Organiser la résistance aux ingérences impérialistes en Afrique et au Moyen-Orient

, par  pamillet , popularité : 2%

« Le PADS face aux ingérences impérialistes dans les affaires intérieures des peuples d’Afrique et du Moyen-Orient ». Voilà le thème qui a réuni une trentaine de militants et de curieux ce dimanche 16 septembre, pour le troisième jour de la Fête de l’Humanité, sous le stand des communistes algériens.

Après une brève introduction de Georges Perlès, c’est le directeur d’Alger Républicain, Zoheir Bessa, qui a entamé son exposé par cette question fondamentale : que veulent les communistes en Algérie ?

Zoheir Bessa a commencé par rappeler l’histoire, en ce cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. Une indépendance non pas concédée mais arrachée, au prix d’un million de morts algériens. Dans un combat où se sont mêlés nationalistes, communistes, anti-impérialistes.

Un rappel de la contribution capitale des communistes français dans la lutte pour l’indépendance de l’Algérie

L’occasion de rappeler le rôle capital joué par les communistes français dans l’éveil d’une conscience nationale algérienne. Le PCF a suivi la 8 ème condition d’adhésion à l’Internationale communiste.

Il a défendu dans son histoire les droits du peuple colonisé, organisé les travailleurs immigrés algériens en France, imprégné au début des années 1920 les Algériens militant au sein du PCF du devoir de revendiquer l’indépendance de leur pays, au moment où cette idée était loin d’être évidente même du côté Algérien.

Il y eut des erreurs indéniables, des appréciations erronées, souvent dictées par ailleurs par la nécessité de faire l’unité de la gauche. Comme le disait Marx : « il ne faut jamais sacrifier les grands principes aux succès éphémères ». Aujourd’hui, les mêmes problématiques se posent : au nom du large rassemblement, ne risque-t-on pas de commettre les mêmes erreurs ?

Revenant à l’actualité, le directeur d’Alger Républicain a rappelé l’intensification de l’offensive impérialiste sur tous les fronts : plans d’austérité en Europe, manœuvres de déstabilisation en Amérique latine, guerres ouvertes au Proche-Orient et en Afrique.

Les pays impérialistes veulent utiliser les contradictions des pays de tradition anti-impérialiste

Les pays impérialistes veulent utiliser les contradictions de certains régimes, faire éclater les tensions. Ils veulent profiter de la situation pour éliminer des régimes porteurs historiquement d’une ligne d’opposition à l’impérialisme, en particulier ceux américain et sioniste.

Toutefois, ces régimes ne sont pas sans contradictions, tensions Des différenciations socio-économiques se sont produites. Ses régimes - qui étaient dominés par la petite-bourgeoise et défendaient des positions anti-impérialistes - sont tombés sous le contrôle de la bourgeoisie. Il subsiste des fractions petites-bourgeoises dans ces régimes, mais leur influence est réduite.. Depuis une dizaine d’années, les régimes de Kaddafi et d’Assad ont fait des concessions, appliqué les recettes du FMI, remis en cause les droits sociaux gagnés par leurs peuples.

Pour les puissances occidentales, cela ne suffit pas. Il s’agit désormais d’instaurer des régimes fantoches en Libye, en Syrie et à terme dans l’ensemble du monde arabe.

Une menace qui concerne également l’Algérie alors que des forces essaient d’utiliser le mécontentement populaire contre la politique de classe du régime algérien pour orienter cette colère vers une transition compatible avec les objectifs de l’impérialisme européen et américain.

L’intervention a suscité des questions dans le public auxquelles a répondu Zoheir Bessa :

- Quel état des luttes en Algérie, quel risque d’instrumentalisation ?
- Les manœuvres impérialistes en Libye, Syrie, au Mali ne constituent-elles pas un encerclement de l’Algérie ?
- Quelles conséquences de la liquidation des Partis communistes sur la récupération des révoltes arabes par l’impérialisme ?

