pousser à la paix plutôt qu’à la guerre. Intervention de Aissar Midani et Rida HASSAN

, par  Auteurs à lire , popularité : 3%

Syrie

Merci pour votre brillante introduction pour le débat. Je me présente, je suis Syrienne. Je suis en France depuis une quarantaine d’années. Je suis Franco-Syrienne aussi. Je vais régulièrement en Syrie depuis 10 ans, en fait, depuis l’arrivée de Bachar el-Assad au pouvoir. Je suis présidente d’une association de scientifiques syriens expatriés. Donc, je vais, depuis 2001, date de création de cette association, 3 à 4 fois par an en Syrie.

Je vais commencé par situer un petit peu la situation économique et sociale. On part de la base sur laquelle les choses se font faites.

Premièrement, à l’arrivée de Bachar el-Assad au pouvoir, il y a eu des promesses de démocratie et une sorte de libéralisation du pouvoir et surtout de l’expression qui a motivé ce qu’on a appelé le « printemps de Damas ». Il y a eu pas mal de personnes qui ont pris l’initiative d’écrire des articles etc. Il y avait une lutte de ligne au sein du parti Baas et au sein du pouvoir qui a fait que pour certains cette ouverture était un danger et pour d’autres une nécessité. Bon, ça c’est un peu le contexte du parti Baas. Je peux dire l’ensemble des partis au pouvoir, car le parti Baas n’est pas seul au pouvoir en Syrie, il y a aussi un front démocratique progressiste qui participait avec lui au pouvoir avant, dont des partis communistes et autres partis. Mais qui font partie de ce pouvoir sous la direction du parti baas bien entendu.

2ème point, sur l’ouverture économique, il y a eu une véritable ouverture dans les années de Bachar el-Assad. Une sorte de libéralisation de l’économie, une ouverture aux banques étrangères. Il y a eu des banques extérieures, des assurances etc. Alors que la seule banque avant c’était la banque centrale. Je peux dire que depuis la guerre de l’Irak, l’agression contre l’Irak, la Syrie a été diabolisée parce qu’elle était opposée à l’agression américaine contre l’Irak, donc, sous embargo, sous sanctions. Ce qui n’a pas empêché la Syrie d’accuser une croissance économique de 6 à 7%. Point essentiel, la Syrie a 0 centimes de dette internationale. Elle est autonome sur le plan économique, c’est-à-dire que nous mangeons ce que nous produisons, nous produisons ce que nous mangeons. Elle est autonome sur le plan de l’industrie pharmaceutique. Il y a une industrie pharmaceutique qui couvre 95% des besoins de la population. Et bien entendu, tout ça, ça déplait. Ajouté à ça, la Syrie est aussi un pays résistant qui s’oppose à la reconnaissance de l’Etat d’Israël colonial dans la région. Elle soutient la résistance libanaise et palestinienne. Je peux dire, et je peux le dire sans problème, la défaite cuisante qu’a subi l’armée israélienne en 2006 lorsqu’ils ont agressé le Liban est due à ce front uni entre la Syrie et la résistance libanaise et la résistance palestinienne. Le fait que Gaza ait pu résister à l’agression israélienne féroce en 2008/2009 grâce à l’aide et au soutien de la Syrie et de la résistance libanaise. De ce fait, il se désigne comme l’ennemi numéro 1 à la fois des Américains et des Israéliens.

Dernier point : le dictat américain et des pays de l’Otan n’a pas cessé depuis que Assad est arrivé au pouvoir. Dès le moment où Chirac est allé lui présenter ses condoléances pour le décès de son père, c’était : « le gaz Syrien, il est pour nous, pour Total » et à ce moment là Assad a répondu « Il y aura un appel d’offre et vous pourrez présenter comme tous les autres votre proposition. » Chose qui n’a pas été acceptée par la France et c’est ce qui a fait qu’on a tout de suite accusé la Syrie d’avoir tué Hariri en 2005. En fait, ça c’était aussi un piège. Ceux qui sont habitués de ces pièges, sont ceux qui ont encore tué dernièrement le responsable des services secrets libanais dont on accuse aussi la Syrie. Tous ces points sont des points très importants.

