Moscou... des brigades internationales communistes ?

, par  pamillet , popularité : 31%

Que de choses à raconter, sur les cérémonies émouvantes de dépôt de fleur le dimanche, sur la manifestation du mardi, la rencontre avec Tatiana, une responsable de l’accueil des délégations étrangères pour les communistes de Moscou...

Notons d’abord qu’on mesure bien à la fois le dynamisme militant du parti communiste de la fédération de Russie (KPRF), et ses difficultés dans une société violente où les riches se croient tout permis. Le KPFR représente 150 000 militants, dans un pays peuplé comme 3 fois la France, mais faisant face à un anticommunisme, un antisoviétisme très fort, et dominant dans les médias. Une député communiste de Moscou a voulu visiter une usine où un conflit social avait éclaté. L’entrée lui est refusée violemment, elle est blessée à la tête. Les communistes russes ne sont pas arrivés à... porter plainte ! Tous les commissariats refusaient de l’enregistrer, consigne clairement venue d’en haut ! Et aucun média, y compris ceux qui se présentent comme défenseurs de la "liberté" n’a voulu s’en faire l’écho !

Le déroulement de la manifestation est illustratif. L’importance de l’évènement a conduit le pouvoir à accepter que les communistes manifestent à proximité du centre et de la place rouge. La manifestation part de la statue Pouchkine pour arriver place Karl Marx. Mais elle ne peut se dérouler sur la rue ! elle est confinée sur les trottoirs, larges certes, mais la circulation voiture reste prioritaire ! Elle est encadrée par des rangées interminables de policiers, plutôt bon enfants, pas de tension comme on le constate en France, mais entièrement sous contrôle... On est tous fouillé à l’entrée dans l’espace de manifestation !

L’attachement militant mais aussi du public aux symboles de la révolution est évident. Quand nous chantons la Varsovienne où le chant des partisans russes, les passants applaudissent, nous photographient... J’ai fait l’expérience dans la rue touristique "Arbat", chantant tranquillement en la remontant à pied...L’immense majorité des gents que je croisais me souriait, visiblement connaisseurs et... complices !

A noter que les organisateurs ont lancé la Marseillaise sur la place d’arrivée de la manifestation, deux fois ! Pour eux, c’est une chanson révolutionnaire ! La chanson de la première grande révolution populaire, qui a été un modèle pour ceux qui ont fait la révolution russe ! [1]

Drapeau rouge et drapeau tricolore !

Une autre leçon de ce voyage est une réponse à ceux qui veulent séparer la révolution d’octobre, qui serait un choc salutaire dans l’horreur de la première guerre mondiale, et ses suites avec la construction du socialisme sous Staline. C’est ce que vient de faire Pierre Laurent pour le PCF. Mais c’est exactement le contraire de tout ce que les russes nous ont dit, et de tout ce que nous avons vu dans les manifestations. Tous rendent hommage en même temps à la révolution et à la société soviétique, à Lénine et à Staline. S’ils parlent aussi des drames et des crimes, ils considèrent que le régime soviétique a construit en quelques décennies une société moderne donnant une place à tous. La victoire de la révolution d’octobre, c’est justement ce socialisme soviétique et la victoire de la contre-révolution des oligarques et de Poutine, c’est la destruction de l’union soviétique !

On ne peut se réclamer de 1917 en rejetant le socialisme qui a existé...!

Tatiana, la responsable communiste de Moscou, évoque en toute franchise les causes de l’effondrement de l’Union Soviétique. C’est un sujet qui marque les communistes russes, dans une situation difficile face à Poutine, l’homme des oligarques qui a su se faire admirer par beaucoup de russes, un peu comme un tsar nous dira tatiana. Elle répète que trop souvent, les victimes de ce capitalisme débridé qui sévit en Russie se tourne vers Poutine, envoie des pétitions, et espèrent réellement qu’il va tout régler, tellement il est fort [2] ! Nous avons d’ailleurs vu des manifestants habillés en orange qui tranchait sur le rouge général, renseignement pris, ce sont des victimes de la privatisation du logement des années 90 qui depuis quelques temps, manifestent avec les communistes. En gros, on leur a fait miroiter de devenir propriétaire, ils ont donné toutes leurs économies et... se sont fait gruger, se retrouvant sans domicile !

Intervention du président grec de la FMJD

Tatania nous explique longuement la destruction de l’union soviétique et leur analyse de ce qui est pour eux l’aboutissement de décennies de luttes internes et externes. Elle répète plusieurs fois que l’URSS ne s’est pas effondrée toute seule. Elle dit clairement que le problème ne commence pas avec Gorbatchev mais que la guerre contre l’Union Soviétique se termine avec lui ! Elle évoque des causes internes et externes, c’est à dire des forces organisées qui ont tout fait pour en arriver là, avec à la fois la pression militaire qui obligeait l’URSS à consacrer des ressources importantes à sa défense, freinant le développement des conditions de vies, et une pression idéologique pour faire grandir les attentes populaires d’un mode de vie occidental, qui était impossible dans l’état de l’économie russe. Cela nous renvoie aux discours très réalistes des chinois qui reconnaissent l’état de faible développement de leur pays et la nécessité de longs efforts pour arriver à une "société de moyenne aisance". Les dirigeants soviétiques ont sans doute manqué de réalisme en affirmant que l’économie soviétique allait rattraper le monde occidental. En tout cas, le "capitalisme de la séduction" occidental a réussi à s’imposer comme modèle, comme attente sociale, alors même qu’il interdisait à l’économie soviétique de consacrer plus de moyens aux conditions de vie...

Bien entendu, ce sont des sujets de discussions ouverts, mais on ne voit pas pourquoi les communistes français balaieraient d’un revers de main ce qui disent les communistes russes, dont beaucoup ont vécu très douloureusement la chute de leur pays, avec des conséquences terribles pour des milliers de cadres politiques du parti et de nombreuses organisations créées à l’époque soviétique (femmes, jeunesse, international...), y compris internationale comme la fédération mondiale de la jeunesse dont faisait partie tatiana.

En tout cas, nous sommes sûr après ce voyage que les communistes de tous les pays ont un intérêt vital à se parler, à mieux connaitre leurs situations respectives, à mettre en commun des expériences, des analyses. Il semble que le parti communiste italien, très présent, se soit réunifié, nous avons vu les partis communistes grecs, et portugais... brésiliens et argentins, algériens et turcs.... La stratégie du PCF de relations privilégiés avec des partis non communistes et de rejet des partis communistes trop liés à l’histoire communiste n’a aucun sens. Elle nous prive d’une force clé d’un point de vue communiste, l’internationalisme ! elle nous interdit de comprendre les révolutions socialistes du siècle dernier, et donc de penser la révolution aujourd’hui !

la délégation française en manifestation

Tatiana nous a dit qu’ils avaient désormais quelques milliers de contacts dans près de 150 pays qui constituent une forme de réseau de brigades internationales créée à Moscou à l’occasion de ce centenaire de la révolution d’octobre. C’est sans doute une clé de cet évènement, la renaissance d’un mouvement communiste international militant...

[1Ils ont aussi chanté Bella Ciao !

[2il est vrai qu’on voit partout des publicités avantageuses de Poutine terrassant les dirigeants occidentaux... alors que c’est dans la manifestation communiste qu’on voit des pancartes dénonçant l’oligarque poutine !

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