- Sur les luttes en Algérie, Zoheir Bessa a souligné le développement de luttes dans tous les secteurs. Des soi-disant ONG liées aux services de subversion de l’impérialisme, soutenues notamment par l’Union européenne, tentent de manipuler ou d’orienter l’action d’ associations ou de syndicats autonomes comme le Snapap, sous couvert de solidarité avec les travailleurs et de défense des droits de l’homme. Il existe des fractions dans les couches moyennes qui acceptent de servir les objectifs des puissances impérialistes en contre-partie d’une part du gâteau. Les puissances impérialistes ne tolèrent plus aucune marge d’indépendance de ces régimes même s’ils ont appliqué leurs recettes ultra-libérales. Des intérêts de l’impérialisme qui portent sur le pétrole naturellement, sur l’installation de bases militaires mais aussi sur le contrôle sur l’appareil d’Etat algérien pour s’en servir comme un instrument (harka) pour surveiller l’Afrique et se substituer à l’impuissante CEDEAO ;

- Sur les manœuvres en Syrie et au Mali et l’encerclement de l’Algérie, il ne s’agit pas pour l’impérialisme de détruire tout le régime syrien mais d’utiliser les contradictions du régime entre des fractions bourgeoises du pouvoir qui pourraient chercher un compromis avec l’impérialisme et des fractions issues de la petite-bourgeoise anti-impérialiste et même de la bourgeoisie, pour faire émerger les nouveaux bachaga, caïds du système néo-colonialiste. Libye, Niger, Mali, Maroc : le déploiement des forces impérialistes conduit à un inexorable encerclement de l’Algérie. Un encerclement matériel qui se nourrit d’un siège idéologique en Algérie même, notamment dans les campagnes médiatiques visant à incriminer l’armée pour les grands massacres des années 1990. Face à cette campagne, le régime algérien offre une faible capacité de résistance, il est en recul. On peut rappeler l’anecdote de la visite d’Hilary Clinton en février dernier, rencontrant l’ambassadeur américain avant Bouteflika à Alger, et faisant sortir les journalistes pour se réunir à huis clos avec une vingtaine de membres de la société civile désignés par les États-Unis comme les dirigeants futurs de l’Algérie ;
- Sur la liquidation des Partis communistes, il faut rappeler l’importance des facteurs extérieurs. En Algérie, le PCA a été interdit dès novembre 1962, bien que toléré de fait. La bourgeoisie nationaliste mais aussi la petite-bourgeoisie progressiste et anti-impérialiste, comme en Syrie où le Baath auto-proclamé force dirigeante de la société a contraint le PC Syrien à accepter cet état de subordination. Le PCA a lancé en 1964, avec toutes ses contradictions, la réflexion sur la voie algérienne vers le socialisme. Le PAGS, créé par la suite, ne s’est sans doute pas posé les questions des contradictions internes du régime, entre fraction bourgeoise capitaliste et socialisante. Mais les facteurs intérieurs ont également eu une influence capitale. Le PAGS a aussi été liquidé de l’intérieur, au nom d’une unité à tout crin qui s’est substitué à l’analyse communiste. Mais l’unité pour quoi ? Une majorité des dirigeants du PAGS, au début des années 1990, avait viré à droite. Ils ont instrumentalisé la lutte contre l’islamisme pour promouvoir la dissolution du Parti dans un vaste front de gauche rallié à la défense du régime. La destruction volontaire du Parti a conduit à la destruction du mouvement syndical révolutionnaire, avec tout l’influence énorme qu’avaient les communistes dans le mouvement ouvrier, paysan, étudiant.

La reconstruction du Parti communiste, une nécessité

La reconstruction du Parti communiste est une tâche nécessaire mais difficile. Il s’agit de rester fermes sur les principes. On ne peut accepter que dans les programmes les termes de bourgeoisie, de lutte de classe, de socialisme, d’impérialisme soient effacés, que le rassemblement de tout et n’importe quoi se substitue à l’analyse révolutionnaire.

La tâche de reconstruction d’un Parti communiste est non seulement une nécessité, mais c’est possible dans l’Algérie actuelle, où existe une classe ouvrière consciente, des intellectuels et des cadres inquiets devant les dangers qui s’accumulent. Les luttes se développent, comme celles de ses ouvriers en grève depuis quatre mois car pas payés par leur entreprise. La grève a été déclarée illégale, les ouvriers ont été menacés d’incarcération à la place de leurs patrons voyous.

Il faut un Parti communiste, pas un mouvement ouvert à tout vent comme le défendait Lucien Sève. Un parti organisé selon le centralisme démocratique est nécessaire pour faire face à la dictature du capital. La lutte héroïque de nos camarades grecs du KKE est en cela un repère international indispensable, la preuve qu’il est possible de reconstruire un parti communiste de masse et de classe.

Zoheir Bessa a conclu sur une note d’optimisme sur la reconstruction des organisations de classe, par ce proverbe populaire algérien :

« Une poignée d’abeilles vaut mieux qu’une charrette de mouches ».

Voir en ligne : source sur le site solidarité internationale

* Nous remercions le camarade Zoheir Bessa pour sa re-lecture attentive et bienveillante de ce compte-rendu

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