Au Liban, la résistance est le chemin de la bataille pour la paix Intervention de Walid Okais (Parti Communiste du Liban)

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Nous arrivons à la dernière partie de notre journée, de nos rencontres. Donc, je vais appeler Salah Amouri et Walid Okaïs à nous rejoindre. Je ne sais pas si vous avez discuté entre vous sur l’ordre. Il commence ? Il commence, d’accord.
Je vais remercier nos camarades chinois d’abord. Et je les invite à reprendre leurs places.

Donc, notre souhait, en invitant Walid Okaïs et Salah Amouri, c’était de marquer cette fin de journée en pensant ensemble, en ayant un message fort pour le droit des peuples, à commencer par le peuple palestinien et pour le droit des peuples à vivre en paix, ce qui est le 1er des droits. Donc, évidemment, à ne pas être occupés mais aussi à ne pas être soumis à la guerre. Ce qui est la situation que vivent, malheureusement, beaucoup de pays du Moyen-Orient. Et pour ceux qui ne l’ont pas lu, je vous invite à la lire, la déclaration du PC libanais, début septembre, qui a beaucoup travaillé pour avoir des déclarations, avec tous les PC de la région, PC Syrien, turc, israélien, palestinien, libanais bien sûr. (voix hors micro) Non, mais je dis que ça existe. Il est sur le site, je le dis pour les gens qui sont là. C’est pour ça qu’on a voulu leur donner la parole. Ce n’est pas suivi d’une discussion. Je pense qu’on peut écouter ce qu’ils ont à nous dire parce que c’est un message fort sur une région du monde qui compte sur la planète et donc forcément pour nous. Voilà. Donc, je donne le micro d’abord à Walid.

Walid Okais

Bonsoir. Je sais pas, on dit en arabe, je trouve pas les mots pour vous saluer.

Bien. Je vais exprimer un peu mes sentiments sur cette journée. La question de la solidarité a été plusieurs fois mentionnée et comme dit le Che, c’est la tendresse des peuples et c’est vraiment la tendresse des peuples. Je vous dis ça parce que j’ai envie de parler de cette solidarité. Parce que, ce qui se passe, vous le savez très bien, en Syrie, au Liban, c’est un endroit vases communicants, ça ne peut pas être dissocié, c’est historique, c’est comme ça.

Moi je suis, en tant que citoyen, je suis citoyen avant d’être communiste, je suis vraiment touché par cette solidarité des peuples. Déjà, les sondages ont donné que le peuple américain à 90% est contre les guerres. Le parlement britannique, le camarade Galloway, n’a pas réussi en Irak, là ça a marché, il a pu avoir une majorité dans le parlement et le gouvernement a dit non on arrête. Il s’est désolidarisé des champions de l’intervention, M. Obama, qui n’aime pas les guerres stupides, et M. Hollande qui est anti-impérialiste d’hier.

C’est pas seulement la Syrie qui a gagné. C’est pas seulement le Liban qui a gagné. C’est pas seulement la Turquie qui a gagné parce la Turquie aussi a eu le soulèvement. C’est le peuple israélien qui a gagné et bien sûr, les Palestiniens et toute la région.

Parce qu’au Sud Liban, il n’y avait plus de civils. De l’autre côté, côté israélien, il n’y avait plus personne, parce qu’il y avait des fusées qui étaient là. Et ce veto chinois et russe, et ce veto, on nous a fait combien de veto ? Beaucoup de veto qui sont contre le droit international, contre la charte des Nations unies, contre l’article de 2004. Je ne peux pas vous réciter tout l’article mais c’est la souveraineté nationale ou populaire comme on aime dire, nous les communistes.

La souveraineté nationale, en Libye, ça vient d’être dit, ils étaient patients les Russes, les Chinois, ils étaient patients. Ils n’ont pas dit oui, ils se sont abstenus. Mais là c’était un veto clair. Et c’est un veto qui a arrêté une guerre.

C’est comme la menace du veto de Chirac, bien qu’il ne soit pas communiste, moi, j’apprécie toujours le nom de Chirac et le discours de Villepin. Et ce sont des gens de droite, tous les communistes étaient d’accord que c’était bien. Alors, tous les vetos ne sont pas mauvais. Il y a des vetos conformes à la charte. Ce sont les Etats-Unis, ça n’existe pas dans la charte, qui l’ont inventé. Mais là, les peuples l’ont utilisé, le peuple russe et le peuple chinois.