Je tiens à dire aussi, qu’est-ce qui a fait le terreau de ce que l’on appelle opposition, c’est que aujourd’hui, plus de 60% de la population a moins de 20 ans. C’est une très grosse progression démographique qui fait que les 15/20 ans représentent une bonne partie de la population. Et ces jeunes ont envie de multimédia, de téléphones portables etc. Et ils ont constitué effectivement la proie facile pour l’ensemble des interventions. Il y a eu des distributions d’argent, des distributions de drogues, du crack en fait, qui a été distribué en Syrie à tous ces jeunes pour les pousser à manifester, à se révolter etc. A tel point, il y a même des personnes qui travaillaient, par exemple des femmes de ménage, des chauffeur etc. qui venaient de la banlieue lointaine travailler à Damas, ils ont arrêté de travailler en disant, « finalement c’est beaucoup plus rentable d’aller faire une manif, parce que pour une manifestation, on a 2 000 livres. » Au début, mon collègue me disait que c’était 500 dollars et après c’est devenu 2 000 livres, c’est 1 000 livres par personne qui sort à la manifestation et 1 000 livres pour chaque personne qui l’amène à la manifestation. Et les personnes disaient « Ben nous, on est 8 dans la famille, on est 10 dans la famille ». Ca leur faisait presque un salaire de ministre ou de prof à l’université. En manifestant ¼ d’heure, en prenant des photos, en les envoyant aux médias, à al jazeera notamment, et puis c’était fini. Donc, ça, ça fait partie des manipulations. Qui payait cet argent ? Alors là, c’est l’Arabie Saoudite et le Qatar, ils se sont beaucoup investis dans ce conflit puisque sur ordre de l’Otan, sur ordre des USA, parce que la Syrie était l’ennemi désigné n°1 pour la transformation de la région. Et je tiens à dire que la Syrie flotte sur une nappe de gaz qui est très importante qui a été découverte il n’y a pas longtemps, qui va depuis les frontières irakiennes jusqu’à Chypre. Notre ami chypriote en a parlé tout à l’heure. Donc cette nappe de gaz attise tous les appétits étant donné que le gaz est devenu un combustible plus intéressant que le pétrole parce qu’il n’est pas difficile à extraire, il n’est pas coûteux, on peut le véhicule tout de suite à l’extérieur et il n’est pas polluant. Donc tous ce éléments font qu’aujourd’hui la Syrie est désignée n°1 pour l’abattre.

( coupure de l’enregistrement)

… comment ? Justement en attisant des problèmes internes. En armant une opposition qui n’en était pas. D’ailleurs, au dire même d’un certain responsable des renseignements allemands qui a fait récemment un article dans Die welt, où il dit que dans l’armée dite de libération les syriens représentent 5%. Tous les autres sont des personnels qui sont payés et recrutés par le Qatar et l’Arabie Saoudite. Des salafistes, qui sont des jeunes endoctrinés au salafisme, donc il faut tuer les Alaouites, il faut tuer druzes, il faut tuer tous ceux qui ne sont pas comme nous, comme les salafistes. Et de la manière la plus horrible possible, parce qu’ils ne tuent pas par balles, ils égorgent carrément. L’Arabie Saoudite et le Qatar ont même instrumentalisé, ils ont fabriqué 2 chaînes de télévision spéciales pour 2 imams qui passent 24 heures sur 24 à appeler à la tuerie en Syrie, à tuer Assad, à tuer les alaouites etc. Il y a beaucoup de jeunes qui ont été endoctrinés. Parmi les jeunes qui ont été arrêtés et tués malheureusement, mais de toute façon, il fallait le faire, il y a beaucoup de Tchétchènes, beaucoup d’Afghans, des Libyens, des Tunisiens, des Yéménites etc. Des gens qui viennent de tous les pays pour faire le djihad en Syrie.

Alors, moi en tant que Française aussi, le Conseil national dit Syrien a été créé de toute pièce en France par A. Juppé. Au début, Sarkozy, Juppé et B. Henri-Levy qui est connu, bien sûr, pour ses positions anti impérialistes, n’est-ce pas. Ils ont été créés de toute pièces. Et ce sont des gens qui n’ont absolument aucune représentativité au niveau de la Syrie. Il y a par contre, des partis de l’opposition, qui sont les Comités de coordination locaux, il y a des partis à l’intérieur de l’opposition mais qui sont tous contre toute intervention étrangère et extérieure, contre les sanctions mais ceux-là, certains acceptent le dialogue avec le pouvoir, d’autres n’acceptent pas encore le dialogue. Mais l’ASL n’a aucune présence populaire sur le terrain. Ce sont des gens qui sont armés par l’Otan et dirigés, d’ailleurs en Turquie, il y a une véritable table d’opération de l’Otan qui dirige les opérations en Syrie, qui dirige toutes ces factions d’Al qaida qui opèrent en Syrie. Il y en a 9 d’après les dire d’un responsable de la CIA. Donc, ça c’est un petit peu pour le schéma rapide.

