Soutenir les luttes difficiles et grandioses qui se préparent Intevention de Gilbert Kouessi (PC Benin)

, par  Gilbert Kouessi , popularité : 3%

Merci camarade.

Notre parti participe régulièrement à vos rencontres qui sont maintenant une institution et qui ont anticipé, en fait, le réveil qu’on observe à travers le monde, le réveil des peuples, le réveil du prolétariat, le réveil de la classe ouvrière démentant tout ce qu’on entendait, à savoir la mort du communisme et autres balivernes. Je vais donc vous parler de la situation dans mon pays.

Chers camarades, le Bénin va mal. Très mal. En terme de croissance, notre pays est le dernier de la sous région. La corruption généralisée gangrène tous les secteurs de la société. Le taux d’analphabétisme est de plus de 65%. Et plus grave, le nombre d’illettrés augmente chaque jour avec les nouveaux programmes d’études qu’on impose à notre pays contre toute logique. Le taux de chômage des jeunes diplômés des écoles, des ateliers augmente tous les jours. Les centres de santé, les hôpitaux sont devenus des mouroirs. Et le marché ne donne plus à manger à sa faim. Les libertés publiques, sociales sont bafouées. La police et l’armée instrumentalisées sont dressées contre le peuple.

Et puis, les langues se délient. C’est le cas de certaines personnalités ou d’institutions qui, jusque là, s’étaient montrés les plus ardents défenseurs du système dit démocratique où d’autres restent claquemurés dans un silence inexplicable face aux dérives du pouvoir. Il s’agit de l’église catholique, dans cette expression, celle de la déclaration de l’institut des artisans de la justice et de la paix animé par l’abbé Raymond Bernard Goudjo, secrétaire de la commission Justice et paix, celle de l’aumônier national des cadres catholiques, certes moins connu parce que moins médiatisé, le père Alphonse Benoît Quenum, intitulé « Démocratie au Bénin, où en sommes-nous et où allons-nous ? » publié dans « La croix du Bénin » n°1152 du 29 juin 2012. Il s’agit aussi de la déclaration du club des avocats sur l’état de la nation et du respect des droits humains en date du 22 juin 2012. Il s’agit enfin de la correspondance adressée par le médiateur à Yayi Bony, avant que lui-même ne soit mis à nu, pour exprimer ses inquiétudes sur la manière dont il gère le pays et proposer un forum national.

Sur le détail des éléments essentiels de ces différentes prises de position, ça donne ce qui suit : Nous sommes en face d’une dictature. Dictature de la démocratie comme dit l’Abbé Goudjo, avec les caractéristiques suivantes qui sont : Répression des syndicats et autres associations réduits au silence. Graves atteintes aux droits humains. Inexistence du dialogue social. Dégradation poussée de l’état économique, de l’environnement des affaires avec le harcèlement des opérateurs économiques nationaux. Règne de contre valeurs, telle la corruption généralisée, l’impunité, l’incarnation de la malhonnêteté etc.

Pendant ce temps les conditions de vie des masses ne cessent de se dégrader et sont dénoncées à travers les médias. Aujourd’hui, la grande majorité du peuple souhaite le départ de Yayi Bony et met en avant des exigences d’une nouvelle légalité dans le débat à propos de la révision de la constitution. Les affrontements entre étudiants et la police ont soulevé des dénonciations contre la barbarie de la police et pratiquement pas de condamnation des étudiants. Le peuple semble s’inscrire dans la nécessité de l’affrontement pour vaincre le pouvoir en place.

Malgré le rapport de forces qui est de plus en plus en défaveur du pouvoir, les maîtres étrangers occupent l’espace politique béninois pour soutenir leur politique. Le FMI déclare que tout va bien au Bénin et décerne son satisfecit à la gestion chaotique de Bony Yayi. L’ambassadeur de France au Bénin est allé dans le même sens. Obama félicite le dictateur corrompu et lui envoie sa secrétaire d’Etat Mme Hilary Clinton pour signifier que Yayi est toujours fréquentable. Quant à la représentante résidente de l’ONU au Bénin, simple agent diplomatique, elle dira à propos de la liste électorale permanente informatisée (LEPI), contestée et jetée à la poubelle de l’histoire par notre peuple, je cite : « Votre liste est la meilleure d’Afrique . Les pays viennent ici pour s’informer pour voir comment nous avons fait les choses. Tout a été bien fait. 5 audits ont été effectués sous la LEPI qui ont tous validé que le travail technique est bien fait. » fin de citation.