Maintenant ils veulent changer les règles des Nations Unies pour avoir la majorité. On veut pas toucher. On veut pas n’importe quelle modification de la charte qui permette l’ingérence humanitaire qui n’a aucun sens du point de vue juridique. Ni la responsabilité de protéger qui ne figure nulle part dans les textes juridiques. Et si elle figure, elle ne veut pas dire qu’on intervient pour la responsabilité de protéger des civils en les bombardant. C’est pas possible. C’est contre.

Et puis, je ne peux pas ne pas me rappeler de la solidarité de Chavez. Chavez, au Liban aujourd’hui, c’est pas les communistes seulement, vous pouvez écouter Al Mayadeen, c’est une télévision libanaise. Chavez, peut-être au Venezuela, on parle pas tous les jours de lui, mais cette télévision libanaise passe « Chavez al nasser ». Ca veut dire, pour les communistes, Chavez le partisan. Et dans la tradition arabe, al nasser, c’est quelqu’un qui se sacrifie pour une juste cause. Chavez était là quand en 2006, le Liban a été bombardé. Chavez, il a coupé les ponts avec l’ambassadeur israélien : « Allez-vous-en. Comment vous faites ça au Liban ?

Quant aux Cubains, ce miracle de Cuba, quand ils marchaient pour se défendre, ce qu’on connait tous. Ils luttaient pour Cuba et en même temps contre l’intervention au Liban. Et ça, les Libanais, les communistes surtout, ne peuvent jamais l’oublier.

Quant à Morales, la solidarité de Morales, il suffit de voir. On n’a rien inventé en droit international. Le drapeau qui dit : égaux, égalité, universalité, grandes ou petits nations, ce que tu viens de dire il y a pas longtemps. Il y a pas une heure, tu as dit : que vous soyez petits ou grands, c’est la même dignité. Je l’ai vu à Paris. Et je l’ai vu après avoir entendu dire « Je suis marxiste-léniniste, et celui qui n’aime pas, qu’il vienne me le dire. »

Dans les réunions, un camarade m’a dit : à 2 reprises, il a dit ça. Alors, camarades, on peut dire marxiste, léniniste, ça fait rien, c’est pas grave. Après, il a dit, il nous a assurés qu’il n’y aura pas de putsch aux Etats-Unis. Toute la salle s’est demandée pourquoi il n’y aura pas de putsch. Il a dit, parce qu’il n’y a pas un ambassadeur américain aux Etats-Unis.

Et puis, on vient, ce qui est arrivé avec Morales, c’est pas seulement qu’on a violé la souveraineté d’un pays, en empêchant l’avion du président, et c’est aussi Snowden, la liberté individuelle, il y a bien la question de liberté. Ce qu’il a fait ce bonhomme, il a demandé qu’on fouille pas dans la correspondance des gens. C’est tout. En France, où sont les démocrates ? Imaginez qu’on fouille dans la boîte aux lettres, qu’est-ce qu’on fait en France ? Aux Etats-Unis, la même chose, au pays de la liberté, comment ça se fait qu’on peut regarder la correspondance des gens et que personne ne bouge. On nous dit que c’est comme ça l’espionnage. Tout le monde espionne tout le monde. Là, c’est un président.

C’est-à-dire, la règle, comment elle marche ? C’est-à-dire, on n’est plus maintenant, en train de défendre le droit des peuples, les droits socio-économiques. Nous avons toujours le droit au travail, le droit à la Sécurité sociale. On est arrivé à un point où le système ne peut pas accepter la liberté de correspondance. On en est là.

Et puis, je crois que le système, ça se confirme, ça a été dit dans la rencontre, je vous prie de revoir la rencontre des PC qui s’est tenue à Beyrouth dont je suis très fier. Il y avait 60 PC. Les Soviétiques et les Chinois, les Syriens de toutes tendances, les Vietnamiens, le parti français. Il n’y avait aucune réserve. Il y avait une analyse de la situation. C’est qu’il y a une accélération, une montée de l’agressivité impérialiste et que les droits économiques et sociaux des peuples sont bafoués. On a parlé de cette crise qui est très grave.

Et puis il y a l’indépendance économique des peuples, l’indépendance politique. C’est quelque chose dans ce sens. Je sais pas, peut-être que vous l’avez déjà vu. Mais on a noté aussi la faiblesse, l’affaiblissement des Etats-Unis, l’affaiblissement économique. Mon fils m’a montré un site qui donne la dette publique mondiale et comment elle évolue. Par exemple, il y a 16 trillions pour les Etats-Unis. On fait le calcul de toutes les dettes du monde. A chaque instant, on peut voir comment ça monte.

