Des babouchkas combattantes ont des choses à dire !

, par  Carole , popularité : 11%

De ce voyage à Moscou pour fêter le centième anniversaire de la Révolution d’Octobre 1917, nous retiendrons les échanges avec des militants venus du monde entier. Dans les cortèges ces militants, ces « interbrigades communistes » étaient non seulement issues de 120 à 150 pays différents mais aussi de tous les âges dont beaucoup de jeunes. Tous défilaient sous les portraits de Lénine, Staline bien-sûr à l’honneur en ce 7/11/2017 jour de la Révolution Russe mais aussi de Marx, Engels, Mao, Che Guevara entre autres.

Cependant, nous retiendrons tout particulièrement les rencontres avec quelques vieilles dames russophones lors des commémorations ou par exemple sur le marché. Surtout pour nous, jeunes générations qui n’avons pas connu l’Union Soviétique, pouvoir rencontrer ici à Moscou durant cet événement extraordinaire des personnes ayant vécu cette époque était précieux. Toutes ces petites mamies, ces « babouchkas », partageaient le même point commun : le regret de l’époque soviétique et l’urgence de le faire savoir.

Mémoire sous influence ?

Alors évidemment afin de relativiser cette inclination et hurler avec les loups nous pourrions invoquer la constante nostalgie des anciens vis-à-vis d’un âge d’or mythique révolu, celui de leur jeunesse. Ainsi l’éternel « c’était mieux avant ! » traduirait un archaïsme empêchant de s’adapter aux changements, au « progrès », à la « modernité ». Nous pourrions aussi considérer cette nostalgie comme une défense de la mémoire qui consisterait à retourner en son contraire des souvenirs traumatiques afin de les enjoliver pour mieux les assimiler et tenter d’être en paix Nous pourrions aller jusqu’à suspecter l’effet d’un mécanisme psychique puissant comme celui de l’ « identification à l’agresseur » (voir le psychanalyste hongrois Sandor Ferenczi 1933, « Confusion de langue entre les adultes et l’enfant ») et envisager le « syndrome de Stockholm » (empathie de la victime envers son agresseur) pour expliquer cet inébranlable fidélité à un régime qui nous a été dépeint comme totalitaire, sanguinaire et dont il est impensable de pouvoir y trouver quelque aspect positif. Cela expliquerait-il le fait que le Mausolée où le corps embaumé de Lénine repose soit l’un des monuments les plus visités de Moscou ? Cela expliquerait-il le fait que sur la Place Rouge la tombe des dignitaires de l’ex-URSS la plus fleurie soit celle de … Staline ?

N’étant point des loups mais des marxistes nous préférons l’analyse concrète de situations concrètes à l’enflure hystérisée de la propagande anticommuniste.

Elles ont des choses à dire !

Le 5/11/2017, était le jour de la cérémonie du dépôt d’une gerbe de fleur sur la tombe du soldat inconnu et au Mausolée de Lénine sur la Place rouge. Le lieu de rendez-vous était devant la statue du maréchal Joukov, victorieux de la Wehrmacht pendant la 2ème Guerre mondiale, nommée Grande Guerre Patriotique en URSS. C’est là que nous avons rencontré une tout petite dame russe portant fièrement un petit drapeau du KPRF le Parti communiste russe. Souriante et timide elle est venue vers notre groupe échanger quelques mots en français en voyant notre drapeau bleu-blanc-rouge associé à celui du marteau et de la faucille. Juste quelques sourires, juste quelques mots prononcés avec une émotion palpable en souvenirs d’une époque, « son » époque, où le français était largement enseigné à l’université en URSS. J’aime à penser qu’il s’agissait « à l’époque » de célébrer une histoire et une filiation commune qui relie les peuples celles de la Grande Révolution de 1789 et celles de 1917, la première Révolution prolétarienne !

Lors de la grande manifestation du 7/11/2017 jusqu’à la place Karl Marx, nous avons pu croiser des babouchkas de son âge portant fièrement des drapeaux en l’honneur de l’héritage soviétique. A la fin de la célébration alors que nous venions de faire des photos de notre groupe devant la statue de Karl Marx, une dame souriante témoin de la scène et visiblement très émue est venue tout simplement témoigner de son enthousiasme et nous remercier de notre présence. C’est sans doute parce que j’ai deviné la sincérité de ses larmes aux bord des yeux que je me suis permise de lui caresser l’avant bras dans un geste de réconfort et de solidarité. Il y a des moments où quelque chose de fort réuni, relie les gens au delà des mots et des langues et les célébrations du centenaire de la grande Révolution d’Octobre ont fait partie de ces moments forts !

