Connaitre, comprendre, pour construire des solidarités, des coopérations de luttes Introduction au débat sur la Chine

, par  pamillet , popularité : 2%

Face aux restructurations d’entreprises et aux licenciements, les travailleurs entendent partout en France la même explication, de leurs patrons, des médias, des forces politiques « c’est la faute au dumping social chinois, aux surcapacités de production chinoise qui nous envahissent… ». Face au départ de Bosch du photovoltaïque, après la fermeture de la fonderie Duranton, le sauvetage limité de Veninov, la reprise de TSV par des salariés lâchés par le groupe AREVA, aux menaces sur la vallée de la chimie, avec Kem’One, l’avenir de la raffinerie… cette question est au cœur des difficultés de mobilisation des travailleurs. Comme toujours, le capitalisme a besoin de convaincre les travailleurs dont il veut réduire les salaires que c’est la faute à d’autres travailleurs, les immigrés, l’Europe de l’Est, le Maghreb, l’Asie… Nous avons donc besoin en urgence de connaitre et comprendre la réalité de la Chine aujourd’hui pour être capable de tisser des liens de solidarités internationalistes.

Peut-on connaitre la Chine à partir d’un reportage sur des conditions de vie moyenâgeuses d’un travailleur migrant dans une banlieue d’une mégapole chinoise au pied de gratte-ciels géants de grandes banques multinationales. Que dirions-nous d’un chinois qui imaginerait la France à partir d’un reportage sur l’expulsion de roms à quelques pas de La Défense ?

Et comment comprendre ce réel dans son histoire, avec les contradictions à l’œuvre et les actions des différentes forces sociales. Peut-on comprendre la Chine et ignorer ce que disent les communistes chinois, dont les congrès présentent avec franchise ces contradictions du développement de cet immense pays-continent, aussi grand et divers que l’Europe et la Méditerranée réunie.
Permettez-moi de citer l’excellent compte-rendu du séminaire international « la Chine au XXIème siècle, passé et avenir », édité par le Temps des Cerises sous le titre frappant pour nos rencontres « la Chine et le monde, développement et socialisme »

D’abord un fait sans précédent historique, en 30 ans, la Chine a fait passer 1/5 de l’humanité de la plus grande pauvreté à ce que le PCC nomme une « aisance moyenne ». En 1980, les 3/4 de l’humanité avaient un niveau de vie plus élevé que le chinois moyen, le quart restant étant justement la Chine. 30 ans plus tard, 50% de l’humanité vie moins bien que le chinois moyen…

Pendant que le système soviétique s’effondrait de perestroika en restauration brutale du capitalisme, le PCC lançait une NEP généralisée qui a ouvert les portes aux capitaux privés étrangers, mais sous l’autorité de l’état socialiste. Il affirme jusqu’à son dernier congrès construire une « économie de marché socialiste », dans laquelle le capital public prédomine, ce que confirme le magazine Fortune qui liste 42 entreprises chinoises dans les 500 plus grandes du monde, trois seulement ne sont pas publiques.

Quand on lit les documents du PCC, on est frappé par la franchise des critiques. C’est le rapport au 18eme congrès du PCC qui nous dit

« nous sommes confrontés aux problèmes saillants de déséquilibre, de manque d’harmonie et de non durabilité dans notre développement (…) les contradictions sociales se sont sensiblement multipliées… (…) certains cadres du parti… oublient presque notre objectif fondamental de servir le peuple (…) une partie de la population vit dans des conditions précaires (…) certains secteurs demeurent plus vulnérables à la corruption,… »

En 2005, faisant le constat de l’aggravation des inégalités, le gouvernement chinois a engagé une politique forte de réduction de la pauvreté, et ce sont les revenus ruraux qui ont connu depuis la plus forte hausse réelle. On parle souvent des travailleurs migrants, leur revenu moyen a augmenté de 21% en 2012.
Le système de retraite mis en place repose sur une cotisation du salarié de 8% du salaire et de l’entreprise de 20%. Le gouvernement garantit l’équilibre du système de retraite.

L’IDH (hors revenu) est presque au niveau de l’Amérique Latine, très au-dessus de l’Inde et des pays arabes, le double de l’Afrique. Il a augmenté de 72% en 30 ans, de 17% seulement dans les pays riches. Le nombre d’homicides est 2 fois plus bas qu’en occident, 20 fois plus bas qu’en Amérique Latine. La mortalité infantile est trois fois plus basse qu’en Inde… Il y avait 200 000 enseignants dans le supérieur en 1980, 1,4 millions en 2010 pour 7 millions d’étudiants, sept fois plus qu’en 1995.