Aujourd’hui, la question de l’ordre économique international, parce que il faut se rappeler Jaurès. C’est l’année de la commémoration et Jaurès a dit « Le capitalisme porte en lui les guerres comme la nuée l’orage. » Ca n’a pas été cité l’autre jour, le capitalisme, c’est ça, Jaurès a tout dit. Et il faut regarder quel est le nouvel ordre qu’on va avoir. Il est temps, c’est une idée ancienne, mais il est temps, si on veut vraiment éviter les guerres, il faut parler de ça. Et là, je ne suis pas tout à fait d’accord avec le camarade qui a dit qu’il suffit d’avoir le socialisme pour qu’il n’y ait plus de guerres. C’est pas certain. Il faut aussi qu’il y ait une abondance de telle façon que tous les besoins soient satisfaits. Et là on en est loin.

Il faut encore respecter les règles de droit. Et puis, qu’est-ce que je peux vous dire aussi, que oui, que là, c’est ce qui est le plus important. J’ai lu dans la correspondance de notre secrétaire général deux idées : déjà, on est dans une situation très grave, il y a un risque d’utilisation d’armes de destruction massive. Il était question en Syrie, d’arme chimique et ça y est, maintenant, la Russie a pu obtenir que ça soit dilué. Et puis, qu’est-ce qu’on fait avec les armes nucléaires dans la région ? Et pas seulement sur l’Iran. Alors, c’est une question qui doit être posée à l’échelle mondiale. Et il y a un appel dans un article d’Alep qui dit, prenons la lutte, manifestons, faisons quelque chose. On est dans un endroit qui me rappelle l’appel de Stockholm où les acteurs sont à l’entrée. Joliot-Curie, en disant, nous les communistes, je sais pas, les communistes au Liban et en France, en France il y a Joliot, il y avait les antifascistes, 39 partisans de la paix après.

Et cet appel de Stockholm, Joliot a perdu son travail parce qu’il ne voulait pas que les armes soient dressées contre l’Union soviétique, contre un pays socialiste. Et il n’était pas le seul, il y a eu aussi l’appel de Russel et de Einstein qui disaient : arrêtez les choses. Vous connaissez peut-être mieux que moi l’appel de Russel/Einstein. Et tous ces sympathiques scientifiques qui se sont réunis dans un endroit dont j’ai oublié le nom, au Canada, discutaient pour trouver comment on fait pour désarmer.

Je crois que c’est une question qu’il faut remettre sur la table. D’une manière démocratique. On a peur de tout et de rien. Sauf de la bombe nucléaire. Et la bombe nucléaire, c’est une arme illégale. On peut pas demander à l’Iran de l’enlever. D’ailleurs, il n’y a pas, il n’y a pas. Parce qu’ils n’ont pas, le camarade Primakov l’a certifié, ça veut dire que c’est sérieux, c’est un ancien du KGB, il est ministre des affaires étrangères. Il a dit, ils n’ont pas la volonté, la décision politique pour produire l’arme nucléaire, il y a un interdit religieux. Les Coréens du Nord, disent oui, on a. Venez si vous voulez tomber. Les Iraniens, non. Alors, c’est une question très grave. Et j’espère dans tout ce qu’on fait en tant que communistes, que ce soit ici ou ailleurs.

Le PC israélien, le 4 décembre, soulève la question. La région exempte d’armes nucléaires, sous le nez du gouvernement israélien qui n’a pas voulu aller discuter la question à Helsinki. Alors les communistes israéliens disent on va amener à Helsinki ? Ce qui est bien. Et puis, n’oubliez pas que s’ils veulent choisir la guerre, écoutez-nous, le peuple Vietnamien c’est 120 ans, la guerre de l’opium, je ne sais pas combien d’années, l’Algérie 120 ans, au Vietnam, tout ça. Au Liban, ils n’ont pas pu entrer en 2006, l’armée israélienne, l’armée la plus forte du monde. Et le gouvernement israélien voulait se retirer et les Américains, non continuez. Il y a des écrits. Ils ne peuvent pas. La résistance est là. Il y a la résistance libanaise de ceux qui croient au ciel et de ceux qui croient pas. Et tous aiment la paix et les pays et les peuples. Et no passaran, Ils peuvent pas gagner militairement au Liban ni en Syrie. C’est comme une loi naturelle.

En France, il n’y avait plus personne, ils étaient une poignée.Il y avait qui, Frachon ? Ils étaient combien ? Ces terroristes, ils étaient combien ? Et puis, ils sont restés terroristes jusqu’à la libération. Et on les a, après la libération, poursuivis pour telle ou telle chose. Je veux dire, la résistance, c’est quelque chose qui est là. Je ne parle pas de la résistance ici. Je ne peux pas me projeter. Au Liban, qu’est-ce qu’ils n’ont pas fait les communistes libanais, le Hesbola pour la cause palestinienne. Je ne peux pas trop m’exprimer.

