Tout appelle à organiser le parti communiste ! Intervention de Pierre-Alain Millet

, par  pamillet , popularité : 4%

La situation politique est profondément marquée par la force et la durée du mouvement social sur les retraites. Des millions de travailleurs ont fait l’expérience par eux-mêmes de la réalité d’une lutte de classes sans merci. Les illusions sur les conditions du changement tombent. Mais qu’est-ce que le mouvement social apprend de cette expérience, quelles leçons en tire-t-il ?

De ce point de vue, les communistes ont un rôle essentiel pour comprendre et répondre aux questions qui se posent à ceux qui ont lutté. Quand des millions de salariés comprennent que l’opinion publique, même très largement majoritaire, que des manifestations massives et répétées, ne suffisent pas à faire céder un gouvernement, malgré la proximité de prochaines élections, que doit-il en conclure ? D’autant que beaucoup n’ont aucune confiance dans ce que ferait "la gauche", qu’elle soit dirigée par une Martine Aubry qui a hésité sur les 60 ans, ou un Strauss-Kahn qui n’hésite pas à les dénoncer...

Il y a bien sûr un risque que la conclusion soit négative et renforce le défaitisme et le renoncement. Mais des millions viennent au contraire de se lever contre le défaitisme et le renoncement !

En quelques semaines, ce mouvement social a gagné en contenu et en force. Nous sommes nombreux à constater que nous avons marqué des points dans la guerre idéologique. Presque personne ne croit sérieusement que le problème est un manque d’argent, que la crise est pour tout le monde... L’affaire Bétencourt, les milliards aux banques ont plus surement ouvert les yeux que beaucoup de débats..

Mais si ni l’opinion publique, ni la proximité de l’élection ne suffisent, cela peut éclairer une réalité des luttes de classes. La bourgeoisie ne cède jamais que ce qu’elle est forcée à céder car elle n’a plus de choix, car on lui a imposé, de fait par la force, un recul. De quelle force parle-t-on ? Une force qui est celle du peuple en action bien sûr, mais une force qui s’exerce sur un levier, un point d’appui, et c’est là que la nature du mouvement est décisive. Ce qui a réellement fait peur à la bourgeoisie dans ce mouvement, c’est bien le blocage des raffineries, les grèves qui risquent de stopper la machine à faire du profit pour renouveler et étendre le capital...

Il y a de fait deux questions posées au peuple :
- devant le constat que 3 millions de manifestants et 500 0000 grévistes ne suffisent pas, comment élargir le mouvement, unir notamment les salariés "en contrat" qui ont pour la première fois depuis longtemps commencé à briser l’opposition public-privé, avec les travailleurs "hors contrat", dont notamment les quartiers populaires, qui sont restés en dehors du mouvement.
- devant un pouvoir prêt à tout, comment s’organiser pour faire mal réellement à la bourgeoisie, comment ne pas en rester à l’expression d’une colère, d’un rassemblement, mais faire peser ce rassemblement sur la source du profit, la production de marchandises à mettre sur le marché. Ce qui se cache derrière la guerre idéologique contre le blocage des transports, c’est bien la peur du pouvoir de voir le système se gripper, le système de la production du profit, de l’extraction de cette plus-value qui est derrière tout profit financier, toute spéculation, tout enrichissement boursier.

Et c’est sur ces deux questions que doit porter l’effort des communistes actuellement. Or la direction nous propose un énième tour de discussion sur "le projet", cette fois un projet "partagé". Mais où est passé le travail réalisé aux deux derniers congrès sur le "projet" ? Aucun communiste ne craint sur ces questions le débat, la rencontre avec toutes les forces du mouvement social, l’appropriation la plus large possible d’objectifs politiques, appropriation qui est évidemment la condition de l’union du peuple. C’est ce que nous avons réussi à faire sur la retraite à 60 ans à taux plein ! Faut-il ouvrir le débat sur cette revendication désormais largement partagée ?

En fait, derrière le "projet partagé", la direction du PCF continue à chercher les voies de plus en plus enlisées de ce "Front de Gauche", qui ne se dégagera pas des logiques d’appareil, des négociations entre groupes, sur les places ou les podiums, alors que nous avons besoin d’un "Front Populaire" pour répondre à l’exigence du moment :
- quelles conditions d’unité du peuple ?
- quelles formes d’organisation pour gagner ?

Or, tout indique que la direction du PCF est en retard d’une période historique. Que certains pensent que la condition de l’unité du peuple, c’est le compromis avec les classes moyennes et que la forme d’organisation adaptée, c’est le collectif unitaire de gauche, ça pouvait se comprendre en 1997. Le choc de l’effondrement de l’URSS, la victoire apparente du capitalisme, créait le doute sur la pertinence du choix révolutionnaire, la possibilité d’une organisation politique autonome du monde du travail, la capacité du mouvement communiste )à se ressourcer.

Or, depuis quelques années, tout s’accélère !
- les classes moyennes sont massivement victimes et partie prenantes des luttes sociales, et la question décisive est celle des quartiers populaires et des travailleurs "hors contrat"
- les formes d’organisation ’"mouvementistes", "altermondialistes", "en réseau".. ont montré leur limites et leur incapacité à se dresser de manière efficace contre un capitalisme centralisé et violent comme jamais !
- En Amérique Latine, le socialisme et la révolution reviennent sur le devant de la scène !
- En Grèce, Au Portugal, des partis communistes font le choix de rester communistes et percent le mur médiatique et électoral. En 2010, pour la première fois depuis longtemps un parti communiste est le grand vainqueur d’élections nationales en Grèce [1]
- En France, la jeunesse communiste se reconstruit à vitesse accélérée, fait des centaines d’adhésion partout, se forme en cherchant les bases du marxisme que le PCF avait laissé dans ses greniers, s’affiche sans hésitation avec le drapeau rouge et les chants internationalistes !

La direction du PCF doit se ressaisir pour ne pas se laisser enfermer dans le passé. En tout cas, aux communistes de reprendre la main sur leur parti !

[1dans la discussion du CD, on me répondra « non, le KKE n’a rien gagné dans ses élections », ! L’aveuglement idéologique ne connait pas de limites, 110 000 voies gagnées dans un contexte de hausse de l’abstentionn voir les résultats complets ! et la secrétaire fédérale aura ce mot qui en dit long « mais de toute façon, qu’est ce que ca change pour les gens d’avoir un parti communiste à 14%, ils sont toujours dans la crise... »..

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