La Chine n’est plus dans le monde un pays de bas salaires. Jusqu’en 2005, la part des salaires dans le PIB a baissé, mais l’heure est à la relance, et l’augmentation est plus forte dans le Sichuan, à l’ouest que dans le cœur manufacturier de Shenzshen, à l’Est. En 2009, le salaire minimal était le double de l’Inde, 4 fois celui du Vietnam. Le salaire double tous les 6 ans. Le travail des enfants a été éliminé quand l’OIT dénonce 17 millions d’enfants au travail en Inde. L’extrême pauvreté au sens du PNUD a quasiment disparu quand elle augmente en Afrique. L’ONU annonce que la Chine atteindra les objectifs du millénaire en 2015 plus tôt que prévu, mais alerte sur les engagements non tenus des pays riches et la baisse de l’aide publique au développement

Les grèves de 2010, qui ont commencé chez Honda et se sont conclues par une négociation avec des représentants élus indépendamment des syndicats officiels, ont conduit à une grand débat politique et une nouvelle loi du travail, qui impose le CDI au bout de deux contrats. La chambre de commerce US a mené bataille contre cette loi. La chambre de commerce européenne a menacé de reconsidérer l’opportunité d’investissements. En 2011, il y a eu 180 000 mouvements sociaux, 2 fois plus qu’en 2008, 10 fois plus qu’en 2000.

Yang Keming, professeur à Durham, rappelle que les chinois évitent d’utiliser le mot classe qui rappelle la révolution culturelle, mais que la conscience de classe chez les travailleurs se développe. Lau Kin-Chi souligne que tous les conflits sont fondés sur les divergences d’intérêts entre patronat et salariés, mais contrairement aux analyses faites par les libéraux, ce mécontentement n’a pas la même traduction politique qu’en Europe de l’Est, car les chinois font déjà l’expérience du capitalisme.

Il faut je le répète d’abord connaitre… et écouter cette analyse du congrès du PCC. 

« Notre pays reste et restera longtemps encore dans la phase primaire du socialisme, étape historique incontournable pour la modernisation socialiste d’un pays arriéré du point de vue économique et culturel, modernisation qui demandera une centaine d’années pour arriver à son terme (…) A l’étape actuelle, la contradiction principale au sein de notre société est celle qui existe entre les besoins matériels et culturels croissants du peuple et le retard de la production sociale. En raison de facteurs internes et externes, la lutte de classes se poursuivra à long terme, quoique dans une sphère limitée, et elle pourrait même s’exacerber dans certaines conditions ; mais elle ne constitue plus un élément fondamental. En Chine, l’édification du socialisme a pour tâche principale de libérer et de développer les forces productives, de réaliser progressivement la modernisation socialiste et de réformer à cet effet ce qui , dans les rapports de production et la superstructure, ne correspond pas au développement des forces productives. »

J’arrête avec ces éléments de connaissance et de compréhension, car bien sûr, tous ces faits et analyses nous interrogent. Mais que fait la bourgeoisie en Chine ? Est-elle un danger ? Peut-elle prendre la main sur le parti communiste ? Si en URSS, la rupture politique avec le socialisme a (en première analyse), précédé la rupture économique, ne faut-il pas craindre l’inverse en Chine ?

L’après- midi sera trop courte, mais pour avoir beaucoup échangé avec nos amis chinois, je sais qu’elle peut être un formidable point de départ pour se connaitre et se comprendre, et résister ainsi à cette guerre idéologique qui veut absolument convaincre les travailleurs que le socialisme ne peut être qu’un drame, un échec, qu’il a été enterré par l’histoire, alors qu’il a pris de nouvelles racines en Amérique Latine, et qu’il continue à être au cœur des objectifs du parti communistes chinois.
Je sais que les Français, gaulois vindicatifs, mettent toujours en avant les oppositions, quand la culture chinoise insiste d’abord sur la politesse de ne pas dire non, mais cela n’a pas empêché les travailleurs Français d’accepter la domination du réformisme, quand les travailleurs chinois ont su en 60 ans révolutionner plusieurs fois leur pays.

C’est donc avec un très grand remerciement et une très grande joie que j’accueille Zhang Wencheng, de l’institut des recherches sur le socialisme dans le monde du CCTB, Ma Jingpeng, secrétaire de la Ligue de la jeunesse au CCTB et Yang Jinhai, secrétaire général du Bureau central des traductions. Permettez-moi de remercier enfin Li Qiqing, professeur d’économie chinois, qui est un des organisateurs côté chinois de cette rencontre, et qui aurait aimé être ici car il avait appris à 14 ans à chanter les canuts, sans oublier notre camarade Jean-Claude Delaunay, absent car en Chine justement et qui nous a permis ce contact.

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