Il reste à parler des souffrances de ce peuple palestinien. Et moi je dis aux Palestiniens, je suis Palestinien jusqu’au jour où vous aurez vos droits.

Le miracle est arrivé encore une année au Liban, le parti a célébré son 99ème anniversaire. Et puis, on a perdu l’auteur d’un livre qui s’appelle « La racine du chêne rouge ». Il a choisit ça et tout le monde l’a adopté. Ca parle de l’histoire du début du PC au Liban. Et là, la solidarité toujours. J’ai lu des papiers d’écrivains libanais, qui parlent du parti français. Parce qu’il faut dire que le parti libanais quand il a commencé, c’était la révolution d’octobre, bien sûr, et les Libanais, ça y est, les idées socialistes ont commencé à mûrir. Alors, il y avait un besoin d’un PC. Et devinez qui a donné le lien du parti libanais avec l’international, et le parti palestinien en 1919 C’est le parti français. Et les écrivains libanais disent : « Le 1er parti qui nous a soutenu, nous étions seuls, c’est le parti français. » C’était le 1er.

Et il a soutenu comment ? Il a soutenu, c’est pas seulement le parti libanais. Là, j’évoque ça, pour dire à ceux qui veulent faire la guerre, qu’ils lisent l’histoire. 1925, quelques mois après le commencement, il y a un monsieur qui dit « la montagne des Druzes ». Il lance la révolution. Pas seulement pour les Druzes mais pour toute la Syrie. Libération de la Syrie. Et puis, il fait référence aux principes de la révolution française. Il dit « Je veux libérer mon pays du mandat », c’était le colonialisme, en faisant référence à la devise française de la révolution : liberté, égalité, fraternité. Et là, le parti libanais a soutenu et le parti français aussi. Vous pouvez voir ça dans l’Humanité.

C’est-à-dire, on veut tous cela. On ne pourra pas avancer si les communistes ne sont pas solidaires et que les peuples soient solidaires. Vive la solidarité et vive le communisme.

Il y a une chose sur l’internationale libanaise, quand je chante avec vous, il y a une strophe, ça ne veut pas dire la même chose. Parce qu’ils étaient très préoccupés par la division confessionnelle, les communistes. Ils ont mis au début, c’est une traduction approximative : « Vive le parti du peuple dans nos cœurs. Ainsi il sera irrigué par le sang des travailleurs. N’en déplaise à l’oppresseur. Nous n’aimons pas le confessionnalisme. » Et ils ont mis : « Nous ne voulons pas de division entre chrétiens, musulmans, druzes ou juifs. On veut des pactes de fraternité. » Ca, c’est dans l’hymne du parti libanais.

Aujourd’hui, cette question, c’est pas seulement une question pour le Liban, on utilise les religions à des fins politiques. Au Liban, bien sûr, on réclame l’Etat mais c’est une question de la jeunesse, c’est bien que les jeunes et les moins jeunes, parce que toutes ces religions sont nées là-bas. Ca fait partie de notre patrimoine. Nous ne sommes pas pratiquants les communistes mais ça fait partie de notre histoire. Et quand ces choses arrivent à un garçon ou une fille au Liban, elle doit savoir si la religion accepte ou autorise ces choses là.

Alors, on lit que Moïse a libéré les esclaves mais ça n’a rien à voir avec le gouvernement israélien. C’est David et Goliath et aujourd’hui Goliath c’est l’armée israélienne et David, c’est ce qui a été dit par Saramago un peu. Le Nazaréen, il était anti-impérialiste, il a tenu tête à Rome. Dans cette religion il y a toujours des aspects sociaux et culturels dans l’ordre de l’avènement. Quant à l’Islam, elle a reconnu les 3 mais à aucun moment l’Islam n’a demandé de tuer un homme sans défense, à lui manger le cœur. Impossible. Alors, il est temps qu’on regarde comment on aborde cette question : le fait religieux. Et puis, il y a eu les croisades. Il y a un renouveau du même esprit des croisades. Et ça c’est très dangereux parce que ça cache les vrais problèmes qui sont l’opposition entre le capital et le travail.

C’est ça, la lutte de classe qu’on veut nous cacher à travers cette question. Je ne vous apprends rien. Mais c’est bien de se préoccuper de cette question, d’aider à ce que ça ne soit pas facile d’utiliser ces arguments là. J’étais très long comme d’habitude, excusez-moi. Je vous remercie pour votre patience. J’étais très heureux de cette rencontre et merci à Vénissieux, la belle et la rebelle.

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