Chili : 40 ans après le coup d’état, la lutte continue ! Introduction aux rencontres en hommage au peuple Chilien

, par  Raoul Maldonado, Tania Silva , popularité : 6%

Le projet de l’Unité Populaire, coalition allant des communistes aux sociaux démocrates, incarnée par l’image de Salvador Allende a été violemment brisé de bon matin le 11 septembre 1973, après plusieurs mois de confabulations et mensonges émis par la bourgeoisie nationale, l’impérialisme américain à travers la CIA et surtout la multinationale ITT qui a financé le boycott de la mise en place d’une vraie redistribution de la richesse au Chili.

Durant des décennies, les forces progressistes chiliennes ont traité Salvador Allende en icône. Ont souligné ses qualités personnelles et humaines, ont loué ses qualités héroïques lors du coup d’état : n’était-il pas mort les armes à la main ? Mais une telle célébration s’employait généralement à taire les volontés – et les réussites – de son gouvernement qui pendant 1 000 jours a œuvré pour transformer le système capitalisme chilien en proposant d’ouvrir une voie pacifique vers la transformation sociale, alors même que son propre parti a pris acte lors du congrès de Chillan en 1967 du verrouillage de la voie institutionnelle préférant appeler à la lutte armée. Cette vision distingue Allende et lui a finalement permis d’amorcer un ambitieux programme politique « nous avons triomphé avec pour mission de renverser définitivement l’exploitation impérialiste, d’en finir avec les monopoles, de réaliser une réforme agraire profonde et digne de ce nom, de contrôler le commerce d’importation et d’exportation et de nationaliser, enfin, le crédit.

Autant de piliers qui soutiendront le progrès au Chili créant le capitale social susceptible d’impulser notre développement » déclarait-il au balcon de la Fédération des Etudiants Universitaires Chiliens (la FECH) le soir de sa victoire, le 4 septembre 1970. (Il a été élu à la présidence avec une étroite différence de voix).

Les 3 ans de gouvernement de l’Unité Populaire constitue à la fois un processus inédit d’ouverture politique et un grand sacrifice pour le peuple chilien. Ce sont 1 000 jours au cours desquels partis politiques, syndicats, cordons industriels (organes autogérés des travailleurs) et comités d’approvisionnement et de contrôle des prix (juntas de abastecimientos y precios, JAP) ont uni leurs forces pour faire éclore un pouvoir populaire en mesure de répondre aux tentatives de déstabilisation du capital étranger et des intérêts impérialistes.

L’expérience de la UP n’a pas échoué, elle a été interrompue. Et la figure d’Allende n’est pas celle d’un président idéaliste laissant derrière lui un processus politique condamné. Elle incarne l’audace politique : celle qui a affirmé la modernité du projet de transformation révolutionnaire de la société, non seulement au Chili mais sur tout le continent. Et elle a tracé ainsi une voie qu’a depuis emprunté une grande partie de l’Amérique du Sud, quoique dans un autre contexte, marqué par d’autres rapports de forces géopolitiques. Chaque avancée de ces gouvernements progressistes les rapproche un peu plus d’Allende.

La barbarie et la répression ont divisé profondément le peuple chilien faisant reculer les acquis obtenus en matière de lutte de classe. Assassinats, persécutions et exils des leaders sociaux et politiques ont répandu les ténèbres et neutraliser le mouvement de masse qui s’était développé pendant les décennies précédentes. (les ministres et hauts dignitaires de l’Unité Populaire ont été enfermés dans des camps de concentration aux différents confins du pays).

La Constitution imposée en 1981 n’a pas seulement permis de brader au profit des multinationales les énormes richesses naturelles qui singularisent le Chili mais du même coup a créé une division géographique (12 régions et une aire métropolitaine, Santiago) pour difficulté la reconstitution d’un tissu politique et social qui aurait pu mieux résister l’épreuve.

Cette même Constitution a permis la privatisation du système de santé, la commercialisation du système éducatif à tous ses niveaux et mettre les cotisations des travailleurs et leur fond de retraite dans les mains de Wall Street.