Ceux qui avaient dirigé et pillé sont appelés au secours. La Renaissance au Bénin, parti de l’ancien président Soglo a déjà répondu présent au nouveau dictateur. Le père de Lehady Soglo a déjà conclu le mariage et la cérémonie n’attend que la célébration officielle des noces de trahison. Kererou le mentor sanguinaire se présente comme bouclier. Quant aux autres qui ont participé au festin, ils sont aujourd’hui écartés, ils tournent en rond, font des discours, parlent même de rupture avec le passé de façon générale mais ne proposent rien de concret ni d’opérationnel. On nous parle d’une nouvelle conférence nationale, de programme économique à décision exécutoire mais on ne propose aucune décision concrète. On ne veut pas reconnaître, par exemple, que toutes les institutions mises en place depuis 20 ans pour soi-disant lutter contre la corruption, à savoir les tribunaux ordinaires, la haute cour de justice, les institutions d’Etat, des finances, des services dans les ministères, les commissions parlementaires, la FONAC etc. ont échoué dans cette lutte et ne contrôlent pas tout simplement les travailleurs, les citoyens de la gestion du bien public avec les élections et la révocabilité des directeurs généraux et des directeurs techniques.

On ne veut pas admettre que le pays ne peut pas se développer avec 65% de producteurs analphabètes et que le pays ne cesse de se développer dans une langue étrangère, et qu’il faille alors soutenir de toutes nos forces l’instruction dans nos langues nationales. On reste attaché au système colonial. La période actuelle présente toutes les caractéristiques de celle de 1989. Mais ce qui particularise aujourd’hui, c’est que la contre révolution des années 88 – 92 a épuisé ses ressources et l’humanité est rentrée de plein fouet dans une période révolutionnaire.

Le terme révolution dans le domaine social, voué aux gémonies sous la contre révolution triomphante, est redevenue d’actualité. L’insurrection des peuples contre le pouvoir est désormais reconnu par l’éthique universel comme un droit inaliénable des travailleurs, des peuples et le tyran qui s’y oppose est condamné pour crime contre son peuple. La chose est telle. Mais les puissants se sont sentis obligés de se couvrir par de faux révolutionnaires, de fomenter de fausses révolutions pour agresser les peuples comme cela s’est vu en Libye et se voit actuellement en Syrie.

Ce qui précède le dit clairement que nous ne devons pas nous laisser tromper par les lectures occidentales de ce que les gens appelaient « printemps arabes ». Si en Tunisie, en Egypte, une vraie révolution sociale s’est déclenchée à l’insu des puissances impérialistes qui tentent maladroitement de les récupérer, la destruction de la Libye, suivie de l’assassinat de Khadafi et la guerre d’agression en cours d’exécution contre la Syrie constituent des contre révolutions notoires condamnées par les peuples. Aujourd’hui, les gens s’organisent indépendamment du pouvoir failli de Yayi Bony. Il y a des fonds secrets et c’est une très bonne chose. Mais comme on dit vulgairement « chat échaudé craint l’eau froide » tirant leçon de notre récente expérience, nous dirons que les objectifs, les rassemblements doivent être clairs.

L’enjeu actuel, après 52 ans d’indépendance formelle, véritable renouveau démocratique, c’est la gouvernance du pays, c’est la rupture complète avec le pacte colonial qui perdure sous différentes formes. L’enjeu, c’est, quel pouvoir nouveau peut et doit garantir cette rupture pour l’émancipation de notre pays ?

C’est pourquoi pour le PCB, en tant que membre de la démocratie révolutionnaire, toute refonte ne sera à la hauteur des désirs actuels que s’il se bat et appelle à se battre au delà de la sauvegarde des libertés pour la conquête de la liberté pour notre peuple. Soutien des producteurs nationaux et promotion de la production nationale, instruction dans nos langues nationales, contrôle de la gestion du bien public avec l’élection et la révocabilité des directeurs généraux par les travailleurs, publication des audits et accords de marchés publics, jugement des violateurs des libertés syndicales et démocratiques, reconnaissance des dignitaires traditionnels dans rôle de juges et d’administrateurs locaux, nécessaire détachement en liaison avec les autres pays concernés, du franc CFA, du Trésor français, pour la création d’une monnaie sous régionale commune.

Voilà pourquoi notre parti a pris l’initiative de la création d’une Convention patriotique des forces de gauche qui met en avant les plafonds authentiquement patriotiques, qui prend en compte l’ensemble des revendications issues des différentes luttes d’hier à aujourd’hui de notre peuple à travers les âges. Cette convention qui attire déjà les forces combattantes de la patrie, de la population de notre pays, se met en ordre de bataille pour chasser l’apprenti dictateur Bony du pouvoir. Nous sommes convaincus que les forces progressistes françaises apporteront comme d’habitude leur soutien aux luttes difficiles et grandioses qui se préparent.

Je vous remercie.

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