de leur mise en œuvre

Mettons cette stratégie en mouvement partout, allons au contact, ouvrons nos capacités militantes avec humilité. C’est pour moi une question majeure de notre prochain congrès.

Cela ne sera pas un long fleuve tranquille. La crise a fait des ravages terribles, le mirage de la réussite individuelle, le « chacun pour soi » taraudant les esprits, et l’abstention en disent long sur la perte de crédibilité des politiques.

Mais l’avenir se joue en partie là, dans cette jeunesse et ces familles qui vivent et subissent massivement l’exclusion et les méfaits les plus durs de cette société ultra-libérale.

Le chemin est possible, car nos valeurs ne sont pas aussi ignorés que l’on peut croire même si elles sont perçues complètement utopistes ou irréalistes. A nous de les porter, de leur donner réalité, de les faire rencontrer ces exigences de « respect » et « d’espoir » qui hantent leurs esprits.

N’oublions pas que ce sont eux qui, en 1998 en Seine Saint-Denis, dans la lutte pour l’école ont inventé ce mot d’ordre qui a fédéré tout le mouvement enseignants, parents, jeunes, associations, élus « nous ne sommes pas des moins que rien »

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