La rencontre la plus inattendue et authentique a eu lieu au marché aux puces d’Izmaïlovo au nord est de Moscou. Anne-Marie, Marianne et moi sommes allées sur ce typique marché en plein air afin d’acheter des matriochkas et autres souvenirs. Lieu coloré et charmant comme un mini-souk où d’innombrables marchands vendent des objets en tout genre (artisanat, vêtements...). La chose faite et alors que nous étions en train de nous réchauffer en buvant le thé qui accompagnait nos sandwichs locaux une dame d’un certain âge nous a abordé. Quelque chose avait attiré son attention sur nous et l’avait conduite à s’éloigner de l’étal où elle vendait des paniers en osier pour nous rejoindre un peu plus loin. Ce quelque chose qui l’avait interpellé était l’image du marteau et de la faucille symbole de la Révolution d’Octobre que nous portions chacune à notre façon durant cette période de commémoration du Centenaire : autocollants sur les vêtements, chapka de l’Armée rouge que Marianne venait de dénicher et autres tee-shirt à l’effigie de Lénine. Non, elle n’était pas venue vers nous, touristes, pour essayer de nous vendre ses paniers mais pour essayer de savoir pourquoi nos portions ces symboles ! Grâce à Marianne et sa maîtrise du Russe nous avons pu échanger quelques mots avec cette dame. Nous lui avons expliqué le but commémoratif de notre venue à Moscou, ce qui l’a réjoui. Puis, elle nous a parlé un peu d’elle. Cette dame était originaire d’Oujdorod la capitale provinciale de la Transcarpatie en Ukraine occidentale. Ancienne ouvrière à la retraite elle était aujourd’hui obligée de vendre ses produits sur le marché pour survivre car la misère sévit durement en Ukraine à présent. Nous n’avons malheureusement pas abordé la situation sociale et politique en Ukraine mais nous savons les ravages causés par un coup d’Etat soutenu par l’Union Européenne et les Etats-Unis en 2014... Bien-sûr cette dame a pu dire que la vie était aussi très dure pour les jeunes qui ne trouvent pas de travail. Nous sentions une nostalgie de l’époque soviétique dans ses propos et de la colère aussi contre la dégradation actuelle des conditions de vie. Elle a pu évoqué son travail à l’usine où elle travaillait avec son mari, leurs congés payés avec possibilité d’aller dans diverses stations balnéaires de leur choix grâce à des bons, le fait que le logement était gratuit, l’école où les enfants avaient des repas gratuits, les études alors si abordables et bien-sûr l’accès gratuit à un service de santé de qualité, question réellement cruciale lorsque le poids des années se fait sentir. En nous détaillant toutes ces conquêtes sociales sa voix était ferme et enjouée. Me faisant un moment l’avocat du diable en reprenant à mon compte la rhétorique antisoviétique, je l’ai interrogé (grâce à Marianne) sur la question du soi-disant manque de liberté de penser, de se déplacer, sur le fait de vivre dans un régime qui contrôlerait tout, sur des caricatures du même style qui nous ont été répétés à l’envi afin de nous faire rejeter le communisme. A ce moment son visage s’est durci et fronçant les sourcils d’un air courroucé elle a rétorqué en russe « mais ce n’est pas vrai, c’est un mensonge ! ». Elle a pu dire qu’à cette époque elle était heureuse et qu’elle se sentait libre. Lorsque nous lui avons fait remarquer que depuis la fin de l’URSS la situation des classes populaires de nos pays s’était progressivement détériorée elle n’était pas étonnée et a même eu une analyse d’une lucidité que beaucoup de nos camarades n’arrivent pas à atteindre : elle a conclu en disant « c’est pour cela qu’ils ont détruit l’union soviétique en premier ! ».

La première des libertés celle de refuser d’être une marchandise !

Ainsi, nous avons pu grâce à ces rencontres prendre la mesure non seulement du regret d’une période où vivre était tout simplement plus facile pour l’immense majorité de la population c’est-à-dire pour la classe des travailleurs mais aussi nous avons pu nous apercevoir d’un besoin de témoigner pour dénoncer les mensonges propagés à l’encontre du régime soviétique. Nos gouvernements au lieu de diaboliser avec arrogance l’héritage de l’Union soviétique seraient bien inspirés de montrer un peu d’humilité face à ce qu’a pu accomplir la Révolution d’Octobre. Que valent nos critiques, nous, qui au fil des ans laissons disparaître dans l’oubli les conquêtes sociales que nos aînés sur le modèle de la Révolution d’Octobre grâce à une lutte acharnée avaient arrachées à la classe capitaliste ? Viendrons-nous dans les cortèges futurs comme ces babouchkas témoigner aux jeunes générations désabusées de ce que représentait notre fameux et défunt « modèle social » français ? Que valent nos critiques nous en France pays riche des « droits de l’Homme » qui constatons la progression constante d’un chômage de masse et de la pauvreté, du nombre de personnes qui ne peuvent ni se loger dignement ni se soigner ? Dans la société rêvée que Macron met en place avec ses associés, la société dirigée comme une « start-up », la « liberté » ou plutôt la libéralisation signifie celle de pouvoir exploiter librement son prochain et d’aller encore plus loin dans l’exploitation capitaliste et sa domination de classe. Loin de glorifier l’Union soviétique comme un idéal parfait car « la perfection n’est point de ce monde » nous pouvons tout de même admettre qu’un pays où l’exploitation capitaliste et le chômage n’existaient plus, où avaient disparu l’angoisse du lendemain et les craintes faute d’argent de ne pas pouvoir se loger, se nourrir, se vêtir, de ne pas pouvoir envoyer ses enfants à l’école etc, nous pouvons admettre quoi qu’en disent les classes dominantes qu’un tel pays offrait la première liberté à ses concitoyens comme le disait Tatiana Desiatova du Parti communiste de Russie. La première liberté celle qui consiste pour tout être humain à pouvoir refuser d’être considéré comme une marchandise est la seule véritable liberté. Elle est cruciale en ce qu’elle détermine la possibilité ou non de toutes les autres libertés. Il faut dire qu’aujourd’hui et ce depuis la fin de l’Union soviétique la pauvreté augmente inexorablement : au moins 20 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté en Russie alors que le chômage n’existait pas avant ! Beaucoup de personnes, jeunes ou plus âgées, sont obligées de cumuler différentes petites activités pour pouvoir juste survivre ! Ainsi une analyse concrète de la situation concrète de l’Union soviétique prouve à la lumière de la période actuelle que la société soviétique avait bien, pour le dire avec un brin de provocation, un avant-goût de paradis sur terre pour la classe laborieuse si l’on considère le paradis comme le fait de vivre une vie tout simplement plus facile, de vivre une vie épanouie sans trop d’angoisse du lendemain.

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