A l’intérieur, bien sûr on dit que l’objet, c’est les réformes par contre quand les réformes ont eu lieu personne n’en a tenu compte. Je tiens à dire quand même que le plan de démocratisation était déjà prévu par Assad. Les problèmes ont activé ce calendrier et permis peut-être à surmonter les contradictions qui sont au sein du parti. Il y avait beaucoup de gens qui étaient opposés à ce plan de réforme et pour cause, parce qu’ils perdent une partie de leur pouvoir, leur position. Il faut parler des réformes qui ont été faites.

D’abord, il y a eu des élections régionales et locales qui ont eu lieu et la population y a participé. Il y a eu une nouvelle loi sur les partis politiques, il y a 11 partis nouveaux qui se sont créés. Il y a eu une nouvelle loi sur la communication qui invite l’ensemble des partis d’opposition, des gens indépendants, des partis politiques etc. pour pouvoir s’exprimer dans les médias officiels. Et il y a eu une nouvelle constitution, chose qui est passée complètement sous silence et qui a été ratifiée par un référendum le 26 février 2012. Et suite à cette nouvelle constitution, il y a eu des élections à l’Assemblée nationale qui, donc aujourd’hui, comporte des partis de l’opposition.

Et par la suite un gouvernement d’union nationale qui regroupe des ministres de partis de l’opposition. Dont 2 très importants : le Parti de l’évolution et du progrès qui est une scission du PC qui existait et qui est un parti de l’opposition et le Parti populaire syrien qui est lui aussi un parti de l’opposition. Je tiens à dire que dans ce gouvernement il y a un ministère pour la réconciliation nationale. Le pouvoir appelle régulièrement au dialogue depuis juin 2011, donc depuis 2 mois après le début des évènements. Il y a eu une 1ère réunion le 12 juin 2011 qui n’a pas été suivi parce que beaucoup de personnes de l’opposition avaient peur du dialogue.

Et maintenant, au contraire, le dialogue prend du terrain, les comités de réconciliation nationale prennent du terrain aussi, c’est-à-dire que dans chacun des quartiers des villes etc. il se forme des comités de réconciliation nationale. Cela progresse. Bien entendu, le terrorisme aussi progresse au rythme de la réconciliation. C’est-à-dire, plus il y a des personnes qui se rendent et disent « on pensait que c’était une révolution et là on se rend compte que ça a été dévoyé, qu’on est en train de servir les intérêts impérialistes etc. », plus il y a d’escalade dans le terrorisme. Des voitures piégées, des attentats, des assassinats ciblés. Alors là, je rejoins ce que disait le camarade, effectivement l’objectif c’est vraiment de détruire l’infrastructure du pays. Les industries du médicament ont été détruites. Cette année les récoltes étaient excellentes, ils ont brûlé les récoltes. Beaucoup de trains de farine ont été déraillés pour affamer le peuple syrien. Les infrastructures ferroviaire, électrique etc. ont été visées particulièrement. Particulièrement aussi les personnalités scientifiques, des chercheurs, des ingénieurs brillants ont été ciblés, assassinés soit chez eux, soit à leur porte etc. Et ça, je dis, ce sont des listes du Mossad. C’est pas du tout pour la démocratie en tout cas.

Donc, ça c’est un petit peu un tableau rapide de la situation. Et aujourd’hui, les sanctions qui ont été votées suite à des manipulations médiatiques. Il y a eu des massacres, c’est certains mais pas faits par ceux qu’on dit qu’ils les ont faits. Faits, plus par l’ASL etc. et présentés comme étant faits par l’armée syrienne. Les sanctions commencent vraiment à nuire à la population syrienne, à affamer le peuple et la levée des sanctions est une chose très importante pour nous. Et puis aider à la réconciliation nationale. Je crois que partout on peut pousser au dialogue, pousser à la paix plutôt qu’à la guerre.

Je vous remercie

Rida HASSAN :

Seulement un point à rajouter à ce qui a été dit. L’histoire de toutes ces armées qui viennent de l’extérieur qui sont financées par l’extérieur, il faut savoir, à part les attentat qu’on ne présente pas tellement, à part tout ce qui se passe sur place, il y a des enlèvements d’enfants, des demandes de rançons pour les financer, des viols des filles. Une seule chose, après nous irons parler d’après. Tous les progrès qu’on a fait dans le monde arabe jusqu’à aujourd’hui dans ces pays qui étaient des république laïques, sur les droits de la femme, sur pas mal de droits, où ils vont atterrir avec les salafistes et on a peur de perdre ces droits. Et surtout ce printemps arabe devient un hiver arabe pas seulement pour les pays arabes mais aussi pour l’Europe qui est très près de la Méditerranée. Peut-être qu’il faut méditer un peu ça et savoir qui on est et (arrêt de l’enregistrement)