Malgré ces épouvantables conditions, des militants chiliens et internationalistes ont résisté et dans la clandestinité ont continué le combat nécessaire pour le changement et la dignité en apportant un grain de sable à la lutte contre l’impérialisme, le néolibéralisme et pour une société plus juste.

Dans son dernier discours, Allende s’adresse aux femmes simples du pays, aux paysans qui ont cru en l’UP, aux ouvriers qui travaillent dur, aux mamans qui ont toujours bien soigné leurs enfants, aux fonctionnaires, à ceux qui depuis des jours travaillent contre le coup d’Etat, à la jeunesse, aux intellectuels, à ceux qui ont chanté et transmis leur gaité et leur esprit de lutte, à tous ceux qui seront persécutés parce que dans le pays le fascisme est présent déjà depuis un moment, pour les appeler à résister et continuer à lutter pour le changement social et politique.

On peut dire aujourd’hui qu’il a été écouté par le peuple chilien. Depuis le début de l’année 2011, la société chilienne s’ébroue au sortir de l’hiver néolibéral, entamant ceux que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de « révolution pacifique ». L’épicentre du printemps se situe devant l’Université du Chili à Santiago, l’édifice est barrée de banderoles revendiquant l’Education Gratuite et de Qualité, un orchestre de rock égaie parfois le vaste trottoir, la statue de l’écrivain et poète Andres Bello, fondateur de l’université, est peinturluré comme l’était celle de Victor Hugo dans la Sorbonne de 68, le mouvement étudiant prend sa vitesse de croisière. Au mois de septembre, ses dirigeants négocient même directement avec le président de la république, l’ultralibéral Sebastien Piñera, marquant un précédent, aucune négociation n’avait été acceptée précédemment.

Le mouvement de la société ne se réduit cependant pas à l’impressionnante rébellion des élèves de tous les niveaux scolaires. Dès janvier 2011, Punta Arenas, tout au sud de ce long pays entrait en ébullition pour protester contre une augmentation brutale du prix du gaz, pendant une semaine la population a bloqué la ville par une grève générale. Puis en avril et mai, les rues de Santiago se sont emplies pour manifester contre des projets de barrages hydroélectriques en Patagonie : dans un pays où l’écologie n’avait jamais vraiment pénétré les programmes politiques, plus de 100 000 personnes ont refusé la destruction de sites vierges. A partir du mois de mai, la contestation étudiante reprenait son essor soutenu par une majorité du peuple chilien et conduisait à une remise en cause de la situation politique jamais vue depuis la fin de la dictature en 1990.

En parallèle, même les travailleurs des grands complexes miniers (cuivre, or, argent, molybdène, etc), secteur économique contrôlé absolument par les multinationales s’organisent comme les bons vieux syndicats et paralysent la production pour des revendications salariales et de meilleures conditions de travail.

La privatisation de l’économie et la corruption économique sont générales, l’enseignement supérieur, la production de l’énergie, le système de santé, de retraite, la gestion des eaux, ont amené le Chili à être un des pays les plus inégalitaires de la planète.

Les gens dans les rues sont des citoyens mais aussi des consommateurs, ils ne sont pas pour la rupture, faute de partis politiques capables de porter la parole populaire sur la scène institutionnelle et de forcer une assemblée constituante, le Chili se trouve ainsi au milieu du gué, la situation est sans retour, une porte s’est ouverte, si cela ne change pas aujourd’hui, cela changera demain. C’est l’expression d’un phénomène plus grand, plus profond qui se déroule à l’échelle de l’humanité : on vit une crise profonde du néolibéralisme, de l’individualisme exacerbé du marché.

Restons attentifs et solidaires du peuple chilien qui doit bientôt élire son président, dont les favorites sont deux filles de généraux, l’un torturé et l’autre tortionnaire. Elles devront toutes deux tenir compte de ce mouvement de masse qui réclame plus que des discours

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