Une situation plus ouverte qu’au congrès de Martigues... Intervention de Marie-Christine Burricand (PCF)

, par  Marie-Christine Burricand , popularité : 4%

Je vais prendre la suite, en disant qu’il me semble qu’il y a quand même quelque chose d’assez original dans la situation du parti communiste français.

C’est que c’est sans doute l’un des partis qui a dit le plus de mal de lui-même dans les 15 dernières années, et qu’en même temps, c’est pour ça que je suis assez contente que viennent des gens aujourd’hui qui disent qu’il faut en finir avec l’autophobie, c’est une question pour moi essentielle.

En même temps, c’est quand même un parti qui a résisté à la disparition et à la scission, qui est toujours là, dans une situation de confusion idéologique, mais qui est toujours là. Je crois que le rapport à l’histoire est une question essentielle pour le PCF et que c’est même une question essentielle dans le congrès qui va s’ouvrir au mois de février, qui est ouvert. C’est une question qui est posée dans le PCF, dans d’autres aussi mais notamment dans le PCF depuis la chute du mur de Berlin. Donc je vais aller un peu vite en disant : est-ce que le socialisme du 20ème siècle, dans sa diversité, de la Russie à Cuba ou au Vietnam, est-ce que le socialisme a été un monstre qu’il faut rejeter et qui ne peut plus nous éclairer dans la crise aujourd’hui ? C’est un petit peu ce qu’a dit le PCF depuis 10 ans et notamment depuis le congrès de Martigues, et la base commune, je viens à ce qui se passe aujourd’hui dans le parti, la base commune qui nous est proposée avec des nuances, est un peu sur cette ligne là, puisqu’elle dit, il y a ensuite les enseignements que nous avons tiré des échecs et de l’effondrement des premières tentatives de rupture avec le capitalisme du 20ème siècle sans démocratie, respect des liberté, des droits de l’Homme particulièrement, il ne saurait y avoir d’émancipation humaine. …

Et il y en a une deuxième, un deuxième petit passage, au nom du communisme se sont développés des grands espoirs et des combats essentiels, mais se sont aussi construits en certains endroits des sociétés d’oppression qui ont échoué a produire l’émancipation humaine que nous portons et en gros derrière ces 2 affirmations, qui ont évidemment une part de réalité, vient l’idée « tournons la page ».

Il y a un certain nombre de « tournons la page », et j’ai envie de dire tournons la page de 1920 évidemment, parce que ce qui est posé c’est la page de 1920. D’ailleurs c’est Pierre Laurent, il ne l’a pas redit depuis, qui a dit dans une interview, je sais plus si c’est à Libération ou à un autre canard, il dit en gros je vais un peu vite, les mots exacts je peux être un peu à côté mais il dit « Le PCF a vocation à rassembler le courant communiste et socialiste de l’entre deux guerres », en gros c’est ce qu’il a dit. C’est-à-dire Tours c’est finit et un certain nombre de communistes dont je suis, disent que nous au contraire on veut assumer dans les conditions d’aujourd’hui évidemment, le choix du congrès de Tours de 1920 donc il faut se rappeler quand même qu’il était issu de la boucherie de 14-18 et de la révolution russe de 1917, donc, nous on veut assumer ce choix dans ce qui est pour nous essentiel c’est-à-dire l’affirmation de la différence entre réformisme et révolution et la nécessité pour les révolutionnaires de s’organiser en leur propre parti. Ca c’est quand même une des questions qui se débat sur le fond depuis des années dans le PCF.

Dire ça c’est aussi je pense assumer que le marxisme donne encore aujourd’hui les concepts, y compris avec ses développements actuels de pensée, mais le marxisme donne encore aujourd’hui les concepts qui permettent de comprendre le monde et de comprendre la réalité au-delà de ses apparences, comme on apprenait dans les écoles élémentaires du parti quand nous étions petits. Je dirais pour faire court que le léninisme et cette expérience révolutionnaire a eu comme toute expérience ses réussites et ses échecs, reste pleine d’enseignements aujourd’hui encore et que l’on ne peut pas regarder l’expérience, il ne faut ni l’idéaliser ni la diaboliser, mais on ne peut pas regarder l’expérience des ex pays socialistes en se disant ce n’était pas bien parce qu’ils ne respectaient pas les libertés, il faut y compris la regarder face à la réalité, c’est-à-dire face aux questions réelles qui leur étaient posées dans la transformation de la société, quelles réponses ont-ils apporté et quel regard on a sur ces réponses, comment on les analyse. Mais dans une analyse marxiste et pas dans une espèce de formule qui est aussi profondément marquée par le poids de la bataille qu’il y avait à ce moment là contre nous les communistes et qui visait quand même a se différencier de cela qui n’aurait pas été bien.

En disant cela aussi je veux aborder la question qui revient, et qui moi me tient à cœur, c’est la question de la révolution française. Parce qu’il y a un certain nombre de camarades qui ont tendance à dire « mais finalement 1917 est une parenthèse parce que nous on avait déjà notre histoire les communistes français qui a commencé à la révolution ». Moi je trouve que lorsque l’on abandonne 1920, on abandonne aussi toute une part de la révolution française. D’abord parce que Marx et Lénine étaient empreints d’un certain nombre de choses qui tenaient à la révolution française et d’autre part, parce que derrière ça il y a aussi la tendance à résumer la révolution française au siècle des lumières, ce qui me paraît un peut vague et rapide. A laisser de côté l’héritage des révolutionnaires français, qui est quand même l’héritage de Robespierre, de la terreur, le symbole de la tête du roi coupée, y compris mettant fin à l’état de droit divin. La France est quand même l’un des seul pays qui l’a fait, de ce point de vue là, parce qu’ailleurs cela s’est fait, mais c’était quand un roi coupait la tête d’un autre roi, en Angleterre ça a fonctionné comme ça. C’est l’un des seul pays d’Europe où l’on a décidé de la faire, y compris avec la question du Jacobinisme qui est posé et celle de la nation. Je pense que lorsque l’on parle de notre histoire il y a aussi cette question de la révolution française.