Réponses aux questions de la salle

- Alors, au niveau de la Syrie, je parle de la légitimité de l’opposition. L’opposition, c’est un terme trop générique. En Syrie, il n’y a pas une seule opposition. Il y a des opposants au départ qui étaient des personnalités etc. et suite à ces opposants il y a eu après un petit regroupement. Ce que dit la dame là-bas n’est pas faux, il y a eu des comités de coordinations locales qui se sont formés et qui, au début effectivement, demandaient des réformes tout à fait légitimes. Des réformes de démocratie et liberté d’expression et surtout l’abolition de l’article 8 de la constitution qui stipulait que c’est un parti unique qui dirige le pays. Officiellement ces demandes ont été acceptées, notamment l’abolition de l’état d’urgence qui a été accepté tout de suite. Mais en fait, très vite, dans les manifestations qui au départ étaient censés être pacifiques, très vite, il y a eu des personnes qui se sont insérées dans ces manifestations et qui ont tiré sur les forces de l’ordre et sur les manifestants en même temps. Donc, dès les 1ers prémices de ce mouvement il y a eu une tentative d’escalader la situation, de la transformer en conflit et en état de crise de confiance puisque les forces de l’ordre étaient complètement sans armes ainsi que les manifestants. Ce sont des personnes qui s’inscrivaient par derrière et tiraient sur les 2 côtés et chacun s’est renvoyé la balle en disant « vous dites c’est pacifique mais ça ne l’est pas » et « vous dites avoir aboli l’état d’urgence et ça ne l’est pas. » Donc, crise de confiance très grave qui a été créé entre ce mouvement qui était légitime et l’Etat. Donc, ça c’est un premier pas et par la suite il y a eu de manière très ouverte, des arrestations, effectivement puisqu’il y a eu une bonne partie des forces de l’ordre qui ont été tuées. Alors comment ne pas arrêter les gens ? Et je repose la question. A l’inverse, dans le Nord de la Syrie, il y avait une véritable insurrection armée qui se déclarait en émirat indépendant. Donc, là c’était vraiment une insurrection armée salafiste. Et là il y a eu une véritable répression. Et là, je pose la question : que ferait la France si en Bretagne, il y a un mouvement armé, avec l’aide de la Grande Bretagne, qui dit « nous on veut créer un émirat celte » ? Ils ne vont pas leur dire « venez mes chéris, on va discuter ».

La question par rapport au PC Syrien. PC Syrien participe au front démocratique qui participe au pouvoir depuis Hafez el-Assad, donc depuis le début de la présence du parti Baath au pouvoir. Et dans ce parti il y a eu une scission qui était le Comité d’action en fait de Ryad Al Türk, qui ont quitté effectivement et se sont mis dans l’opposition. Et Ryad Al Türk a été en prison pendant un certain temps. Aujourd’hui, il y a aussi une autre parti issue du PC Syrien qui est dans l’opposition interne. A l’intérieur du pays, parce que là il faut parler des opposants qui sont à l’extérieur, expatriés et des opposants qui sont à l’intérieur. A l’intérieur il y a une opposition organisée, 2 partis organisés depuis toujours, c’est le Parti populaire socialiste et le Parti du progrès et développement. Et tous les 2 font un front de transition pacifique vers la démocratie. Et ces partis dirigent aujourd’hui le mouvement de réconciliation nationale. Ils sont là-dessus que la Syrie a une diplomatie très développée, c’est quand même elle qui a activé le rôle de la Russie, de la Chine etc. Je rappelle qu’il y a eu 3 veto à l’ONU pour cela et je crois qu’on peut dire merci à la Syrie d’avoir mis fin au monopole mondial de la domination des USA sur la politique mondiale. Voilà. Et sachant aussi qu’il y a des contacts avec les pays latino-américains qui sont très très forts. Avec le Venezuela et le Brésil, aussi l’Inde des liens très très importants et très forts. Et de ce côté là ils font tout ce qui peut être fait. Et je voulais juste dire à notre ami du Mali, je crois que l’appel serait plus intéressant pour protéger le Mali ou pour l’aider à se sortir de cette situation, de faire appel au bloc du Brics, même s’il est émergeant et en début de formation plutôt qu’à la communauté internationale avec la domination USA, France et Otan. Voilà. Merci.

Annonces

Brèves Toutes les brèves

Navigation