Alors je pense qu’il faut que les communistes réfléchissent beaucoup à ce qui se passe aujourd’hui parce que finalement ce qui se passe aujourd’hui dans le monde confirme quelque part les analyses de Marx et Lénine sur l’incapacité du capitalisme à produire la stabilité et la paix, sur le stade impérialiste marqué par l’exacerbation de la concurrence, la concentration à grande échelle de la domination de la grande bourgeoisie monopolistique par la maîtrise des banques et des circuits financiers.

Ca confirme aussi ce qu’ils disaient sur la guerre permanente conduisant à de nouvelles colonisations et aussi à l’épuisement des ressources de la planète. Donc, dire aujourd’hui que Marx et Lénine c’est un petit peu dépassé, cela me parait pas conforme à la réalité. Je note aussi que de plus en plus de travaux d’historiens et de philosophes et de chercheurs montrent que le système socialiste ne s’est pas comme ça effondré sur lui-même mais qu’il y a bien une bataille, un affrontement de classes considérable dans le monde, alors effectivement on peut s’interroger pourquoi n’y ont-ils pas résisté pourquoi les peuples n’ont pas résisté à cela ? Il y a quand même eu un affrontement de classes considérable dans le monde qui a conduit a ce que moi j’appellerai la défaite des révolutionnaires de ce côté-là du monde.

De ce point de vue là d’ailleurs, il y a des choses qui sont sorties, moi j’ai lu avec intérêt par exemple l’interview d’Honecker qui était sur le site lepcf où il dit un certain nombre de choses sur la chute de la RDA y compris sur le lâchage par Gorbatchev dans la situation de l’Union Soviétique, qui a déjà plié les clous si j’ose m’exprimer ainsi, qui a déjà abandonné la bataille. Je trouve que l’a dessus il y a des choses passionnantes. Ce débat sur le rapport des communistes avec leur histoire me paraît essentiel parce que pour une part c’est là que se joue pour moi aujourd’hui la question entre réformisme et révolution.

Qu’est-ce que devient ce parti communiste ? On a gardé le PCF dans des conditions très compliquées et je dirais très confuses et quelque part une des questions est qu’est-ce qu’on met dans le PCF aujourd’hui ? Si on y met du réformiste pour essayer de prendre éventuellement la place du PS, (mais je pense qu’on le fera pas car on est jamais meilleur qu’eux dans ce domaine), ou si on y met de la révolution, il me semble que c’est ça la question. La question de l’adhésion au parti de la gauche européenne est fondamentale. Parce que quand le PCF décide d’adhérer au PGE, dans une très grande indifférence des adhérents, qui se dise « c’est pas grave », ils décident de rompre avec les partis du communisme, dans un rapprochement avec des partis réformistes d’Europe, qui n’ont jamais contesté la nature de l’UE alors que le PCF l’a contesté au départ.

C’est comme cela qu’on en vient aujourd’hui à la position que l’on a sur l’UE qui consiste a dire qu’il faut la transformer, et j’interroge : est ce qu’on transforme un empire (dictature sur les peuples) ou est ce qu’on le fait tomber ? Et quand il est tombé, comment les peuples reconstruisent leur rapport entre eux ? Cette nouvelle phase sera l’objet de lutte des classes, car les capitalistes ne laisseront pas le terrain comme ça. Mais ça aurait créé une situation nouvelle, avec un espace nouveau, qui s’ouvrirait pour les révolutionnaires.

On en était arrivé à un tel point que lorsqu’un camarade parlait de la lutte des classes dans un débat public, c’était mal vu parce que ça faisait ringard et archaïque. Or ce que je note aujourd’hui, c’est que même la direction, dans son vocabulaire, est obligée de reprendre ces termes là. Elle est obligée de parler de la rupture, de la lutte des classes, et du communisme.

Donc je me dis ceci : si on rajoute le contenu (on va s’y employer de la meilleur façon possible), derrière ça par exemple la conscience de classe, (ce que partage 99% des gens), c’est-à-dire la volonté d’une société plus juste, égale et démocratique, (cela me semble un peu court pour la conscience de classe quand même, qui pour moi se définit toujours par rapport à une place dans un mode de production). Si on rajoute des choses sur le contenu de la rupture, de la lutte des classes, le communisme, si en plus de ça on est capable de faire débattre les communistes et de rajouter des choses sur l’affrontement capital / travail, sur la question du mode de production, du socialisme (vous avez peut être vu que le socialisme n’a pas encore trouvé droit de cité : on parle du développement humain durable).

Si on pousse clairement et on oblige à réfléchir à la question de l’autonomie face au PGE, ce qui est crucial aujourd’hui, (j’ai lu quelque part que le PGE a dit que « quand on est adhérent au PGE on respecte ses positions » donc on n’est plus libre), je rappelle que Pierre Laurent est président du PGE, donc on voit les liens, et si on ajoute sur la question du Front de Gauche, que les alliances ne sont pas une affaire d’affichage électoral mais comment on rassemble l’ensemble des catégories populaires, c’est quand même ça qui doit nous guider dans les alliances. Je pense que si aujourd’hui on est capable de faire débattre les communistes de tout cela, on n’aura pas réglé la question de l’avenir du PCF mais qu’en tout cas ceux qui voudraient en faire une nouvelle force réformiste n’y seront pas arrivés non plus.

Donc pour moi la situation me semble ouverte, en tout cas plus qu’il y a 10 ans au lendemain du congrès de Martigues.

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